A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

5 octobre, 2010

T’es dans quel groupe?

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 15:14

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D’un côté on parle de libre échange, de mondialisation, de mélange des cultures et de rencontres, d’ouverture, de tolérance, de pluralité ; d’un autre, le communautarisme est à la mode.

Tout le monde a envie de faire partie d’un groupe.

Bien sûr, il y a ceux sur Facebook pleins d’un humour tout particulier comme « Pour tous ceux qui se trouvent ridicules aux toilettes… ».

Surtout il y a ceux moins drôles mais beaucoup plus réels qui réunissent leurs membres régulièrement et engagent des actions concrètes.

Ce week-end, nous avons intégré l’un d’eux. Venus d’un peu partout, ils se retrouvent autour d’une même passion : la salsa.

Salsa à Marrakech ? Ça sonne peut-être bizarre mais ça sonne juste. C’est vrai qu’on s’attendrait plutôt à voir un festival de danse orientale après avoir vu celui des arts populaires. Mais il va falloir se résoudre à abandonner les clichés de la ville ocre et voir ce qu’elle est véritablement devenue.

Fini les chameaux, palmiers, souks et soleil couchant. Enfin, ça existe toujours mais Marrakech ne se résume plus qu’à cela. Aujourd’hui, elle est une ville qui décide de bouger. Qui brasse du monde. Qui se nourrit de nouvelles rencontres.

C’est donc tout naturelle pour elle d’accueillir un festival international de salsa. Et tout naturel pour nous d’y participer.

Et pourtant ce n’était pas gagné d’avance. Nous n’aimions pas la salsa.

Vous avez déjà vu des gens un peu gauches sur une piste de danse ? C’est tout simplement à mourir de rire. Il n’y a pas de sujet plus facile pour la moquerie et même avec la plus grande bonté du monde, on ne peut s’empêcher de tomber dedans.

Imaginez maintenant l’un deux, disons un homme, vêtu d’un débardeur en lycra bleu électrique transparent ou en t-shirt à trou rose fuchsia recouvert de paillettes. Non, nous n’exagérons pas. Loin de nous l’époque où les hommes latins représentaient la caricature de l’homme virile, macho et misogyne. Aujourd’hui, il mène encore la danse mais il fait aussi un peu flipper dans sa tenue de gala à strass.

Du coup, la fille pousse à l’extrême les atouts de sa féminité pour être sûre qu’on ne la confonde pas avec son partenaire. Seins remontés, fesses remontées, pommettes remontées. Là, nous exagérons. Mais la danseuse de salsa doit être une diva ou ne doit pas être. Donc, les seins en avant, les fesses en arrière et le sourire scotché aux lèvres. Quand elle danse bien, ça passe, mais quand c’est un boulet…

Tout ça pour dire que ce n’était pas gagné. Le ridicule n’était pas loin. Nous aimions danser mais aller voir un spectacle était hors de propos. Alors faire un festival…

Mais nous ne voulions pas mourir bêtes.

Nous avons mis les pieds là-bas et nous nous sommes fait engloutir.

Vous êtes-vous déjà plongés dans un univers parallèle où tous les codes qui régissaient votre univers se trouvaient inversés ?

Des individus tout autour de vous, s’exprimant dans des langues souvent incompréhensibles et qui pourtant échangent. Ils vont et viennent, engagent des conversations, s’invitent à danser, se remercient et se quittent.

Tout naturellement.

Personne n’a honte, personne n’est gêné, personne ne se moque.

Tout le monde danse.

Ceux qui savent, ceux qui ne savent, ensemble.

Couples ou non, seuls, à deux, en groupe.

Tout le monde danse.

2000 individus les uns avec les autres et aucune dispute, aucun malentendu, aucune contrariété, aucune élite, aucun rejet. Il n’y a ni frontières, ni classe sociale.

Tout le monde s’adapte.

Les couples se forment le temps d’une danse, se séparent et se reforment plus loin.

Il y a des grands blonds avec des petites à cheveux frisées, des petits minets avec des dames en robe à fleur, des petites bombes avec bibendums et on n’a même pas envie de rire. Nous qui rions si facilement.

On nous invite, pas le temps de répondre, nous voilà sur la piste. La musique est là, la lumière est là et c’est parti.

Voyage.

Toute la nuit est faite de ces petites virées dans un autre univers où la terre tourne plus vite mais où le temps reste immobile. Les corps bougent, même les plus raides, même les plus maladroits, tous bougent avec une telle sincérité que le ridicule a quitté les lieux.

Nous n’aimions pas la salsa.

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Et nous n’en sommes pas un.

13 août, 2010

« L’histoire a pour égoût des temps comme les nôtres » Victor Hugo

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 22:12

 

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Cette fois, c’en est trop.

Les gens sont-ils foncièrement stupides ou foncièrement xénophobes ? Ne cherchez pas, ce n’est qu’une question de rhétorique.

Apparemment, ils sont les deux.

Une boule au ventre. Des sueurs froides. Un angoissant pressentiment. La désagréable impression de se sentir glisser dans un lac de sables mouvants.

Point de retour.

Nous connaissons cette histoire. Nous l’avons déjà lue. Nous l’avons même étudiée. Nous avons parfois ri, parfois pleuré mais nous avons toujours gardé cette tranquillité d’esprit, assise par le fait que nous savions que jamais nous ne vivrons cela. Ce genre d’erreur, ce genre d’horreur ne peuvent se reproduire. Nous étions confiants ; nous étions à l’abri.

