A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

26 août, 2015

« Tu sais faire la planche? »

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 2:22

Non. Nous sommes convaincus que personne ne sait faire la planche. Sinon, le monde serait composé uniquement de corps humains flottant à la surface de l’eau, plus vivants que jamais.

Nous nous expliquons. Oui, il y en a un dans le fond de la classe qui n’a pas compris la phrase précédente. Ne t’inquiète pas l’ami, nous allons développer. Nous adorons nous entendre parler. Ou plutôt nous voir écrire.

Nous sommes partis en vacances. Farniente. De vraies vacances au soleil en bord de mer. Une eau translucide et d’une chaleur insolente.

Nous adorons l’eau. Nous adorons l’océan. Nous adorons aussi la mer. Immensité. Lorsque sous nos yeux ébahis l’infinité de l’eau rencontre l’infinité du ciel, lorsque les vagues miroitantes épousent l’éclat des étoiles, nous nous sentons seuls face à Dieu, sereins et humbles, comblés et reconnaissants, minuscules et uniques.

Plénitude.

Cest le seul moment de notre vie où nous sommes plongés dans cet état de bien être indescriptible. Nous nous disons que ce doit être ça, le paradis. Vidés de tout, simplement là, éternels.

Nous sommes à la plage. Rien de très original. Nos pieds foulent le sable fin, entrent dans l’eau, nos jambes, nos hanches, ventre, poitrine, épaules, nous fermons les yeux et nous savourons cet instant qui la douceur d’une caresse amoureuse. Nous nageons quelques mètres histoire de nous éloigner de la populasse. Nous n’aimons pas les gens et encore moins les touristes. Bien que nous soyons nous-mêmes les deux.

Autour de nous, un jeune couple (forcément jeune, vu comme ils se lèchent l’un l’autre) deux femmes aux seins nus (pourquoi nous infliger tant de souffrance visuelle? Elles pensent sincèrement avoir la poitrine du siècle, pitié pour nos yeux…), quelques gosses hurleurs à bouée, bons à laisser couler pour le salut de nos oreilles – oh comme c’est attendrissant, des papas qui nagent avec leur enfant et un, là, qui ne va pas tarder à noyer le sien.

Loin, loin, loin de toute cette agitation futile, à michemin entre les hommes et les yachts, au centre d’un petit bout de mer, nous décidons de faire une halte.

Pause.

………………….

Nous basculons sur le dos. Les oreilles dans l’eau, les yeux fermés, le corps inerte. Nous n’entendons plus que notre propre respiration, la douceur des rayons du soleil sur le visage, peu à peu nos muscles se relâchent, se détendent. Nous confions notre corps à la mer, à la nature, à Dieu. Nous n’avons plus aucune volonté, aucun mouvement d’aucune sorte, totalement libre. Nous flottons au gré des flots, plus rien n’a d’importance, plus rien n’existe, il n’y a que l’eau et nous. Nous qui ne sommes même plus un corps, simplement un esprit qui vogue dans les méandres de la nature, primaire, éthéré.

Plenitude.

Ce doit être ça, le paradis.

Et puis signal d’alerte. Notre cerveau réagit et nous sort malgré nous de cette douce léthargie. Nous allions nous endormir. Nous perdre dans les profondeurs des océans. Et alors?

Alors il n’est pas si aisé de mourir. Surtout si on veut aller au paradis.

 

13 juillet, 2015

« Jeûnons sous la pluie »

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 1:16

Nous aimons la pluie. Tant que nous sommes bien à l’abri. Ou que nous avons des affaires sèches et un bain chaud qui nous attendent. Oui nous sommes un peu précieux.

Nous aimons le jeûne. Tant que ça ne dure pas plus que douze heures. Après notre ventre commence à faire des bruits bizarres. Et nous commençons à dire des choses bizarres.

Nous aimons conduire. Vite surtout. En klaxonnant. Et en insultant de temps en temps les autres automobilistes, conducteurs de charrettes, de vélos, de tricycles et de dromadaires.

Aujourd’hui, trois en un.

Il arrive que nous devions nous acquitter de certaines tâches ainsi que le veut notre condition d’être humains ennuyeux, des tâches nécessaires à notre survie mais au combien rébarbatives: les courses.

Oui la phrase est un peu longue et pompeuse mais c’est notre texte, nous écrivons ce qu’il nous plaît.

Donc, nous décidons d’aller faire les courses. Nous baillons déjà de lassitude. Les courses. Quels mots déplaisants. Ceinture bouclée, rétros ajustés, gorge raclée, klaxon opé. 

Sur le chemin de l’aller, à part que nos mains effectuent des manoeuvres que notre cerveau ne semble pas avoir ordonné (il est en mode veille jusqu’à 19h45 heure du repas) et doublent la durée du trajet, tout se passe sans encombres.

Mais au retour, le petit plus qui déclenche un harlem shake à Marrakech nous tombe dessus: une pluie diluvienne.

Pichhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

Oui c’est le bruit que fait la pluie qui tombe.

Et là, carnage.

