A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

26 octobre, 2010

IFO

Classé dans : Non classé — cieamalhadrami @ 17:12

Retrouvez mon premier texte publié par l’institut français de l’oriental sur:

http://www.institutfrancaisoujda.ma/spipe49d.html?article572

I believe I can fly!!!

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 11:54

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Quand nous étions enfants, nous rêvions de voler. Et puis nous avons eu onze ans, nous sommes rentrés au collège, nous avons étudié la gravité et nous sommes passés à des rêves plus… concevables. Apparemment, nous ne sommes pas les seuls. À avoir eu ce rêve. Alors que nous avons fait preuve d’une maturité sans pareil, d’une intelligence unique, d’un instinct exemplaire, d’autres en sont toujours à se fabriquer des ailes en plume de canard. La nature est injuste, eh oui, si seulement tout le monde avait pu avoir notre présence d’esprit…

Une boîte. Pas de celles en carton où l’on range ses chaussures. De celles où l’on se rend pour pêcher un thon qui, Oh ! Miracle, se transformera en « l’amour de notre vie ». De celles où l’on vient pour oublier l’inutilité de notre existence, de celles où l’on va pour vérifier que la date de péremption n’a pas encore été atteinte. Bref, une « discothèque », comme dirait Germaine.

Tout le monde s’est mis sous son 31. On ne sait jamais. Ce serait dommage de passer à côté de sa deuxième moitié et qu’elle ne daigne même pas vous regarder. D’ailleurs, en boîte, on ne se regarde pas, on se devine. Et bonjour les silhouettes de ouf. Passons.

Musique de merde, clientèle de merde, boissons de merde, perspective de soirée triplement merdique. C’est là que nous l’apercevons. Entre une ancienne paraplégique qui recouvre l’usage de ses jambes sur la piste de danse tout de vinyle vêtue et un prétendant au bêtisier de la Star Ac 1978 s’efforçant de sautiller sur un rythme propre à lui. Elle est là, montée sur talonnettes, jean prêt à craquer, chevelure brushinguée se finissant en queue de rat. Une déesse.

Et comme il se doit pour une star internationale du spectacle mondial de la terre entière, elle s’apprête à faire son show. Vous l’avez rêvé, elle l’a fait. Son regard semble nous dire : « toi aussi, tu peux le faire. Regardes moi : oiseau je rêvais d’être, oiseau je suis devenue… ». La voilà qui monte sur le podium. Enfin, qui essaie de monter… non, mais tournes toi, voilà, mets ta jambe, ok maintenant tournes toi, allez ça va être bon, voilà, c’est bon.

Une barre verticale au centre du podium circulaire.

Mais que se passera-t-il quand… Trop tard.

Elle tourne. Pas la barre, la fille. Autour de la barre. Avec un bras en l’air façon Titanic chez les infirmes. Son poids doublé d’une énergie « vodkalisée » lui fait prendre de la vitesse. Elle ne s’arrête plus de tourner. À ce stade, soit la barre qui commence à bouger sérieusement va s’arracher et l’envoyer dans le décor, soit elle va s’emmêler les pieds et finir dans le décor, soit elle va dégueuler sur nous qui l’enverrons direct dans le décor. Dans tous les cas, ce sera inédit et spectaculaire.

Mais personne ne s’attendait à ça. Pas même Tarantino n’aurait pu l’imaginer. Ni Tarantino, ni Zavata.

Voici en quelques mots ce que notre wonderwoman nationale fit :

Elle agrippa de toutes ses forces la barre, l’agrippa de ces deux mains aux doigts crochus, tels les griffes acérées d’un rapace en chasse. Prit l’élan d’un aigle royal, affina son regard de faucon vers un point assez élevé de la barre et… sauta à pieds joints dessus. Jambes pliées, barre entre les cuisses, contraction de tous les muscles de son corps y compris sphincter et zygomatiques, on aurait dit que cette barre, c’était le dernier recours en justice d’un condamné à mort. Tel un pitbull accroché à sa proie – oui, on est passé du registre des volatiles au registre canin, elle s’accrochait à la barre après un saut olympique digne des jeux lilliputiens. Elle avait atterri à 50cm du sol et se laissait maintenant doucement glisser jusqu’à toucher terre.

Après un tel exploit, que pouvait-elle faire de mieux ? Recommencer. Exactement. Une fois, deux fois, trois fois, toute contente de sa petite crotte de saut et de l’effort que les 2secondes d’immobilité hors du sol lui demandaient. Cette entrée en matière ouvrit la porte à toutes les fenêtres, comme dirait l’autre.