Et puis nous avons vu les choses s’installer, petit à petit, discrètement.

Nous avons vu un petit serpent vicieux s’immiscer dans nos vies.

Nous avons vu les signes. Nous n’y avons pas cru. C’était impossible. Ça ne pouvait pas recommencer. Tout ça n’était que de l’Histoire, inscrite dans nos livres d’école pour ennuyer des élèves boutonneux à la voix qui mue.

Rappelons-nous. Nous lisions tous les récits d’avant-guerre, nous nous demandions tous comment ils n’avaient pas vu venir. C’était tellement énorme, tellement évident.

Et aujourd’hui que cela se produit, se reproduit, nous nous demandons à nouveau comment les gens ne voient pas venir.

Alors que les français sont en vacances en train de se détendre mots croisés à la main au bord d’une plage polluée, les journaux décrivent des dirigeants politiques en train de faire passer de nouvelles lois qui ne devraient même pas être évoquées.

Comment peut-on officiellement déclarer qu’à compter d’aujourd’hui la justice sera à deux vitesses selon que l’on soit français de souche ou nationalisé !

Comment peut-on décemment défendre l’idée de créer un lien direct entre origine culturelle et délinquance !

Comment un état peut-il si rapidement se fasciser sans que personne ne s’en aperçoive ! Que personne ne s’offusque !

Alors qu’on fait des grèves à longueur d’année pour un oui ou pour un non, là, étrangement, silence radio. C’est vrai que des conneries, en politique, c’est monnaie courante et que ce genre d’absurdités racistes, d’ordinaire émises par l’extrême-droite plutôt que par un président, font généralement l’objet d’une petite blague avant de finir illico à la poubelle.

Mais malheureusement, il ne s’agit pas d’une blague.

Il s’agit de déclaration présidentielle.

Il s’agit d’une remise en cause des droits de l’Homme et de la République.

Et quand la première chose qu’on nous demandera après une infraction sera : « Tout d’abord, depuis quand êtes-vous français ? » pour savoir comment nous juger, il ne faudra plus beaucoup de temps avant d’obliger les français dits « nationalisés » à déposer leurs empreintes au commissariat le plus proche, « au cas où », et de porter en permanence sur eux une carte (ou une étoile) indiquant qu’ils ne sont pas français de souche.

Bien sûr, lorsqu’il s’agira de personnalités politiques ou sportives, la sanction ne pourra être le retrait de nationalité, faut pas déconner. Sarko n’a pas non plus envie de se retrouver déporté en Hongrie. Mais pour les autres, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas imposables sur le revenu, pour eux, pas de cadeau.

Un air de déjà vu ? Un goût amer au fond de la gorge ? Vous en êtes à la phase n°1. Nous avons déjà atteint la 5ème. Et nous nous demandons que faire. Révolutionner seul dans sa salle de bain ? Les français collabos, on connait et on ne sera pas de ceux là.

Alors, il ne reste qu’à essayer d’éveiller les consciences, crier, hurler, encore et encore et encore, ne pas lâcher l’affaire, en parler partout et à tout le monde et prier pour que Sarko ne soit pas réélu.

Parce qu’apparemment, une erreur, ça se refait plus d’une fois.

10 juillet, 2010

Eh beau goss!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 0:05

 

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On s’offusque toujours devant les hommes qui sifflent une jolie fille (exception faite du Maroc où ils sifflent même les moches grosses et éclopées), leur lancent un compliment d’un raffinement inattendu en émettant des sons troublants et évocateurs.

 

La fille outragée détourne les yeux ou répond d’un regard perçant de mépris. Certaines iront jusqu’à marmonner une insulte à l’odeur d’eau de rose.

 

La nouvelle vague protectrice  des droits de la femme veut qu’on s’oppose à ce surplus de testostérone qui fait manquer de bienséance aux mâles en chaleur.

 

Pourtant, quand elle vit se mouvoir devant elle ce corps d’une musculature parfaite à la peau hâlée comme un cookie tout juste sorti du four, cette chute de rein dessinée par Léonard de Vinci lui-même, elle ressentit une envie irrésistible d’exprimer cette violente émotion qui la submergeait toute entière.

 

Bouffée de chaleur, palpitation, picotement dans la nuque, euphorie soudaine ; un peu comme après une journée de jeûne devant un bon petit plat mijoté par maman.

 

Après avoir réprimandé son instinct premier qui l’aurait fait croquer dedans, elle se retint in extremis pour ne pas balancer un « waouhhh ! » au moment où cette vision enchanteresse lui apparut. Sa bonne éducation l’en empêcha. Ça ne se faisait pas. Une fille de bonne famille ne draguait pas dans la rue. Une fille de bonne famille ne draguait pas du tout. Elle fait la belle jusqu’à ce qu’on la drague.

 

Mais elle ne voulait pas draguer ce bel éphèbe, ni même le séduire. Elle avait simplement été émoustillée par sa plastique alléchante et souhaitait le lui faire remarquer, comme pour le féliciter d’une telle réussite et le remercier de cet intense moment de plaisir.

 

La raison fut plus forte que l’instinct et elle ne put qu’admirer en silence cet apollon du XXIème siècle.

 

Tout en se léchant les babines.

 

 

31 mai, 2010

A vos marques, prêts… Régime!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 14:40

 

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L’été est là, c’est le moment de faire un régime. Et pour une fois, ça concerne tout le monde.