Le bus devant nous, arrivant au feu rouge, ralentit puis… dévie sur la voie de gauche et bisou bisou avec le parechoc de la voiture en carton arrivant en face. Tout en douceur. Tout écrabouillé. Pas de blessés. Une file de voiture qui ralentit pour admirer le spectacle.

Des gouttes grosses comme des olives (on est au Maroc, faut faire des métaphores adaptées au pays) nous tombent dessus et tous les deux roues s’arrêtent en attendant que l’averse passe. Sauf un. Un idiot sûrement. Vous nous direz qu’il est peut être pressé, qu’il ne sent pas la pluie lui fouetter le corps (le mec est en short et t-shirt) ou encore qu’il.. non il n’y a rien à dire, il est idiot.

Arrêt au feu. Rouge encore. Décidément. Une vieille chose stoppe à notre hauteur. Autrefois, ce fut certainement une voiture. Que Dieu ait son âme. Le conducteur profite des quelques secondes d’arrêt pour sortir et… passer une raclette sur son pare-brise. C’est l’homme-essuie glace. 

Les gens se battent pour monter dans les taxis, dans les bus, dans les calèches (non c’est une blague: riez!), les piétons courent et les idiots en deux roues qui ne veulent pas s’arrêter dérapent.

Et nous rions. Bien à l’abri dans notre voiture. Nous avons oublié l’espace d’un instant que nous jeunions. (oui nous jeûnons même si nous ne sommes pas obligés et oui c’est par conviction et non ce n’est pas la mer à boire et non ce n’est pas mauvais pour la santé et oui on sait que vous connaissez des musulmans qui ne le font pas et oui on s’en fout). Donc nous rions. Bien à l’abri. Rassasié par le divertissement que nous offre notre ville sous la pluie en plein mois de Ramadan sillonnée par des automobilistes à 200dhs. C’est le pourboire à donner pour avoir son permis en cinq minutes.

Bref, demain, nous sortirons à nouveau faire les courses (oh ce maudit mot) rien que pour avoir le plaisir de nous divertir encore un peu. Oui, notre vie est passionnante. Bande de jaloux. 

9 octobre, 2010

« Dieu ne pouvait être partout, alors il a créé la mère. »

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 17:23

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Quand on pense à l’accouchement, la première chose qui nous vient à l’esprit, ce sont les douleurs de l’enfantement. Aujourd’hui, péridurale aidant, ce mal est devenu secondaire.

On redoute les contractions, les complications, la césarienne, l’épisiotomie, les incontinences, le dégoût du papa, l’incompétence de la sage-femme, l’après-accouchement, les visites et la constipation.

Mais avez-vous déjà pensé au lit sur lequel vous serez pour mettre votre enfant au monde ? Les draps seront-ils propres ? Vous êtes-vous demandés si le médecin aurait des gants ? S’il y aura d’autres personnes avec vous à ce moment là que le personnel médical comme par exemple, d’autres patientes ?

Non bien sûr parce que les réponses coulent de source. Malheureusement, ce n’est pas le cas pour toutes les femmes. Celles qui accouchent en clinique sont comme vous. Celles qui accouchent à l’hôpital public… ne sont pas comme vous.

« Elle commence à en avoir assez.

Neuf mois qu’elle le porte.

Neuf mois qu’elle est fatiguée, souvent malade ; son corps éprouvé crie grâce.

Elle n’ose pas en parler. Pas même à son mari. Comment pourrait-elle décemment avouer qu’elle n’en peut plus, qu’elle voudrait que cette chose sorte de son ventre, qu’elle ne supporte de plus de se voir transformée en sac ambulant.

Serait-elle une mauvaise mère ? C’est ce qu’ils penseraient tous.

Elle parle à son bébé. Un petit être dont elle ne connait même pas le visage. Elle espère qu’il ne sera pas trop laid. Elle lui demande de sortir. Elle le prie de soulager sa souffrance en mettant fin à cette longue période d’incubation. Elle prie aussi et surtout Dieu pour lui demander plus de patience et la force de surmonter cet obstacle.

Elle ne craint pas l’accouchement, elle le réclame. Retrouver une vie routinière où elle serait maîtresse de son corps. Un corps qu’elle continuera de cacher, un corps qu’elle continuera d’offrir à son mari dès qu’il le désirera, un corps qu’elle lavera au hammam, un corps qu’elle fatiguera à force de ne rien faire que le ménage. Un corps qu’elle connaît par cœur et qui aujourd’hui ne lui appartient plus.

Il contient l’héritier, la descendance, la fierté de la famille. Le temps de la grossesse, il n’est plus à elle.

Dans la rue, on la dévisage. Elle se sent salie par la fécondation. Dans leurs yeux, elle lit du dégoût, de la pitié et du mépris. On ne la félicite pas. On la bouscule, impunément. Elle se sent coupable, honteuse, tout le monde la regarde en se disant qu’elle a volontairement couché avec un homme pour se faire engrosser.

Elle voudrait comprendre pourquoi chaque regard raconte la même histoire. Elle est mariée. Elle ne devrait pas avoir à se cacher, à baisser les yeux et à se justifier.