Ce fut d’abord un remuage de fesses contre la barre – peut-être avait-elle des hémorroïdes, puis un lever de jambe de patinage artistique sans le côté technique ni artistique (???), tourbillons, croche-papatte, ondulation des mains façon Freddy Kruger, ondulation du ventre façon Bibendum, ondulation des fesses façon danse des canards, balance de la tête du genre « j’me prends des claques dans la gueule», pour finir par une position finale que nous vous laissons le soin d’imaginer. Un pied dans une main, tête en arrière, la barre dans le … . Il était loin l’aigle noir de Barbara. Il est mort ce jour-là, laissant la place à ce petit poulet déplumé prêt à passer à l’abattoir. De l’oiseau, ne restait que la cervelle.

Nous remercions qui de droit de nous avoir permis d’assister à cette performance contemporaine digne des plus grands chorégraphes contemporains français et laquelle, nous l’espérons, sera bientôt rediffusée sur Arte. La nuit. En attendant, nous la remercions elle de nous avoir permis d’entériner à jamais l’envie de voler. Défier la gravité, oui, mais à conditions d’être dans un avion et non pas de devenir aussi balaise que lui. « Petit oiseau, si tu n’as pas d’ailes, ben tu peux pas voler… tu peux pas voleeer, non non non non non,! ».

9 octobre, 2010

« Dieu ne pouvait être partout, alors il a créé la mère. »

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 17:23

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Quand on pense à l’accouchement, la première chose qui nous vient à l’esprit, ce sont les douleurs de l’enfantement. Aujourd’hui, péridurale aidant, ce mal est devenu secondaire.

On redoute les contractions, les complications, la césarienne, l’épisiotomie, les incontinences, le dégoût du papa, l’incompétence de la sage-femme, l’après-accouchement, les visites et la constipation.

Mais avez-vous déjà pensé au lit sur lequel vous serez pour mettre votre enfant au monde ? Les draps seront-ils propres ? Vous êtes-vous demandés si le médecin aurait des gants ? S’il y aura d’autres personnes avec vous à ce moment là que le personnel médical comme par exemple, d’autres patientes ?

Non bien sûr parce que les réponses coulent de source. Malheureusement, ce n’est pas le cas pour toutes les femmes. Celles qui accouchent en clinique sont comme vous. Celles qui accouchent à l’hôpital public… ne sont pas comme vous.

« Elle commence à en avoir assez.

Neuf mois qu’elle le porte.

Neuf mois qu’elle est fatiguée, souvent malade ; son corps éprouvé crie grâce.

Elle n’ose pas en parler. Pas même à son mari. Comment pourrait-elle décemment avouer qu’elle n’en peut plus, qu’elle voudrait que cette chose sorte de son ventre, qu’elle ne supporte de plus de se voir transformée en sac ambulant.

Serait-elle une mauvaise mère ? C’est ce qu’ils penseraient tous.

Elle parle à son bébé. Un petit être dont elle ne connait même pas le visage. Elle espère qu’il ne sera pas trop laid. Elle lui demande de sortir. Elle le prie de soulager sa souffrance en mettant fin à cette longue période d’incubation. Elle prie aussi et surtout Dieu pour lui demander plus de patience et la force de surmonter cet obstacle.

Elle ne craint pas l’accouchement, elle le réclame. Retrouver une vie routinière où elle serait maîtresse de son corps. Un corps qu’elle continuera de cacher, un corps qu’elle continuera d’offrir à son mari dès qu’il le désirera, un corps qu’elle lavera au hammam, un corps qu’elle fatiguera à force de ne rien faire que le ménage. Un corps qu’elle connaît par cœur et qui aujourd’hui ne lui appartient plus.

Il contient l’héritier, la descendance, la fierté de la famille. Le temps de la grossesse, il n’est plus à elle.

Dans la rue, on la dévisage. Elle se sent salie par la fécondation. Dans leurs yeux, elle lit du dégoût, de la pitié et du mépris. On ne la félicite pas. On la bouscule, impunément. Elle se sent coupable, honteuse, tout le monde la regarde en se disant qu’elle a volontairement couché avec un homme pour se faire engrosser.

Elle voudrait comprendre pourquoi chaque regard raconte la même histoire. Elle est mariée. Elle ne devrait pas avoir à se cacher, à baisser les yeux et à se justifier.

Les gens sont violents, maladroits, indifférents à ce corps qu’elle protège instinctivement. Elle a peur de prendre un mauvais coup, de perdre ce bébé alors elle ne sort plus. Dans cette jungle urbaine, on la touche trop. Dans l’intimité de sa chambre, son mari ne la touche plus.

Il est temps que ça s’arrête. Aucune attention particulière envers elle. Elle continue à effectuer ses tâches ménagères, à faire le marché, à laver le linge. Elle a besoin de se plaindre. Elle a besoin d’un peu de compréhension. Elle a besoin d’un peu de tendresse.

Mais les hommes sont égoïstes et les femmes jalouses.