Fini le moment de solitude intense qu’éprouve une femme cherchant par tous les moyens une façon discrète de faire taire son ventre qui gargouille alors que son mec s’empiffre d’un Magnum double chocolat en lui assurant qu’elle n’est pas grosse et qu’elle a vraiment tort de se priver d’un tel délice. Ou double caramel. Ou celui avec des amandes croustillantes sur l’extérieur et une bonne crème glacée vanille comme récompense d’avoir englouti la croûte en chocolat.

Fini les larmes aux yeux d’avoir à renoncer à la chantilly alors que son mec s’empresse d’un coup de cuillère expert de la rafler pour l’ingérer fissa.

Fini les humiliations quotidiennes à entendre ce même mec dire à tout le monde qu’elle se trouve énorme en rigolant alors que lui l’aime comme elle est, qu’elle le sait bien, le tout en zyeutant le corps d’une jeunette anorexique de vingt ans en maillot de bain à trois mètres de là. Jusqu’à ce qu’il croque ses doigts plutôt que sa tarte Tatin et se fasse un torticolis.

Aujourd’hui et depuis plusieurs années déjà, la dure loi de la société de consommation a cessé de laisser les hommes en paix. Elle non plus ne tolère plus leur bedaine grossissant à vue d’œil, leurs bourrelets qui n’ont rien de poignées d’amour, leur double menton qui vire au triple. Il est temps de remettre un peu d’ordre.

Quand leur femme le leur demandait, la question restait évasive, toujours reportée au lendemain ou au siècle prochain, « à quoi bon puisqu’on va tous mourir en 2012, tu ne voudrais pas que je sois tout maigrichon quand même, ma mère va croire que tu m’affames, au moins là je suis en bonne santé puis c’est mignon un peu de rondeur, t’exagères j’suis pas gros et en plus ça, c’est du muscle! »

C’est surtout moins mignon quand ces rondeurs sont sur les hanches de ta femme, abruti. Mais bienheureusement, l’équilibre a été rétabli et même les hommes doivent aujourd’hui devenir « objet de désir conforme aux critères de beauté contemporains ». Leur fric ne suffit plus à justifier leur existence, ne suffit plus à séduire le sexe opposé. Comment dans ce cas assurer la pérennité de l’espèce ?

On croirait presque la société fait une bonne action. « Être beau gosse vous permettra de trouver avec qui faire des bébés ». En se servant quand même un peu au passage… Si les femmes n’en veulent plus, de leur fric, pourquoi s’en priverait-elle ?

« Plus que le déodorant, le dentifrice et le parfum qui vous empêchent de sentir le bouc, vous avez des besoins, messieurs. Crèmes pour le visage, crèmes pour les mains moites ou sèches ou rugueuses, crèmes raffermissantes ou minceur ou « abdosculpt », shampoing anti-pellicules anti-chutes de cheveux anti-effet gras, savon hypoallergénique, gel pour les cheveux, spray de bonne haleine, mousse à raser peau fragile ou peau grasse ou peau noire, patchs anticernes, etc.

Faites-vous beaux ou vos femmes vont allez voir ailleurs. Et fini aussi les minettes de vingt ans. Au final, elles finissent toujours par retourner vers une chair fraîche et bien ferme plutôt que vers une viande flasque et paresseuse, aussi riche soit-elle. »

C’est peut-être la saison des bikinis mais aussi celle des petits shorts moulants de piscine pour les hommes et tout le monde a intérêt à être à la hauteur. Sinon…

Bon, vous pouvez toujours tenter de faire vos rebelles et exposer votre cellulite à tout va, les gros ventres qui rebondissent, les jambonneaux qui pèsent une tonne, les fesses qui jouent des castagnettes, oui c’est vrai, vous pouvez faire un pied de nez à cette société intransigeante, injuste où les circonstances atténuantes n’ont pas leur place. Oui, vous pouvez. Le ferez-vous ?

Sinon, c’est comme on disait : soit beau et tais-toi.

1 mai, 2010

Tout est question de point de vue

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 19:33

 

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C’est l’histoire d’un mec.

Disons de 25ans.

Né à Marrakech, ayant grandi à Marrakech, vivant à Marrakech.

C’est une belle journée de printemps, le temps s’est réchauffé, les corps se sont débarrassés des encombrants vêtements d’hiver. Il marche, sous un soleil agréable, un vent léger venant caresser sa peau veloutée. Il est de bonne humeur, c’est le week-end et la soirée s’annonce plutôt bien. C’est là qu’il la voit. Elle aussi en T-shirt, une petite jupe dévoilant ses mollets et chevilles délicates, petites sandales d’été aux pieds. Ses cheveux virevoltent au gré de ses mouvements félins, elle lui fait penser à un chat. « Tsss tsss ! » lui lance-t-il. Pas de réaction. Il décide de l’aborder directement. Après tout, si elle s’est apprêtée de la sorte, c’est bien pour qu’on la trouve belle et qu’on le lui dise.