Les gens sont violents, maladroits, indifférents à ce corps qu’elle protège instinctivement. Elle a peur de prendre un mauvais coup, de perdre ce bébé alors elle ne sort plus. Dans cette jungle urbaine, on la touche trop. Dans l’intimité de sa chambre, son mari ne la touche plus.

Il est temps que ça s’arrête. Aucune attention particulière envers elle. Elle continue à effectuer ses tâches ménagères, à faire le marché, à laver le linge. Elle a besoin de se plaindre. Elle a besoin d’un peu de compréhension. Elle a besoin d’un peu de tendresse.

Mais les hommes sont égoïstes et les femmes jalouses.

Elle n’a pas le droit de se laisser aller. Doit être à la hauteur des femmes de la famille. Pas de place pour les midinettes. Elle ne veut décevoir personne, fait des efforts incommensurables et tous font semblant de trouver ça normal.

Ne se résume-t-elle qu’à cela ? Un utérus fécondé porteur d’embryon ? Sa vie n’a-t-elle donc de sens qu’à travers cette mission d’enfantement ?

Quand le jour arrive enfin, elle se rend à l’hôpital. Est-ce ici le purgatoire ? Des bureaux à perte de vue, des couloirs à perte de vue, des malades à perte de vue. Il y en a dans les chambres, dans les salles d’attentes, par terre, en fauteuil, sur des tables, partout. Impossible que toutes ces femmes viennent pour accoucher…

On la pose sur un brancard, c’est l’affaire de quelques heures, à la lueur d’ampoules cassées. Elle accouche là, aux portes de l’enfer, d’une petite fille belle comme le jour et vraiment minuscule. Sa première pensée est de se dire qu’elle aussi, un jour, traversera un moment identique. Horreur d’une réalité sans équivoque.

24h plus tard, retour à la maison. Elle n’aurait jamais pensé être heureuse de retrouver son lit. Mais pour l’heure, c’est sur le canapé du salon qu’on l’installe, la destinant à passer la prochaine semaine allongée ici. Pour pouvoir recevoir les visiteurs. Elle qui ne rêvait que de dormir enfin.

Maintenant, on prend soin d’elle. Elle a accompli sa mission, honoré sa famille, c’est le début des festivités. Alors qu’elle ne rêve que de dormir.

5 octobre, 2010

T’es dans quel groupe?

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 15:14

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D’un côté on parle de libre échange, de mondialisation, de mélange des cultures et de rencontres, d’ouverture, de tolérance, de pluralité ; d’un autre, le communautarisme est à la mode.

Tout le monde a envie de faire partie d’un groupe.

Bien sûr, il y a ceux sur Facebook pleins d’un humour tout particulier comme « Pour tous ceux qui se trouvent ridicules aux toilettes… ».

Surtout il y a ceux moins drôles mais beaucoup plus réels qui réunissent leurs membres régulièrement et engagent des actions concrètes.

Ce week-end, nous avons intégré l’un d’eux. Venus d’un peu partout, ils se retrouvent autour d’une même passion : la salsa.

Salsa à Marrakech ? Ça sonne peut-être bizarre mais ça sonne juste. C’est vrai qu’on s’attendrait plutôt à voir un festival de danse orientale après avoir vu celui des arts populaires. Mais il va falloir se résoudre à abandonner les clichés de la ville ocre et voir ce qu’elle est véritablement devenue.

Fini les chameaux, palmiers, souks et soleil couchant. Enfin, ça existe toujours mais Marrakech ne se résume plus qu’à cela. Aujourd’hui, elle est une ville qui décide de bouger. Qui brasse du monde. Qui se nourrit de nouvelles rencontres.

C’est donc tout naturelle pour elle d’accueillir un festival international de salsa. Et tout naturel pour nous d’y participer.

Et pourtant ce n’était pas gagné d’avance. Nous n’aimions pas la salsa.

Vous avez déjà vu des gens un peu gauches sur une piste de danse ? C’est tout simplement à mourir de rire. Il n’y a pas de sujet plus facile pour la moquerie et même avec la plus grande bonté du monde, on ne peut s’empêcher de tomber dedans.

Imaginez maintenant l’un deux, disons un homme, vêtu d’un débardeur en lycra bleu électrique transparent ou en t-shirt à trou rose fuchsia recouvert de paillettes. Non, nous n’exagérons pas. Loin de nous l’époque où les hommes latins représentaient la caricature de l’homme virile, macho et misogyne. Aujourd’hui, il mène encore la danse mais il fait aussi un peu flipper dans sa tenue de gala à strass.

Du coup, la fille pousse à l’extrême les atouts de sa féminité pour être sûre qu’on ne la confonde pas avec son partenaire. Seins remontés, fesses remontées, pommettes remontées. Là, nous exagérons. Mais la danseuse de salsa doit être une diva ou ne doit pas être. Donc, les seins en avant, les fesses en arrière et le sourire scotché aux lèvres. Quand elle danse bien, ça passe, mais quand c’est un boulet…

Tout ça pour dire que ce n’était pas gagné. Le ridicule n’était pas loin. Nous aimions danser mais aller voir un spectacle était hors de propos. Alors faire un festival…

Mais nous ne voulions pas mourir bêtes.