Elle n’a pas le droit de se laisser aller. Doit être à la hauteur des femmes de la famille. Pas de place pour les midinettes. Elle ne veut décevoir personne, fait des efforts incommensurables et tous font semblant de trouver ça normal.

Ne se résume-t-elle qu’à cela ? Un utérus fécondé porteur d’embryon ? Sa vie n’a-t-elle donc de sens qu’à travers cette mission d’enfantement ?

Quand le jour arrive enfin, elle se rend à l’hôpital. Est-ce ici le purgatoire ? Des bureaux à perte de vue, des couloirs à perte de vue, des malades à perte de vue. Il y en a dans les chambres, dans les salles d’attentes, par terre, en fauteuil, sur des tables, partout. Impossible que toutes ces femmes viennent pour accoucher…

On la pose sur un brancard, c’est l’affaire de quelques heures, à la lueur d’ampoules cassées. Elle accouche là, aux portes de l’enfer, d’une petite fille belle comme le jour et vraiment minuscule. Sa première pensée est de se dire qu’elle aussi, un jour, traversera un moment identique. Horreur d’une réalité sans équivoque.

24h plus tard, retour à la maison. Elle n’aurait jamais pensé être heureuse de retrouver son lit. Mais pour l’heure, c’est sur le canapé du salon qu’on l’installe, la destinant à passer la prochaine semaine allongée ici. Pour pouvoir recevoir les visiteurs. Elle qui ne rêvait que de dormir enfin.

Maintenant, on prend soin d’elle. Elle a accompli sa mission, honoré sa famille, c’est le début des festivités. Alors qu’elle ne rêve que de dormir.

5 octobre, 2010

T’es dans quel groupe?

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 15:14

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D’un côté on parle de libre échange, de mondialisation, de mélange des cultures et de rencontres, d’ouverture, de tolérance, de pluralité ; d’un autre, le communautarisme est à la mode.

Tout le monde a envie de faire partie d’un groupe.

Bien sûr, il y a ceux sur Facebook pleins d’un humour tout particulier comme « Pour tous ceux qui se trouvent ridicules aux toilettes… ».

Surtout il y a ceux moins drôles mais beaucoup plus réels qui réunissent leurs membres régulièrement et engagent des actions concrètes.

Ce week-end, nous avons intégré l’un d’eux. Venus d’un peu partout, ils se retrouvent autour d’une même passion : la salsa.

Salsa à Marrakech ? Ça sonne peut-être bizarre mais ça sonne juste. C’est vrai qu’on s’attendrait plutôt à voir un festival de danse orientale après avoir vu celui des arts populaires. Mais il va falloir se résoudre à abandonner les clichés de la ville ocre et voir ce qu’elle est véritablement devenue.

Fini les chameaux, palmiers, souks et soleil couchant. Enfin, ça existe toujours mais Marrakech ne se résume plus qu’à cela. Aujourd’hui, elle est une ville qui décide de bouger. Qui brasse du monde. Qui se nourrit de nouvelles rencontres.

C’est donc tout naturelle pour elle d’accueillir un festival international de salsa. Et tout naturel pour nous d’y participer.

Et pourtant ce n’était pas gagné d’avance. Nous n’aimions pas la salsa.

Vous avez déjà vu des gens un peu gauches sur une piste de danse ? C’est tout simplement à mourir de rire. Il n’y a pas de sujet plus facile pour la moquerie et même avec la plus grande bonté du monde, on ne peut s’empêcher de tomber dedans.

Imaginez maintenant l’un deux, disons un homme, vêtu d’un débardeur en lycra bleu électrique transparent ou en t-shirt à trou rose fuchsia recouvert de paillettes. Non, nous n’exagérons pas. Loin de nous l’époque où les hommes latins représentaient la caricature de l’homme virile, macho et misogyne. Aujourd’hui, il mène encore la danse mais il fait aussi un peu flipper dans sa tenue de gala à strass.

Du coup, la fille pousse à l’extrême les atouts de sa féminité pour être sûre qu’on ne la confonde pas avec son partenaire. Seins remontés, fesses remontées, pommettes remontées. Là, nous exagérons. Mais la danseuse de salsa doit être une diva ou ne doit pas être. Donc, les seins en avant, les fesses en arrière et le sourire scotché aux lèvres. Quand elle danse bien, ça passe, mais quand c’est un boulet…

Tout ça pour dire que ce n’était pas gagné. Le ridicule n’était pas loin. Nous aimions danser mais aller voir un spectacle était hors de propos. Alors faire un festival…

Mais nous ne voulions pas mourir bêtes.

Nous avons mis les pieds là-bas et nous nous sommes fait engloutir.

Vous êtes-vous déjà plongés dans un univers parallèle où tous les codes qui régissaient votre univers se trouvaient inversés ?

Des individus tout autour de vous, s’exprimant dans des langues souvent incompréhensibles et qui pourtant échangent. Ils vont et viennent, engagent des conversations, s’invitent à danser, se remercient et se quittent.