« Salut beauté, waouh, tu sais que t’es trop belle, mon cœur s’est arrêté en te voyant, j’ai jamais vu une fille aussi belle. Tu veux prendre un café avec moi ? S’il te plaît… On fait rien de mal, je veux juste apprendre à te connaître. Tu peux pas me laisser comme ça, donne moi juste ton numéro et on se voit quand tu veux, où tu veux. Je veux juste être ton ami. Bon bon, alors tu vas où comme ça, jte raccompagne si tu veux, tu vas pas faire la route toute seule quand même. On ne fait que parler, regarde, moi j’m’appelle Aziz. Franchement, t’es tellement belle que je n’arrive pas à me séparer de toi. Dis moi juste un mot, fais moi juste un sourire, ca ne t’engage en rien un sourire. Oh beauté céleste, plus fraiche que la rosée du matin, plus légère qu’un papillon de paradis, plus éblouissante qu’un lever de soleil. Regarde les mots que tu m’inspires. Aie pitié de moi. Je suis venu à toi en toute sincérité, tu ne peux pas me rejeter. Enfin, regarde moi… »

La belle finit par se laisser convaincre. Yes ! C’est dans la poche… Il l’invitera à boire un café ou à déguster une glace, ce qui ne le ruinera pas. Puis il lui dira qu’il a oublié un truc chez lui et l’invitera à entrer. Par politesse, elle ne refusera pas. Il lui dira qu’elle n’a rien à craindre, qu’elle le connait, il va juste prendre un truc et ressortir aussitôt. Rien de mal à ça. Faut pas être parano non plus. Il la respecte beaucoup, elle le sait bien. Il la fera entrer en attendant de chercher ce qu’il veut, elle s’assiéra dans le canapé du salon. Il réapparaîtra quelques secondes plus tard, elle se lèvera pour partir. Il lui proposera un verre, tout de même, ça ne se fait pas de l’inviter chez lui sans rien lui donner à boire, même un verre de jus. Ce n’est pas un sauvage, il a un tant soit peu de manières. Elle se laissera facilement convaincre. Et puis, une chose en amenant une autre, il posera ses lèvres sur les siennes en lui disant que ce n’est que de la tendresse, qu’elle est comme sa sœur, que jamais il ne la déshonorera. Il lui ajoutera qu’il savait qu’elle n’était pas le genre de fille trop coincée et revêche qu’il exècre au plus haut point et qu’au moins, avec elle, il a trouvé une perle rare, une personne ouverte mais sérieuse, gentille et intelligente. Quand il en aura fini, il se rhabillera et lui demandera de partir parce qu’il a un rendez-vous important. Non, il vaut mieux ne plus nous revoir.

On dira de cet homme que c’est un jeune garçon dans la fleur de l’âge avec des besoins évidents dans une société moralement trop restrictive. Il fait comme il peut, il tente le coup. Et là, ça a marché, trop fort le mec !

On dira de cette fille qu’elle s’est fait avoir et qu’il ne fait pas bon être idiot de nos jours. Elle n’avait qu’à réfléchir. Et puis, elle n’avait qu’à refuser dès le départ. La pauvre…

Inversons les rôles.

C’est l’histoire d’une nana.

Disons de 25ans.

Née à Marrakech, ayant grandi à Marrakech, vivant à Marrakech.

La journée s’annonce bien. Les oiseaux chantent, le soleil brille, une petite brise vient embrasser son cou. Ah le printemps… Elle décide d’aller prendre un peu l’air en ville, de faire un peu de shopping, pourquoi pas. Alors qu’elle arpente l’avenue principale en chantonnant l’air d’une chanson d’amour, son regard s’arrête sur lui. Jeune homme propre sur lui, rasé de près, bien fringué du genre cool mais classe, tout ce qu’elle aime. Hmmm… Elle lui demande l’heure. Pour regarder ses mains. Parfaites. Lisses mais fermes. Sans alliance. Parfaites. C’est parti.

« Excusez-moi, ce n’est pas vraiment dans mes habitudes de faire ça mais vous êtes d’ici ? Ah oui, ah c’est marrant, je connais bien ce quartier, j’ai une amie qui vit là-bas. Et vous vous appelez ? Enchantée Karim, moi c’est Meriem. Vous alliez par là, n’est-ce pas ? Moi aussi, on marche ensemble ? Super. Non, je me promenais simplement et vous ? Ah d’accord, et vous êtes dans quoi ? C’est intéressant oui, et ça marche bien ? Super. Euh… vous avez un peu de temps maintenant ou… ah très bien, on va prendre un café alors ? Oui je connais, comme vous voulez, oui ce café est très bien, ça me va. Ecoutez, si vous voulez, j’habite à deux minutes d’ici, j’ai une petite terrasse, ce serait peut-être plus sympa de le prendre là-bas ce café. Qu’en pensez-vous ? Très bien. Enfin, c’est comme vous voulez, je ne voudrais pas avoir l’air de… Ok super. »

Elle le fera entrer, il s’installera dans le jardin, sous l’ombre d’un parasol, elle passera un appel en s’excusant puis reviendra avec le café. Ils discuteront de tout et de rien, elle lui posera des questions et flattera son ego. Ils auront trop chaud dehors et rentreront à l’intérieur. Elle lui fera visiter et dans l’étroit couloir qui mène du salon à la chambre, elle provoquera la rencontre. Après en avoir finit de lui, elle dira gentiment de partir parce qu’elle a un rendez-vous – le coup de fil de tout à l’heure. Elle prendra son numéro sans donner le sien et avec un sourire compatissant, lui claquera la porte au nez.

On dira de lui qu’il a eu de la chance. En plus, ça ne lui a rien coûté et il n’a même pas à trouver d’excuses pour ne pas rappeler. Trop fort le mec !