Nous avons mis les pieds là-bas et nous nous sommes fait engloutir.

Vous êtes-vous déjà plongés dans un univers parallèle où tous les codes qui régissaient votre univers se trouvaient inversés ?

Des individus tout autour de vous, s’exprimant dans des langues souvent incompréhensibles et qui pourtant échangent. Ils vont et viennent, engagent des conversations, s’invitent à danser, se remercient et se quittent.

Tout naturellement.

Personne n’a honte, personne n’est gêné, personne ne se moque.

Tout le monde danse.

Ceux qui savent, ceux qui ne savent, ensemble.

Couples ou non, seuls, à deux, en groupe.

Tout le monde danse.

2000 individus les uns avec les autres et aucune dispute, aucun malentendu, aucune contrariété, aucune élite, aucun rejet. Il n’y a ni frontières, ni classe sociale.

Tout le monde s’adapte.

Les couples se forment le temps d’une danse, se séparent et se reforment plus loin.

Il y a des grands blonds avec des petites à cheveux frisées, des petits minets avec des dames en robe à fleur, des petites bombes avec bibendums et on n’a même pas envie de rire. Nous qui rions si facilement.

On nous invite, pas le temps de répondre, nous voilà sur la piste. La musique est là, la lumière est là et c’est parti.

Voyage.

Toute la nuit est faite de ces petites virées dans un autre univers où la terre tourne plus vite mais où le temps reste immobile. Les corps bougent, même les plus raides, même les plus maladroits, tous bougent avec une telle sincérité que le ridicule a quitté les lieux.

Nous n’aimions pas la salsa.

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Et nous n’en sommes pas un.

3 septembre, 2010

Ramadan ou comment devenir pauvre

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 3:37

 

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Ça y est, il ne reste plus qu’une semaine. UNE SEMAINE !

C’est toujours la même chose : on en parle deux mois avant, on s’y prépare, psychologiquement, physiquement, culinairement, on s’organise et puis on y est. On se dit que finalement ce n’est pas si horrible que ça et puis on est change d’avis vers le milieu quand on commence à fatiguer et puis ça passe, ça devient facile, on est habitué. Et c’est déjà bientôt fini.

En fait, la seule difficulté du Ramadan, c’est de réfléchir le ventre vide.

En fait, on ne réfléchit plus du tout. On ne pense plus qu’à la bouffe.

Notre ventre se met à gargouiller dès le réveil, on se demande ce qu’on va bien pouvoir manger le soir, on regrette tous les petits déjeuners manqués et les repas sautés parce qu’on faisait un régime ou qu’on était trop cons.

On a la nostalgie de tout ce qu’on a pu manger ou boire ces trente dernières années, même celle des plats les plus indigestes dont la simple odeur nous donnait la nausée.

On voit des gens se goinfrer tout autour de nous, mais qu’est-ce qu’ils ont d’un coup ! Tous devenus boulimiques ou quoi ?!

On les maudit de ne pas apprécier ce qu’ils engloutissent, de ne pas en apprécier la valeur. Quelle indécence de s’empiffrer comme si cette précieuse nourriture leur était due.

Pfff, ils ne méritent vraiment pas ce croissant au beurre, doré, légèrement croustillant à l’extérieur, chaud et moelleux à l’intérieur…

Des panneaux publicitaires dégoulinant d’insanités gastronomiques, des spots télévisés faisant l’apologie de la gourmandise et du régime en même temps, des émissions commerciales prônant le retour à la cuisine faite maison, des plats cuisinés, des recettes de grand-mères, des restau à la mode, des fruits, des légumes, des gâteaux, partout partout partout, de la bouffe de toute part et de l’eau en abondance.

 

Nous voudrions travailler, nous concentrer sur tout ce que nous avons à faire, nous voudrions n’avoir qu’un petit creux, comme celui qu’on ressent à 17h et qui passe en un rien de temps.

Mais celui-là ne passe pas, il s’accroche, il s’installe, colocataire clandestin qui refuse de décoller, encombrant, il recouvre tout, ne laissant aucun répit à notre esprit qui ne veut que dormir pour oublier.

Mais rien n’y fait. Impossible de réfléchir correctement, impossible de s’exprimer correctement, on devient dyslexique, illogique, débile au possible, décalé, à la masse. Nous qui étions si brillants.

Alors nous prenons notre mal en patience et nous compatissons, plus que ça, nous devenons cet homme qui mendie, cette femme dans la rue, cet enfant mollasson, l’espace d’un mois, l’espace d’un mois seulement mais un temps assez long pour garder le souvenir de cette situation abominable une année durant.

Après avoir tenter de lire, de parler, d’écrire, de suivre un film ou même une conversation, après avoir somnolé durant toute la journée, vient enfin l’heure tant attendue du repas.

Nous nous asseyons devant une table remplie de provisions pour une semaine, tout ce que nous avions envie de dévorer tout à l’heure, tout ce que nous rêvions d’avaler.

Et nous n’avons plus faim.