Tout naturellement.

Personne n’a honte, personne n’est gêné, personne ne se moque.

Tout le monde danse.

Ceux qui savent, ceux qui ne savent, ensemble.

Couples ou non, seuls, à deux, en groupe.

Tout le monde danse.

2000 individus les uns avec les autres et aucune dispute, aucun malentendu, aucune contrariété, aucune élite, aucun rejet. Il n’y a ni frontières, ni classe sociale.

Tout le monde s’adapte.

Les couples se forment le temps d’une danse, se séparent et se reforment plus loin.

Il y a des grands blonds avec des petites à cheveux frisées, des petits minets avec des dames en robe à fleur, des petites bombes avec bibendums et on n’a même pas envie de rire. Nous qui rions si facilement.

On nous invite, pas le temps de répondre, nous voilà sur la piste. La musique est là, la lumière est là et c’est parti.

Voyage.

Toute la nuit est faite de ces petites virées dans un autre univers où la terre tourne plus vite mais où le temps reste immobile. Les corps bougent, même les plus raides, même les plus maladroits, tous bougent avec une telle sincérité que le ridicule a quitté les lieux.

Nous n’aimions pas la salsa.

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Et nous n’en sommes pas un.

19 septembre, 2010

Collabo ou résistants?

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 16:11

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En fin de compte, nous sommes heureux de rentrer. Soulagés.

Deux mois passés en France, deux mois passés entre le paradis des vacances estivales et l’enfer d’un climat politique sous tension. Sous haute tension. Avec le petit bonhomme électrifié sous un éclair assassin.

Nous avions voulu occulter, nous réjouir des instants agréables et profiter pleinement de ces douces journées de repos.

 

Nous avions voulu occulter et nous jeter tête en premier dans l’eau purificatrice de l’océan glacé.

Nous avions voulu occulter et ne parler que fringues, bouquins, cinéma, musiques, la bouche pleine de glace, le visage cramé, petite brise au creux de la nuque.

 

Nous avions voulu occulter et rire, rire à n’en plus pouvoir, rire à s’étouffer, rire à pleurer jusqu’à en avoir la morve au nez, rire à en tomber raides morts.

Mais nous avons ri jaune. Jaune caca d’oie avec un peu de vert pistache. Pas terrible.

Nous nous sommes réveillés – parce qu’il le faut bien un jour, même en vacances – et nous avons allumé la télé. Jusqu’ici, tout allait bien. Et puis l’horreur a commencé.

Sarko a fait son discours à Grenoble, une femme s’est faite violée et tuée par un mec en conditionnel, les Roms se sont fait expulsés, les retraites ont été repoussées, internet a augmenté, le Coran a failli être brûlé, la polémique sur le voile a continué, le terrorisme et l’Islam ont continué d’être amalgamé, Obama trop sympa avec les musulmans a été accusé.

Alors nous sommes retournés nous coucher. Trop déprimant. C’était comme ouvrir les volets sur un ciel gris, blanc, indécis.

Ça donne envie de pleurer, on se sent impuissant mais on n’a pas le choix, on doit se lever et affronter le cauchemar.

Aux manifs nous sommes allés, des pétitions nous avons signé, des discussions nous avons provoqué, des actions nous allons engager.

Quel horreur d’avoir à traverser une époque si absurde…

Nous avions toujours su que le racisme existait mais nous n’aurions jamais pensé qu’il habitait autant d’esprits.

Nous sommes là, à discuter avec tout le monde, à considérer tout le monde de la même manière, avec la même estime, avec le même respect. Les gens sont ce qu’ils sont, défauts et qualités mêlés, et nous avons toujours fait avec.

Nous n’avons jamais vu où était le problème.

 

Nous avons toujours été heureux de rencontrer des gens venus du monde entier, avec leur histoire, leur culture, leurs expériences.

Au fur et mesure des rencontres, notre esprit s’élargissait, de nouvelles perspectives se présentaient, une nouvelle vision du monde s’offrait à nous.

Nous avons toujours cru que tout le monde pensait comme nous. Comment aurait-il pu en être autrement.

Comment peut-il en être autrement…

Se poser la question ne résoudra rien. Les faits sont là.

Choisissez la collaboration passive ou la résistance active.

3 septembre, 2010

Ramadan ou comment devenir pauvre

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 3:37

 

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Ça y est, il ne reste plus qu’une semaine. UNE SEMAINE !

C’est toujours la même chose : on en parle deux mois avant, on s’y prépare, psychologiquement, physiquement, culinairement, on s’organise et puis on y est. On se dit que finalement ce n’est pas si horrible que ça et puis on est change d’avis vers le milieu quand on commence à fatiguer et puis ça passe, ça devient facile, on est habitué. Et c’est déjà bientôt fini.