On dira d’elle que c’est une s….. , qu’elle finira certainement seule car qui voudrait se marier avec une femme pareille ? La pauvre…

11 avril, 2010

Braque, droite, vas-y tourne, encore, avance non recule, stoooop!

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 16:44

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Avez-vous remarqué ce petit bonhomme insignifiant, toujours là à trainasser sur les parkings… Regardez-le bien : c’est l’ancêtre du parcmètre. Prenez-le en photo même car bientôt, il ne sera plus. Allez, il est temps de verser sa larme sur ce vestige des petits travaux.Certains diront : surveille-t-il réellement quelque chose ? On n’a l’impression de le voir seulement au moment de partir… C’est vrai que souvent, en déposant sa voiture, on a beau scruter l’horizon : personne.

Pour la récupérer, par contre, c’est un autre scénario. À peine s’approche-t-on du parking, clé en main, que le voilà sorti de nulle part, débordant d’une énergie visiblement inhabituelle. Il s’approche en clopinant, gesticulant comme un pantin, marmonnant dans un langage incompréhensible, visiblement propre à lui. Clou du spectacle, il semble mimer les gestes d’une manœuvre douteuse qui serait semble-t-il la marche à suivre pour quitter sa place de parking. Semble-t-il.

Parfois, il arrive qu’on le prenne de court et qu’on ait même le temps de s’installer et de boucler sa ceinture. Mais qui voilà apparaissant dans notre rétroviseur, accourant de toutes ses forces vers nous, comme si sa vie en dépendait ? En grand seigneur, nous préparons 2dirhams, petite monnaie volontairement oubliée à cet effet dans un coin de portière. Et quand il arrive à hauteur et commence son Lac des Cygnes revisité, nous nous empressons d’ouvrir la fenêtre pour le payer lui évitant ainsi de poursuivre cette petite plaisanterie finalement dérangeante.

Souvent, il tente une petite blague pas drôle histoire de sympathiser ; d’autre fois, il vérifie ce qu’il y a dans sa main avant de ranger les 2 pièces dans sa poche ( ?!) ; mieux encore, il sort ses petites pièces pour rendre la monnaie, manipulation prenant de longues minutes comme s’il lui fallait une heure pour compter la différence : on aura compris qu’il espère toujours un petit mot de notre part lui offrant un petit pourboire. Il tente le coup. Il a bien raison.

Petit bonhomme souvent trop vieux pour faire autre chose ou trop peu qualifié ou les deux en même temps, contraint de porter une blouse bleue en plein cagnard histoire de crédibiliser sa présence parce que Dieu Sait qu’il y a de nombreux clochards qui s’improvisent gardien d’un jour, histoire d’amasser son argent de poche de la journée. D’ailleurs la blouse ne sert à rien, le premier mécano venu peut faire illusion. Mais quand même, c’est mieux que rien.

Le plus drôle est quand on se réveille un matin et d’un coup, notre rue habituellement délaissée est devenue le nouveau lieu de travail d’un gardien. De bonne foi, prêt à vous montrer les papiers prouvant qu’il est habilité par le syndic, la commune, le roi lui-même. Et tentant de vous convaincre par la même occasion que c’est mieux pour tout le monde d’avoir une rue surveillée moyennant une toute toute petite cotisation mensuelle… En même temps, le mec a l’air d’avoir cent ans alors nous nous demandons bien comment il pourrait faire face à une meute de jeunes voleurs armés. Mieux vaut occulter.

Malgré tout cela, le rapport avec un humain reste plus agréable que celui avec le métal d’un parcmètre, bien que certains soit tous transpirants avec une tête bizarre. Mais qu’à cela ne tienne, tous les petits boulots comme celui de gardien sont gommés peu à peu et qui sait, peut-être que nous aussi, bientôt, serons remplacés par des robots d’une intelligence supérieure (ce ne sera pas difficile en même temps…). Le seul avantage sera que l’air sera sûrement moins nauséabond. Quoi que…

27 février, 2010

Le coeur sur la main

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 4:47

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Les beaux jours sont de retour. Du revers de la main nous balayons l’hiver qui n’a pas été si hivernal que ça.

Rien comparé à l’année dernière où la pluie incessante semblait s’être trompée de continent. Eh oh ! C’est l’Afrique ici ! Il est censé faire beau chaque instant de chaque jour de l’année ! ou presque…

Rien comparé à l’année dernière où le froid glacial s’immisçait entre nous et nous-mêmes, nous forçant à engloutir tout ce qui nous tombait sous la main. Ou plutôt dans la bouche.

Non, cette année a été une partie de rigolade. Alors que la neige recouvrait l’Europe, les EU et peut-être aussi une bonne partie de l’Asie, nous savourions un été indien qui est venu se fondre avec la douceur du printemps. Hmmm… Et aujourd’hui, fin février, nous prenons un bain de soleil.

Manteaux au placard, place aux affaires d’été. Malgré le travail pressant, les rdv à prendre, le million de papiers à écrire, à poster, à classer, la caresse du soleil sur la peau fragile de notre cou est une invitation impossible à refuser. C’est comme ça que tout Marrakech se retrouve un vendredi après-midi sur la place Jamaa El Fna.

On y prend une glace à l’italienne à 2dirhams, un verre de jus d’orange frais à 3dirhams, quelques pépites à grignoter pour 1dirham et on arpente, un sourire béat scotché aux lèvres les pavés irréguliers de la vieille ville. Sur un fond d’éclats de voix et de rires abandonnés, la joie simple d’être là s’élève. Contagieuse au plus haut point, il suffit de la respirer pour qu’elle s’installe aussi sûrement qu’une carie.