Nous choisissons avec soin les aliments qui rempliront le peu de place libre de notre estomac, nous dégustons, lentement, chaque met précieusement sélectionné que nous dédions à ceux qui comme nous n’ont pas la chance d’être là et en quelques secondes, nous sommes rassasiés. Notre corps guéri, la douleur envolée, à nouveau en paix.

Enfin, nous pouvons penser.

24 août, 2010

On a tué untel… et alors?

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 23:33

 

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Aujourd’hui encore, alors que nous sommes au XXIème, que nous avons traversés des dizaines, des centaines, des milliers de guerres, aujourd’hui encore, nous nous demandons comment a-t-on pu si aisément banaliser le meurtre.

Ce n’est pourtant pas rien.

Nous allumons la télé, nous voyons des populations décimées par la main de l’homme, à coups de machettes, de bombes, de famine ou de politique, nous voyons des mères tuant leurs enfants et des enfants tuer d’autres enfants, nous voyons des riches commanditer la mort d’autres riches et des pauvres assassiner des plus pauvres encore pour les voler, nous voyons des frères se faire égorger pour un héritage et des sœurs se poignarder pour un mari, nous voyons des tueurs en série, nous voyons des dictateurs en série, nous voyons des morts en série.

Et on s’habitue. On s’habitue à l’horreur.

« Tu sais que untel a tué unetelle ? Ah bon mais pourquoi ? Ben j’sais pas, d’ailleurs, personne ne sait… » Y-a-t-il de raison recevable de toute manière…

« Tu sais que la guerre a été déclaré dans tel pays ? Ah bon mais pourquoi ? Encore une histoire de pétrole certainement… » Certainement.

« Tu sais qu’il paraît qu’en Inde, y a des gens qui meurent dans la rue ? (Pas besoin d’aller jusqu’en Inde…) J’t’jure, tous les gens qui sont partis reviennent changés, il paraît que quand t’es allé là-bas, ça te change ta vie… » Les gens ne peuvent-ils réellement se rendre compte de la misère qu’en ayant son odeur au nez ?

« Oh là là, encore une carte de l’Unicef, j’peux pas regarder ces petits enfants avec le ventre gonflé, c’est pas bien de se servir de ça pour récolter de l’argent… » C’est surtout pas bien d’avoir besoin de faire ça pour que les gens pensent à donner…

On est vivant et puis on est mort. En une seconde. Parce quelqu’un l’a décidé. Comme ça. Aucun appel. On est là et puis… on n’est plus là. Notre esprit, notre histoire, nos sentiments, nos rêves, nos révoltes, nos amours, celui que nous étions enfant, adolescent, adulte, celui-là disparaît, d’un coup. Boum. Il n’existe plus. Il ne respire plus. Il ne pense plus. Il n’est qu’un corps inerte, inutile. Il parlait, riait, s’énervait, dansait, ronflait et maintenant il n’est plus rien qu’un corps inerte. La vie s’est échappée, le souffle a disparu. Il n’est qu’un corps inerte.

Nous voudrions comprendre comment peut-on ne pas s’effondrer à chaque fois qu’une vie est ôtée par la main d’un homme, s’indigner, pleurer de tout notre soûl, y a-t-il une chose plus horrible, plus cruelle ? Pourquoi ne pleure-t-on que nos proches ? Pourquoi ne pleure-t-on que les gens bien ? Ou plutôt, que ceux qui ne font pas trop d’erreurs ? Personne ne mérite de se faire tuer. Une flèche devrait nous transpercer le cœur à chaque fois qu’une balle déchiquète celui d’un enfant, nous ne devrions jamais nous habituer à apprendre le meurtre de quelqu’un sans que cela ne provoque d’émotion bouleversante en nous.

Nous ne devrions pas accepter d’être sans cœur.

« On va quand même pas se mettre à chialer chaque fois que quelqu’un meurt, on s’arrêterait plus ! » Et bien, ne nous arrêtons plus ! Serait-ce donc là votre réponse à l’inhumanité ? Trop insupportable ce massacre alors au lieu de le vomir, on apprend à vivre avec, à tourner les yeux et à  oublier ? Chacun ses petits problèmes n’est-ce pas…

Nous ne voulons pas devenir comme ça.

Nous ne voulons devenir insensibles.

C’est vrai, nous n’avons plus vingt ans pour nous révolter contre tout et espérer un monde meilleur, loin de nous cette utopie d’un autre temps. Nous savons notre civilisation condamnée et nous souhaitons même que l’agonie ne dure pas trop longtemps. Mais le peu de temps qu’il nous reste, nous ne le passerons pas à regarder les autres mourir en pensant à ce qu’on mangera ce soir.

Et vous ?

10 juillet, 2010

Alors et toi, c’est pour quand ?

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 22:19

 

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« Alors et toi, c’est pour quand ? »

Et ma main dans ta bouche, ça te dit ?!

Agressifs, nous ? Vous exagérez…

C’est juste que depuis que nous avons dépassé 25ans, franchi le cap du quart de siècle, titillé de plus près la trentaine, nous sommes malgré nous entrés dans la galaxie des mamans en devenir.