En fait, la seule difficulté du Ramadan, c’est de réfléchir le ventre vide.

En fait, on ne réfléchit plus du tout. On ne pense plus qu’à la bouffe.

Notre ventre se met à gargouiller dès le réveil, on se demande ce qu’on va bien pouvoir manger le soir, on regrette tous les petits déjeuners manqués et les repas sautés parce qu’on faisait un régime ou qu’on était trop cons.

On a la nostalgie de tout ce qu’on a pu manger ou boire ces trente dernières années, même celle des plats les plus indigestes dont la simple odeur nous donnait la nausée.

On voit des gens se goinfrer tout autour de nous, mais qu’est-ce qu’ils ont d’un coup ! Tous devenus boulimiques ou quoi ?!

On les maudit de ne pas apprécier ce qu’ils engloutissent, de ne pas en apprécier la valeur. Quelle indécence de s’empiffrer comme si cette précieuse nourriture leur était due.

Pfff, ils ne méritent vraiment pas ce croissant au beurre, doré, légèrement croustillant à l’extérieur, chaud et moelleux à l’intérieur…

Des panneaux publicitaires dégoulinant d’insanités gastronomiques, des spots télévisés faisant l’apologie de la gourmandise et du régime en même temps, des émissions commerciales prônant le retour à la cuisine faite maison, des plats cuisinés, des recettes de grand-mères, des restau à la mode, des fruits, des légumes, des gâteaux, partout partout partout, de la bouffe de toute part et de l’eau en abondance.

 

Nous voudrions travailler, nous concentrer sur tout ce que nous avons à faire, nous voudrions n’avoir qu’un petit creux, comme celui qu’on ressent à 17h et qui passe en un rien de temps.

Mais celui-là ne passe pas, il s’accroche, il s’installe, colocataire clandestin qui refuse de décoller, encombrant, il recouvre tout, ne laissant aucun répit à notre esprit qui ne veut que dormir pour oublier.

Mais rien n’y fait. Impossible de réfléchir correctement, impossible de s’exprimer correctement, on devient dyslexique, illogique, débile au possible, décalé, à la masse. Nous qui étions si brillants.

Alors nous prenons notre mal en patience et nous compatissons, plus que ça, nous devenons cet homme qui mendie, cette femme dans la rue, cet enfant mollasson, l’espace d’un mois, l’espace d’un mois seulement mais un temps assez long pour garder le souvenir de cette situation abominable une année durant.

Après avoir tenter de lire, de parler, d’écrire, de suivre un film ou même une conversation, après avoir somnolé durant toute la journée, vient enfin l’heure tant attendue du repas.

Nous nous asseyons devant une table remplie de provisions pour une semaine, tout ce que nous avions envie de dévorer tout à l’heure, tout ce que nous rêvions d’avaler.

Et nous n’avons plus faim.

Nous choisissons avec soin les aliments qui rempliront le peu de place libre de notre estomac, nous dégustons, lentement, chaque met précieusement sélectionné que nous dédions à ceux qui comme nous n’ont pas la chance d’être là et en quelques secondes, nous sommes rassasiés. Notre corps guéri, la douleur envolée, à nouveau en paix.

Enfin, nous pouvons penser.

24 août, 2010

On a tué untel… et alors?

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 23:33

 

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Aujourd’hui encore, alors que nous sommes au XXIème, que nous avons traversés des dizaines, des centaines, des milliers de guerres, aujourd’hui encore, nous nous demandons comment a-t-on pu si aisément banaliser le meurtre.

Ce n’est pourtant pas rien.

Nous allumons la télé, nous voyons des populations décimées par la main de l’homme, à coups de machettes, de bombes, de famine ou de politique, nous voyons des mères tuant leurs enfants et des enfants tuer d’autres enfants, nous voyons des riches commanditer la mort d’autres riches et des pauvres assassiner des plus pauvres encore pour les voler, nous voyons des frères se faire égorger pour un héritage et des sœurs se poignarder pour un mari, nous voyons des tueurs en série, nous voyons des dictateurs en série, nous voyons des morts en série.

Et on s’habitue. On s’habitue à l’horreur.

« Tu sais que untel a tué unetelle ? Ah bon mais pourquoi ? Ben j’sais pas, d’ailleurs, personne ne sait… » Y-a-t-il de raison recevable de toute manière…

« Tu sais que la guerre a été déclaré dans tel pays ? Ah bon mais pourquoi ? Encore une histoire de pétrole certainement… » Certainement.

« Tu sais qu’il paraît qu’en Inde, y a des gens qui meurent dans la rue ? (Pas besoin d’aller jusqu’en Inde…) J’t’jure, tous les gens qui sont partis reviennent changés, il paraît que quand t’es allé là-bas, ça te change ta vie… » Les gens ne peuvent-ils réellement se rendre compte de la misère qu’en ayant son odeur au nez ?