Une place colorée de monde, comme si la présence d’âmes qui déambulent redonnait à cette carte postale en noir et blanc une seconde vie. Tout le monde est là, fidèle à la mémoire collective, aux livres d’histoire, aux guides touristiques. C’est pour ça qu’on l’aime, cette place. Malgré toutes les tribulations de nos vies quotidiennes, le temps, le progrès, le nombre de touristes, les guerres et les crises, malgré le moral à zéro et les mauvaises nouvelles, malgré tout, elle continue d’être elle-même. On aura beau changer le goudron fondu par une chaleur harassante par de beaux pavés tous roses, transformer les carrioles à jus d’orange en carrosses de Cendrillon, agrandir les souks, augmenter les prix, accueillir de plus en plus d’étrangers, elle continuera d’être elle-même.

Voyez cet attroupement. Que se passe-t-il ? Autour de quoi ces gens se réunissent-ils ? Autour de qui ? Nous sommes curieux de savoir ce qui peut attirer tout ce monde… Et de fil en aiguille, de curieux en curieux, une trentaine de personnes se retrouvent à former un cercle de spectateurs en attente d’un spectacle qui tarde à venir. Nous nous faufilons à travers les corps entassés à la recherche du centre de la terre. Un homme debout parle haut et fort, interpelle, réclame, propose, parle, parle, parle pour laisser le temps aux impatients d’ouvrir leur porte-monnaie.

Soudain, sans prévenir, l’appel du bendir. Aussi prenant que la basse projetée plein pot par un baffle grésillant, le rythme qu’on croirait sorti de nos propres entrailles s’envole au-dessus des esprits étourdis. Les corps balancent, des mains commencent à battre la mesure, les sourires s’affichent. Et puis, un vieil homme se lève, et d’une voix fluette qui recouvre à peine le son des banjos et percussions confondus, entame un chant berbère populaire. Les paroles sont sur toutes les lèvres ou presque, un rassemblement comme celui d’une famille réunie pour une fête ; intime, agréable, précieux.

On prend le temps de s’arrêter et d’écouter. Mieux : on prend le temps d’apprécier. Un octogénaire avec une voix pareille, ça ne se trouve pas à tous les coins de rue. La chanson touche à sa fin, on donne ce qu’on peut ou on ne donne pas, peu importe, Dieu apporte à chacun son pain quotidien, l’essentiel est de donner de temps en temps et de surtout savoir aussi donner de son temps, car le temps c’est …

Quelle générosité… Celui qui sait donner de son temps est forcément généreux, ne croyez-vous pas ? Il donnera donc facilement de l’argent parce qu’entre nous, c’est quand même ce qu’il y a de plus facile à donner. L’argent. Plus facile qu’une journée de son temps, qu’un rein, du sang, sa femme, son chien, un sourire, une oreille attentive, de l’amour.

22 janvier, 2010

Repérage, médisance, emplafonnage

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 3:10

 

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Nous venons d’assister à un spectacle exceptionnel. Non, ce n’était pas la dernière comédie musicale à l’affiche, ni une pièce de théâtre contemporain décalé ; ce n’était pas non plus le concert de MJ revenu d’entre les morts. Malheureusement. Non, nous venons simplement de passer une soirée dans un petit restau récemment reconverti en pub où l’on sert à manger.

Et l’affluence soudaine en ce lieu à la nourriture infecte est simplement due à la venue d’un groupe de musique. Pas pour animer les fourneaux à notre grand regret mais bien les soirs de semaine. Nous ne savons pas si c’est une bonne idée en tous cas, ça marche. Quelle n’a pas été notre surprise en arrivant. Nous qui nous attendions à trouver l’endroit désert comme à son habitude avons été outrés par tant de densité humaine. Il ne manquait plus que des yeux bridés pour se croire à Shangaï.

Malgré tout, beaucoup de tables étaient vides, les gens ne sont pas si fous que ça. Venir boire un coup en écoutant de la musique passe encore mais de là à s’empoisonner… Ceci dit, nous nous sentons ce soir l’âme d’un kamikaze et la perspective nauséabonde de rester planté au bar aidant, nous nous jetons sur la première table libre venue.

Après avoir commandé un truc que nous ne mangerons pas, nos yeux se tournent vers le groupe de musique. Oh mon Dieu… mais qu’est-ce que… Aïe, ça pique, ça pique les yeux !!! Nous avions d’abord pensé qu’il s’agissait d’un homme. La voix puis la carrure. Mais la tenue exclut définitivement cette idée saugrenue. On est au Maroc tout de même, les trav ne courent pas les rues. La chanteuse donc. Enchanté. Bottes à talon et bout pointu en plastique blanc et lacets noirs, petites franges de 10cm en guise de jupe, tête bizarre. Nous avons occulté ce qui se trouvait entre les deux, avouons-le. Comme nous dévisageons les gens de bas en haut, vu le spectacle, notre cerveau  a refusé de continuer l’escalade sous peine de provoquer un arrêt cardiaque. Passons.

A côté, des tables hautes bien sûr et des corps agglutinés autour. Et quand le rythme s’emballe, que l’alcool commence à faire effet, c’est là que ça devient intéressant. Nous avons toujours été surpris par la clarté du langage corporel. Plus encore, par tout ce qu’un être peut révèler sur lui simplement en dansant. Est-ce que réellement ils ne se rendent pas compte du côté caricatural de leur geste et de leur attitude ? Il y a tellement de sketchs, tellement  d’articles, tellement de questions et certainement tellement de remarques amicales sur le sujet qu’il nous paraît étonnant que l’on puisse encore se comporter ainsi.