Toutes les femmes que nous fréquentions jusque là se sont transformés en utérus ambulant. Leur monde tourne en orbite autour d’un seul astre : l’enfant. Cette petite chose gesticulant en permanence réclamant une attention exclusive et ininterrompue.

A croire que le mot femme intègre obligatoirement la notion de mère. Si si, regardez bien, il est juste derrière.

Soit elles parlent d’en faire, soit elles essaient d’en avoir, soit elles sont enceintes, soit elles viennent d’accoucher, soit elles respirent déjà au rythme de leur progéniture, soit elles sont célibataires et se cachent derrière un arbre.

Les conversations se réduisent à des descriptions d’états de santé, conseils en tout genre, on s’extasie d’un rien et on s’effraie pour bien moins encore. A croire qu’avant, on ne vivait pas.

De quoi pouvaient-elles bien parler avant que leur ventre ne se distende, que leur seins ne deviennent mamelles et que leurs nuits ne soient un cauchemar qui n’en finit pas?

Apparemment de rien. Leur vie d’avant était forcément inintéressante au possible pour qu’elles décident, du jour au lendemain, de la sacrifier sans appel sur l’autel de la maternité. Enfin elles donnaient un sens à leur vie, une utilité, une raison de vivre, voire de quoi meubler leurs longues heures de solitude.

Sinon, comment renoncer à une existence sentimentalement et professionnellement passionnante pour se consacrer corps et âmes et un peu plus encore à sa descendance, laquelle en atteignant sa dixième année de vie ne voudra plus entendre parler de vous ?

Parce mauvaises sont celles qui osent enfanter sans être dans le sacrifice total de leur personne. A bat les sorcières ! Ces mères modernes qui prétendent pouvoir travailler tout en étant présentes pour leur enfant et pire encore, continuent d’avoir une vie personnelle, indépendamment du fruit de leurs entrailles !

A croire qu’au XXIème siècle, les hommes n’entrent toujours pas en ligne de compte. « Tant mieux pour elle si son mec participe et lui donne un coup de main » sont autant de propos insensés qu’actuels. Un coup de main ?

Et que dire à celles qui, ayant atteint la limite d’âge, en couple, jouissant d’un cadre de vie agréable, refusent tout simplement d’être mère ?

On leur sert inlassablement le même refrain :

« Alors et toi, c’est pour quand ? »

Et ma main dans ta bouche, ça te dit ?!

 

Eh beau goss!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 0:05

 

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On s’offusque toujours devant les hommes qui sifflent une jolie fille (exception faite du Maroc où ils sifflent même les moches grosses et éclopées), leur lancent un compliment d’un raffinement inattendu en émettant des sons troublants et évocateurs.

 

La fille outragée détourne les yeux ou répond d’un regard perçant de mépris. Certaines iront jusqu’à marmonner une insulte à l’odeur d’eau de rose.

 

La nouvelle vague protectrice  des droits de la femme veut qu’on s’oppose à ce surplus de testostérone qui fait manquer de bienséance aux mâles en chaleur.

 

Pourtant, quand elle vit se mouvoir devant elle ce corps d’une musculature parfaite à la peau hâlée comme un cookie tout juste sorti du four, cette chute de rein dessinée par Léonard de Vinci lui-même, elle ressentit une envie irrésistible d’exprimer cette violente émotion qui la submergeait toute entière.

 

Bouffée de chaleur, palpitation, picotement dans la nuque, euphorie soudaine ; un peu comme après une journée de jeûne devant un bon petit plat mijoté par maman.

 

Après avoir réprimandé son instinct premier qui l’aurait fait croquer dedans, elle se retint in extremis pour ne pas balancer un « waouhhh ! » au moment où cette vision enchanteresse lui apparut. Sa bonne éducation l’en empêcha. Ça ne se faisait pas. Une fille de bonne famille ne draguait pas dans la rue. Une fille de bonne famille ne draguait pas du tout. Elle fait la belle jusqu’à ce qu’on la drague.

 

Mais elle ne voulait pas draguer ce bel éphèbe, ni même le séduire. Elle avait simplement été émoustillée par sa plastique alléchante et souhaitait le lui faire remarquer, comme pour le féliciter d’une telle réussite et le remercier de cet intense moment de plaisir.

 

La raison fut plus forte que l’instinct et elle ne put qu’admirer en silence cet apollon du XXIème siècle.

 

Tout en se léchant les babines.

 

 

31 mai, 2010

A vos marques, prêts… Régime!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 14:40

 

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L’été est là, c’est le moment de faire un régime. Et pour une fois, ça concerne tout le monde.

Fini le moment de solitude intense qu’éprouve une femme cherchant par tous les moyens une façon discrète de faire taire son ventre qui gargouille alors que son mec s’empiffre d’un Magnum double chocolat en lui assurant qu’elle n’est pas grosse et qu’elle a vraiment tort de se priver d’un tel délice. Ou double caramel. Ou celui avec des amandes croustillantes sur l’extérieur et une bonne crème glacée vanille comme récompense d’avoir englouti la croûte en chocolat.

Fini les larmes aux yeux d’avoir à renoncer à la chantilly alors que son mec s’empresse d’un coup de cuillère expert de la rafler pour l’ingérer fissa.