« Oh là là, encore une carte de l’Unicef, j’peux pas regarder ces petits enfants avec le ventre gonflé, c’est pas bien de se servir de ça pour récolter de l’argent… » C’est surtout pas bien d’avoir besoin de faire ça pour que les gens pensent à donner…

On est vivant et puis on est mort. En une seconde. Parce quelqu’un l’a décidé. Comme ça. Aucun appel. On est là et puis… on n’est plus là. Notre esprit, notre histoire, nos sentiments, nos rêves, nos révoltes, nos amours, celui que nous étions enfant, adolescent, adulte, celui-là disparaît, d’un coup. Boum. Il n’existe plus. Il ne respire plus. Il ne pense plus. Il n’est qu’un corps inerte, inutile. Il parlait, riait, s’énervait, dansait, ronflait et maintenant il n’est plus rien qu’un corps inerte. La vie s’est échappée, le souffle a disparu. Il n’est qu’un corps inerte.

Nous voudrions comprendre comment peut-on ne pas s’effondrer à chaque fois qu’une vie est ôtée par la main d’un homme, s’indigner, pleurer de tout notre soûl, y a-t-il une chose plus horrible, plus cruelle ? Pourquoi ne pleure-t-on que nos proches ? Pourquoi ne pleure-t-on que les gens bien ? Ou plutôt, que ceux qui ne font pas trop d’erreurs ? Personne ne mérite de se faire tuer. Une flèche devrait nous transpercer le cœur à chaque fois qu’une balle déchiquète celui d’un enfant, nous ne devrions jamais nous habituer à apprendre le meurtre de quelqu’un sans que cela ne provoque d’émotion bouleversante en nous.

Nous ne devrions pas accepter d’être sans cœur.

« On va quand même pas se mettre à chialer chaque fois que quelqu’un meurt, on s’arrêterait plus ! » Et bien, ne nous arrêtons plus ! Serait-ce donc là votre réponse à l’inhumanité ? Trop insupportable ce massacre alors au lieu de le vomir, on apprend à vivre avec, à tourner les yeux et à  oublier ? Chacun ses petits problèmes n’est-ce pas…

Nous ne voulons pas devenir comme ça.

Nous ne voulons devenir insensibles.

C’est vrai, nous n’avons plus vingt ans pour nous révolter contre tout et espérer un monde meilleur, loin de nous cette utopie d’un autre temps. Nous savons notre civilisation condamnée et nous souhaitons même que l’agonie ne dure pas trop longtemps. Mais le peu de temps qu’il nous reste, nous ne le passerons pas à regarder les autres mourir en pensant à ce qu’on mangera ce soir.

Et vous ?

18 août, 2010

Et toi, qu’est-ce que tu lis?

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 16:08

 

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Nous étions dans une grande surface. Un supermarché. L’un de ces endroits où l’on va avec une liste bien précise de choses à acheter et d’où l’on ressort avec trois caddies pleins à ras bord.

En toute logique, nous nous arrêtons aux rayons des livres. Voir les dernières sorties, les livres mis en avant, les auteurs qui marchent et Oh ! Stupéfaction !

Mais qu’est-ce que c’est que cette effervescence de livres sur les femmes voilées maltraitées, malheureuses, contraintes et lapidées ! De part et d’autres de l’étalage, une surabondance de visages meurtris derrière une burka, témoignages poignants, titres aguicheurs, photos pleines d’émotions. Et juste à côté, le visage de Sarkozy, souriant.

D’un côté, nous sommes heureux de voir que la littérature d’auteures arabes soit si largement exposée, que l’on parle enfin de ces problèmes existants depuis de siècles et que subitement, on soutienne le juste combat de ces femmes exilées.

D’un autre, on n’en revient pas de constater l’hideux procédé de mettre en avant ces destins tragiques pour décrédibiliser l’Islam. Comment voulez-vous qu’on ne fasse pas d’amalgame. A chaque fois qu’on voit une femme voilée ou un homme barbu, le sous-titre qui l’accompagne est systématiquement violent, négatif, sacrément flippant.

Si nous ne vivions pas dans un pays musulman, sachions ce qu’est l’Islam et comment sont les musulmans, nous aussi, nous aurions peur.

Nous voulions acheter un livre mais nous n’avons trouvé que des romans de Marc Lévy avec des gens qui les achetaient (si, c’est possible), des biographies de politiciens qui règlent leurs comptes, des témoignages donc de victimes du fanatisme musulman, des classiques de Molière (ah quand même), des bouquins de cuisine (« comment cuisiner avec un frigo vide »), quelques uns sur les bébés (« comment bien éduquer ses gosses si vous ne voulez pas finir en taule ») et deux exemplaires des chroniques de Stéphane Guillon.

Qu’avons-nous acheté ?