D’abord, on a Marie-Cécile. Toute de noir vêtue, longue et menue comme un haricot vert, coincé comme il n’est pas autorisé de l’être. Petit tailleur, petites chaussures, petit bassin mais gros porte-monnaie. Elle danse en faisant de petites grimaces du genre qui chante la mélodie sur des « ouhouhouhouh » en rebondissant dos droit, nuque tendue, yeux écarquillés. De temps en temps un sourire à sa copine qui semble dire « Mon Dieu que je suis folle ce soir ».

Sa copine, parlons-en. Mais où sont tes moutons Berthe ? Il nous avait pourtant semblé que la soirée était interdite aux sabots ! Mais cesse dont de sautiller partout, tu vois pas qu’ils ont tous honte pour toi… eh t’es pas toute seule et ça, c’était mon pied, semble dire sa voisine. En tous cas, elle est à l’aise sur la piste, étalant toute sa viande sous le nez enchanté des autres amateurs de danse. Elle peut être à l’aise ceci dit dans son T-shirt XL de chez Carrefour… Sans intérêt.

Sa voisine, donc, c’est Christelle. La meuf qui veut faire à l’aise et détendue mais qui oublié d’enlever son balai. Elle secoue son corps mécaniquement à la manière d’un robot qui disjoncte tout en essayant de faire voler sa chevelure bouclée de droite à gauche en passant par le mojito du voisin. Oui, nous en convenons, c’est assez original.

Mais le must de la soirée, c’est notre ami James. Petit pantalon en velours orange, petit haut moulant gris, lunettes noires rectangulaires et le détail qui tue, petit ras-le-cou en strass argenté. Et gros sac à main en cuir noir. Lui, il sent le rythme, c’est certain, il le sent qui circule d’un bras à l’autre, d’une hanche à l’autre, de la tête au genou, de l’épaule au ventre, du dos au pied droit. Petit serpentin gesticulant en cadence, nous gratifiant de temps à autre d’un arrêt sur image inédit. Un pur délice.

On peut le dire, nous passons une soirée délicieuse. Du moins jusqu’au moment où Marie-Chantal vient nous saluer. Quelques minutes nous sont tout de même nécessaires pour réaliser que c’est la mère d’une de nos élèves. Ça fait deux heures que nous l’observons sans que l’idée que nous la connaissions peut-être nous effleure. Ça fait deux ans que nous la croisons deux fois par semaine sans que son visage ne nous soit un tant soit peu familier. Et là, en être parfaitement équilibré, nous passons le reste de la soirée à essayer de nous rappeler la gueule de son enfant.

24 décembre, 2009

Noël, joyeux noël, Bon baisers de Marakech!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 21:56

 

noelboulesguirlandes.jpg

Ca y est, c’est Noël.

Nous ne savons pas si ça nous fait profondément quelque chose ; ce que nous savons en revanche, c’est que nous nous accrochons « à la vie à la mort » au rituel du réveillon. Nostalgie de nos années d’enfance ?

Non parce que clairement, au Maroc, peu de personnes le fête. Tout le monde taffe, il ne neige pas, les gosses vont à l’école enfin, rien à voir avec le schmilblick. Reste malgré tout des indécrottables comme nous qui ne lâchent pas l’affaire. Sapin de noël, cadeaux de noël, repas de noël. Hors de question de faire comme si de rien n’était alors qu’on a passé toute notre enfance à écrire des lettres au Père noël, à chanter des chansons, à résister pour s’endormir dans l’espoir vain de griller le gros bonhomme en train de déposer nos cadeaux !

Nous nous rappelons l’impatience de nous retrouver le lendemain matin pour découvrir les paquets déposés à notre intention au pied des guirlandes illuminées. Le contenu avait finalement peu d’importance. La seule vision féérique du soleil qui se lève sur une pièce éclairant des surprises nous remplissait de joie.

Même quand nous avons grandit, nous sommes restés fidèles au rituel du repas et des cadeaux. Hmmm… Des huîtres, du foie gras, du saumon fumé, la dinde, les marrons glacés, les truffes, les papillotes, les clémentines.

Rappelez-vous lorsque vous regardiez par la fenêtre pour apercevoir le traineau du Père Noël sous une neige qui ne s’arrêtait plus de tomber alors que vous étiez bien au chaud chez vous, vêtus de vos plus beaux habits… Les rues illuminées, les gens qui sourient, les vacances scolaires, les dessins animés le soir, les films toute la journée, toute la famille réunit, les caméras qui tournent, les flashs qui fusent, les chansons à l’ancienne ! Comment faire ensuite l’impasse sur des moments si doux, petits soleils dans nos cœurs refroidis ?

Alors nous avons décidé de perpétuer la légende et n’attendons qu’une chose, c’est d’avoir des enfants pour revivre avec eux ces instants de magie poétique.

En attendant, on s’éclate bien le bide avec un repas à la hauteur de notre gourmandise et mine de rien, avant de plonger dans un sommeil serein, on fera quand même un petit vœu pour que nos désirs les plus secrets se voient exaucer durant cette nuit où tout semble possible.

Joyeux Noël à tous.