Fini les humiliations quotidiennes à entendre ce même mec dire à tout le monde qu’elle se trouve énorme en rigolant alors que lui l’aime comme elle est, qu’elle le sait bien, le tout en zyeutant le corps d’une jeunette anorexique de vingt ans en maillot de bain à trois mètres de là. Jusqu’à ce qu’il croque ses doigts plutôt que sa tarte Tatin et se fasse un torticolis.

Aujourd’hui et depuis plusieurs années déjà, la dure loi de la société de consommation a cessé de laisser les hommes en paix. Elle non plus ne tolère plus leur bedaine grossissant à vue d’œil, leurs bourrelets qui n’ont rien de poignées d’amour, leur double menton qui vire au triple. Il est temps de remettre un peu d’ordre.

Quand leur femme le leur demandait, la question restait évasive, toujours reportée au lendemain ou au siècle prochain, « à quoi bon puisqu’on va tous mourir en 2012, tu ne voudrais pas que je sois tout maigrichon quand même, ma mère va croire que tu m’affames, au moins là je suis en bonne santé puis c’est mignon un peu de rondeur, t’exagères j’suis pas gros et en plus ça, c’est du muscle! »

C’est surtout moins mignon quand ces rondeurs sont sur les hanches de ta femme, abruti. Mais bienheureusement, l’équilibre a été rétabli et même les hommes doivent aujourd’hui devenir « objet de désir conforme aux critères de beauté contemporains ». Leur fric ne suffit plus à justifier leur existence, ne suffit plus à séduire le sexe opposé. Comment dans ce cas assurer la pérennité de l’espèce ?

On croirait presque la société fait une bonne action. « Être beau gosse vous permettra de trouver avec qui faire des bébés ». En se servant quand même un peu au passage… Si les femmes n’en veulent plus, de leur fric, pourquoi s’en priverait-elle ?

« Plus que le déodorant, le dentifrice et le parfum qui vous empêchent de sentir le bouc, vous avez des besoins, messieurs. Crèmes pour le visage, crèmes pour les mains moites ou sèches ou rugueuses, crèmes raffermissantes ou minceur ou « abdosculpt », shampoing anti-pellicules anti-chutes de cheveux anti-effet gras, savon hypoallergénique, gel pour les cheveux, spray de bonne haleine, mousse à raser peau fragile ou peau grasse ou peau noire, patchs anticernes, etc.

Faites-vous beaux ou vos femmes vont allez voir ailleurs. Et fini aussi les minettes de vingt ans. Au final, elles finissent toujours par retourner vers une chair fraîche et bien ferme plutôt que vers une viande flasque et paresseuse, aussi riche soit-elle. »

C’est peut-être la saison des bikinis mais aussi celle des petits shorts moulants de piscine pour les hommes et tout le monde a intérêt à être à la hauteur. Sinon…

Bon, vous pouvez toujours tenter de faire vos rebelles et exposer votre cellulite à tout va, les gros ventres qui rebondissent, les jambonneaux qui pèsent une tonne, les fesses qui jouent des castagnettes, oui c’est vrai, vous pouvez faire un pied de nez à cette société intransigeante, injuste où les circonstances atténuantes n’ont pas leur place. Oui, vous pouvez. Le ferez-vous ?

Sinon, c’est comme on disait : soit beau et tais-toi.

1 mai, 2010

Tout est question de point de vue

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 19:33

 

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C’est l’histoire d’un mec.

Disons de 25ans.

Né à Marrakech, ayant grandi à Marrakech, vivant à Marrakech.

C’est une belle journée de printemps, le temps s’est réchauffé, les corps se sont débarrassés des encombrants vêtements d’hiver. Il marche, sous un soleil agréable, un vent léger venant caresser sa peau veloutée. Il est de bonne humeur, c’est le week-end et la soirée s’annonce plutôt bien. C’est là qu’il la voit. Elle aussi en T-shirt, une petite jupe dévoilant ses mollets et chevilles délicates, petites sandales d’été aux pieds. Ses cheveux virevoltent au gré de ses mouvements félins, elle lui fait penser à un chat. « Tsss tsss ! » lui lance-t-il. Pas de réaction. Il décide de l’aborder directement. Après tout, si elle s’est apprêtée de la sorte, c’est bien pour qu’on la trouve belle et qu’on le lui dise.

« Salut beauté, waouh, tu sais que t’es trop belle, mon cœur s’est arrêté en te voyant, j’ai jamais vu une fille aussi belle. Tu veux prendre un café avec moi ? S’il te plaît… On fait rien de mal, je veux juste apprendre à te connaître. Tu peux pas me laisser comme ça, donne moi juste ton numéro et on se voit quand tu veux, où tu veux. Je veux juste être ton ami. Bon bon, alors tu vas où comme ça, jte raccompagne si tu veux, tu vas pas faire la route toute seule quand même. On ne fait que parler, regarde, moi j’m’appelle Aziz. Franchement, t’es tellement belle que je n’arrive pas à me séparer de toi. Dis moi juste un mot, fais moi juste un sourire, ca ne t’engage en rien un sourire. Oh beauté céleste, plus fraiche que la rosée du matin, plus légère qu’un papillon de paradis, plus éblouissante qu’un lever de soleil. Regarde les mots que tu m’inspires. Aie pitié de moi. Je suis venu à toi en toute sincérité, tu ne peux pas me rejeter. Enfin, regarde moi… »