Rien. Oui, c’est vrai, nous avons été tentés par le dernier mais à vingt euros pièce, nous nous sommes rétractés.

Nous nous sommes demandé comment le responsable de ces rayons avait sélectionné les livres en librairie.

« Alors, vous me mettrez d’abord les romans à l’eau de rose du mec, là, celui qui est connu, pour les mères célibataires, femmes au foyer, toutes les ménagères qui trouvent leur vie pathétique et ennuyeuse, voilà, c’est ça, celles qui lisent sur leur terrasse l’été pendant que Mr boit des bières devant les championnats d’Europe de natation. Mais attention, pas trop compliqué mais vraisemblable quand même avec des voyages et des bouquets de fleurs.

Laisse tomber les bouquins de prolo, ben non, les pauvres ça lit pas, ça se saurait, en tout cas, ils n’achètent pas de livres donc mets moi plutôt des trucs pour les gosses, tous les trucs qu’ils doivent se taper en classe, les Molière et compagnie, et aussi le mec avec les histoires sur les animaux, ouais, c’est ça, La Fontaine, ouais et aussi pour les touts petits, les trucs débiles avec des images mal dessinées.

Bon et puis surtout, pour mon présentoir, tout ce qui parle de Sarko, les portraits, les éloges, les bio des politiques, du De Gaulle, du Mitterrand, de la Ségo, du Sarko-fils et surtout, j’veux du Domenech, des pages sur le foot, les bleus, la cata de l’équipe de France, tout ça tu vois.

Guillon ? Bof, trop grande gueule, pas sûr que ça marche, ben, mets-en deux, ya toujours des anars que ça peut intéresser.

Rajoutes moi des trucs étrangers avec des voiles, des burkas, ça c’est d’actualité, ça va partir comme des petits pains, c’est sur, les gens sont flippés et en plus ils aiment bien le pathos, tu m’étonnes, ça réconforte de voir que c’est pire ailleurs et puis t’as bien vu, les gens, ils aiment pas ces histoires de barbes, les arabes ouais les musulmans avec leurs femmes battues et tout, là, mets moi c’que t’as.

Bon ben ya plus qu’à balancer les recettes de grands-mères, les livres des films qui ont marché, quelques BDs et c’est réglé ! »

Ouais.

Il est grand temps d’écrire un livre.

16 août, 2010

Arrête de paniquer, c’est moi qui jeûne!

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 20:47

 

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Chaque année, c’est le même refrain :

« Oh là là, pas manger encore ça va, mais pas boire, c’est horrible ! J’sais pas comment tu fais, moi j’pourrais pas… »

Ça tombe bien, ce n’est pas toi qui le fait, le Ramadan, petit être stupide !

Pourquoi les gens se sentent-ils toujours obligés de deviser sur toutes les traditions et devoirs religieux dès que l’occasion se présente ?!

Le pire est que toutes ces réflexions et questions idiotes ne sont faites ni par curiosité, ni pour s’endormir moins cons, loin de là leur objectif, non, c’est tout simplement pour exposer leur opinion négative sur la question.

A quoi ça sert ? On ne sait pas trop. À s’écouter parler, certainement.

À mi-chemin entre la moquerie gratuite et la critique négative.

Ont-ils l’impression de se sentir supérieurs en refusant de se soumettre à l’autorité divine ? Se sentent-ils plus libres ? Se sentent-ils plus malins en obéissant à Sarko plutôt qu’à Dieu ? Ou, comble de l’ironie, se sentent-ils plus intelligents ?

En tous cas, ils donnent toujours l’impression d’essayer de dissuader ceux qui le font de faire le Ramadan.

Ils semblent faire appel à toute leur matière grise pour émettre des arguments raisonnables et tenter de les convaincre de l’absurdité de cette démarche,

« … et puis, c’est très mauvais pour la santé, vous n’écoutez pas les infos ? 5 fruits et légumes par jour et 1,5L d’eau ! Et  excusez-moi mais c’est totalement inapplicable à l’époque actuelle, peut-être qu’au Moyen-âge (ils ne devaient pas écouter en cours d’histoire pour situer la naissance de l’Islam à cette époque mais bon), les horaires étaient adaptés mais de nos jours, ça n’a plus aucun sens, j’veux dire, vous voyez bien que vous êtes complètement décalés avec notre temps ! Enfin ! A l’heure où on parle bourse, mondialisation, pouvoir d’achat et heures sup, vous arrêtez de manger et boire pour compatir avec les pauvres ! Vous voyez le décalage ! Si vous voulez compatir ben allez en Afrique ou en Inde ou envoyez-leur votre repas de midi par La Poste! »

Que répondre à cela ? Rien, il suffit de sourire en marmonnant un « oui oui peut-être, ah pardon, mais j’dois y aller, bye ! »

Ça ne sert à rien de dépenser de la précieuse salive à expliquer les motivations d’un tel acte, de toute manière, ils ne veulent pas comprendre. Nombre de pratiquants ont essayé, ils ont laissé tomber.