29 novembre, 2009

Aïd al kabir, te voilà! Jour J

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 14:55

 

5806g.gifÇa y est, aujourd’hui c’est le grand jour.

Normalement, on doit se lever tôt. Tôt pour nous, ça veut dire 8h. Bien sûr, nous ne nous sentons pas directement concernés parce que cette coutume vise les principaux acteurs de la journée de la fête. A savoir les femmes sui doivent tout préparer pour accueillir la viande, les hommes qui doivent se préparer à transformer le mouton en viande, le boucher qui doit ôter la vie du mouton pour qu’il puisse être transformé en viande et préparer à être engloutit par des estomacs vides.

Nous ne sommes ni l’un, ni l’autre, ni l’autre encore mais nous veillons tout de même à ce que les trois étapes soient respectées et se déroulent convenablement. En réalité, nous sommes surtout très curieux.

Donc, tout le monde se réveil. Il s’agit de faire un petit déjeuner copieux parce que le premier repas se fait traditionnellement avec les brochettes de viande : cœur et foie, et on n’est pas prêt d’en voir la couleur avant 15h. Les hommes commencent par revêtir des habits sales, enfin, pas crado non plus, mais jetables dirons-nous. Les enfants, au contraire, se parent de leurs nouveaux habits. N’oublions pas, c’est jour de fête… les femmes en tablier et pyjamas investissent la cuisine. Nous dormons encore. Dans la rue, des hommes en blanc circulent. A regarder de plus près, ils arborent tous dans leur main ou leurs poches des…couteaux. Ça fait un peu flipper. Quand on sait comment les gens démarrent au quart de tour ici, y a de quoi. Mais non, tout le monde est joyeux, se salue, s’invite, se souhaite bonne fête. Pas d’effusion de sang humain aujourd’hui. Leur quota d’agressivité quotidien se dirige entièrement vers les moutons squattant depuis les maisons.

Ah le boucher est arrivé. Allez les hommes, sur la terrasse ! Les moutons y sont attachés par une corde solide et pas trop longue. Oui, parce qu’on a vu plus d’une fois des moutons suicidaires. Ils prennent de l’élan et sautent par-dessus le mur de la terrasse pour venir s’affaler sur le pavé, contraignant leur maître à les égorger sur place et à acheter un autre mouton pour le jour de la fête. Vu le prix, ce n’est pas vraiment dans l’intérêt général. Première des choses, séparer les moutons. On en cache un dans une petite pièce pour qu’il ne voie rien et n’entende rien. puis on attrape l’autre. Au moins trois hommes. Celui qui choisit de tuer le mouton le fait au nom de sa famille. Ce doit être un homme pieux qui fait sa prière et représente le chef de famille. Les autres sont là pour l’aider. Mais il faut savoir le faire correctement pour ne pas faire souffrir la bête. Sinon, on n’a pas le droit de le faire. Faut pas pousser.

Une fois la bête tuée, ce qui n’est vraiment pas le plus difficile, il faut lui enlever la peau en soufflant dans la carcasse pour aider à la décoller, l’ouvrir, ôter le cœur, le foie, les poumons, sortir la graisse qui entoure je ne sais plus quelle partie et la mettre à sécher. Le mouton, c’est comme le cochon : tout y est bon, tout se mange. Puis vider l’estomac, les tripes, les intestins tout ça, laver la terrasse pour que le sang disparaisse, mettre la tête de côté. Chaque organe est séparé et placé dans un seau. On descend le tout aux femmes restées en cuisine.

De leur côté, elles ont pris soin de préparer tout le matériel nécessaire à la préparation et à la conservation de la viande. Dans le jardin ou la cour, un petit barbecue se prépare. On place sur le charbon le foie et le cœur, en pré-cuisson.

En haut, les hommes continuent leur besogne. Ayant totalement nettoyé la terrasse, les voilà qui amène le deuxième mouton qui cherche des yeux son compagnon d’un jour. Cherche toujours l’ami, il est déjà en pièce détaché. Plus rapide qui la fourrière locale. D’ailleurs, en position, le destin t’appelle à ton tour. Couic. Même scénario. Les hommes ont accompli leur devoir, c’en est fini pour eux. Ils descendent se doucher et mettre leurs habits de fête : djellabas, babouches, bien rasés, beaux gosses.

Les femmes ont récupéré cœurs et foies à demi cuits et les découpent en petits cubes. Un par un, elles les entourent d’un peu de graisse séchée et les enfilent en brochettes. C’est un moment très agréable où toutes les femmes de la famille sont réunies et s’entraident pour mener à bien la mission qui leur est confiée. Discussion, rires, malgré les rivalités et les différences. Un travail à la chaîne qui porte ses fruits puisque bientôt les brochettes sont confiées à un l’homme de la famille chargé de les faire cuire. Les femmes en profitent pour nettoyer la cuisine, préparer le thé et aller se changer.

La fumée enveloppe les invités dans un nuage parfumé. Tout le monde est regroupé dans la même pièce, éclats de voix, les mains s’agitent, on rie, on raconte, on se rappelle. Tout le monde est là. Tout le monde est venu avec sa famille. Les enfants eux aussi sont de la fête, on leur donne un peu d’argent, ils achètent des bonbons, cours partout, retrouvent leurs cousins-cousines. Le thé et servi et on déguste avec un morceau de pain fait maison les brochettes délicieuses, fruit du labeur général.

On est heureux, on est bien. C’est ça, l’Aïd al Kabîr.

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