La belle finit par se laisser convaincre. Yes ! C’est dans la poche… Il l’invitera à boire un café ou à déguster une glace, ce qui ne le ruinera pas. Puis il lui dira qu’il a oublié un truc chez lui et l’invitera à entrer. Par politesse, elle ne refusera pas. Il lui dira qu’elle n’a rien à craindre, qu’elle le connait, il va juste prendre un truc et ressortir aussitôt. Rien de mal à ça. Faut pas être parano non plus. Il la respecte beaucoup, elle le sait bien. Il la fera entrer en attendant de chercher ce qu’il veut, elle s’assiéra dans le canapé du salon. Il réapparaîtra quelques secondes plus tard, elle se lèvera pour partir. Il lui proposera un verre, tout de même, ça ne se fait pas de l’inviter chez lui sans rien lui donner à boire, même un verre de jus. Ce n’est pas un sauvage, il a un tant soit peu de manières. Elle se laissera facilement convaincre. Et puis, une chose en amenant une autre, il posera ses lèvres sur les siennes en lui disant que ce n’est que de la tendresse, qu’elle est comme sa sœur, que jamais il ne la déshonorera. Il lui ajoutera qu’il savait qu’elle n’était pas le genre de fille trop coincée et revêche qu’il exècre au plus haut point et qu’au moins, avec elle, il a trouvé une perle rare, une personne ouverte mais sérieuse, gentille et intelligente. Quand il en aura fini, il se rhabillera et lui demandera de partir parce qu’il a un rendez-vous important. Non, il vaut mieux ne plus nous revoir.

On dira de cet homme que c’est un jeune garçon dans la fleur de l’âge avec des besoins évidents dans une société moralement trop restrictive. Il fait comme il peut, il tente le coup. Et là, ça a marché, trop fort le mec !

On dira de cette fille qu’elle s’est fait avoir et qu’il ne fait pas bon être idiot de nos jours. Elle n’avait qu’à réfléchir. Et puis, elle n’avait qu’à refuser dès le départ. La pauvre…

Inversons les rôles.

C’est l’histoire d’une nana.

Disons de 25ans.

Née à Marrakech, ayant grandi à Marrakech, vivant à Marrakech.

La journée s’annonce bien. Les oiseaux chantent, le soleil brille, une petite brise vient embrasser son cou. Ah le printemps… Elle décide d’aller prendre un peu l’air en ville, de faire un peu de shopping, pourquoi pas. Alors qu’elle arpente l’avenue principale en chantonnant l’air d’une chanson d’amour, son regard s’arrête sur lui. Jeune homme propre sur lui, rasé de près, bien fringué du genre cool mais classe, tout ce qu’elle aime. Hmmm… Elle lui demande l’heure. Pour regarder ses mains. Parfaites. Lisses mais fermes. Sans alliance. Parfaites. C’est parti.

« Excusez-moi, ce n’est pas vraiment dans mes habitudes de faire ça mais vous êtes d’ici ? Ah oui, ah c’est marrant, je connais bien ce quartier, j’ai une amie qui vit là-bas. Et vous vous appelez ? Enchantée Karim, moi c’est Meriem. Vous alliez par là, n’est-ce pas ? Moi aussi, on marche ensemble ? Super. Non, je me promenais simplement et vous ? Ah d’accord, et vous êtes dans quoi ? C’est intéressant oui, et ça marche bien ? Super. Euh… vous avez un peu de temps maintenant ou… ah très bien, on va prendre un café alors ? Oui je connais, comme vous voulez, oui ce café est très bien, ça me va. Ecoutez, si vous voulez, j’habite à deux minutes d’ici, j’ai une petite terrasse, ce serait peut-être plus sympa de le prendre là-bas ce café. Qu’en pensez-vous ? Très bien. Enfin, c’est comme vous voulez, je ne voudrais pas avoir l’air de… Ok super. »

Elle le fera entrer, il s’installera dans le jardin, sous l’ombre d’un parasol, elle passera un appel en s’excusant puis reviendra avec le café. Ils discuteront de tout et de rien, elle lui posera des questions et flattera son ego. Ils auront trop chaud dehors et rentreront à l’intérieur. Elle lui fera visiter et dans l’étroit couloir qui mène du salon à la chambre, elle provoquera la rencontre. Après en avoir finit de lui, elle dira gentiment de partir parce qu’elle a un rendez-vous – le coup de fil de tout à l’heure. Elle prendra son numéro sans donner le sien et avec un sourire compatissant, lui claquera la porte au nez.

On dira de lui qu’il a eu de la chance. En plus, ça ne lui a rien coûté et il n’a même pas à trouver d’excuses pour ne pas rappeler. Trop fort le mec !

On dira d’elle que c’est une s….. , qu’elle finira certainement seule car qui voudrait se marier avec une femme pareille ? La pauvre…

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