Pas d’échange possible. Clairement, ils ne digèrent pas le fait qu’un être humain normalement constitué s’obstine à suivre cette règle religieuse. Plus que ça, ils voudraient bien qu’il arrête.

Surtout que nous sommes en France. Donc, pas contraints par la loi. Donc libres de ne pas le faire, t’inquiète, personne ne t’en tiendra rigueur.

Oui, apparemment, ils n’ont pas bien compris le principe de foi.

Ni celui de libre-arbitre.

Passons.

Nous voudrions leur dire qu’il est grand temps de lâcher l’affaire.

Nous voudrions leur dire que tous leurs mots n’auront jamais la force de ceux qui dictent sa conduite à un croyant! Donc, ça ne sert à rien d’insister, l’ami… Allez, lâche le nonoss !

Nous voudrions leur dire que ce n’est pas difficile pour lui de jeûner un mois durant. Tout le monde sait que l’esprit peut tout. Annihiler une grossesse, convaincre des millions de gens de voter pour un con, faire oublier la famine dans le monde juste en regardant TF1 et créer l’état amoureux envers une personne très très très moche. Alors supporter la faim et la soif quelques heures, les doigts dans le nez.

Nous voudrions leur dire qu’il aime ce mois d’introspection, de retour aux sources, aux valeurs familiales, de raffermissement de sa foi comme les chrétiens aiment la période de Noël avec ses crèches et ses messes de minuit ou que certains aiment la saison de la coupe du monde de football avec ses packs de bières et sorties entre potes.

Nous voudrions leur dire de se réjouir si ça leur fait plaisir de tous les croyants musulmans qui ne jeûnent pas, boivent de l’alcool et enfreignent d’autres préceptes religieux et de se vanter d’en connaître un, deux, une centaine car tout cela n’a pas d’emprise sur lui. Si le monde était régi par la logique, ça se saurait. Ils ne pensent pas sérieusement qu’il va leur dire « ah bon, certains ne le font pas ? Alors moi non plus ! ». Ou ils sont sacrément atteints.

Nous voudrions leur dire de se poser la question de savoir en quoi la foi peut-elle les déranger. Parce qu’apparemment, elle les dérange. Comme un furoncle au milieu du dos.

Trop de contradictions tuent la contradiction !

Ramadan : NON ; Cornes de gazelles de la fête: OUI.

Voile et djellaba : NON ; hammam et huile d’argane : OUI.

Fête du mouton : NON ; tajines de viande : OUI.

Gendre musulman : NON ; vacances gratuites au Maroc : OUI.

Coran : NON ; musique arabe : OUI.

Arabes dans le quartier : NON; arabes dans l’équipe nationale : OUI.

Ils ne veulent pas le Beur mais l’argent du Beur. Comme d’hab.

Nous voudrions leur dire d’être plus curieux, plus ouverts, plus détendus et surtout d’être moins cons mais nous avons cessé d’espérer, c’est peine perdue quand on voit qui dirige le monde qu’ils ont créé, là, tout est dit.

Alors bon Ramadan à tous, bon Shabbat, bonne Fête de tout ce que vous voulez fêter, joyeux Noël et bon anniversaire, joyeuse Pâques et joyeux Hanoukka !

Et j’oubliais : Bonnes Vacances !

 

 

13 août, 2010

« L’histoire a pour égoût des temps comme les nôtres » Victor Hugo

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 22:12

 

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Cette fois, c’en est trop.

Les gens sont-ils foncièrement stupides ou foncièrement xénophobes ? Ne cherchez pas, ce n’est qu’une question de rhétorique.

Apparemment, ils sont les deux.

Une boule au ventre. Des sueurs froides. Un angoissant pressentiment. La désagréable impression de se sentir glisser dans un lac de sables mouvants.

Point de retour.

Nous connaissons cette histoire. Nous l’avons déjà lue. Nous l’avons même étudiée. Nous avons parfois ri, parfois pleuré mais nous avons toujours gardé cette tranquillité d’esprit, assise par le fait que nous savions que jamais nous ne vivrons cela. Ce genre d’erreur, ce genre d’horreur ne peuvent se reproduire. Nous étions confiants ; nous étions à l’abri.

Et puis nous avons vu les choses s’installer, petit à petit, discrètement.

Nous avons vu un petit serpent vicieux s’immiscer dans nos vies.

Nous avons vu les signes. Nous n’y avons pas cru. C’était impossible. Ça ne pouvait pas recommencer. Tout ça n’était que de l’Histoire, inscrite dans nos livres d’école pour ennuyer des élèves boutonneux à la voix qui mue.

Rappelons-nous. Nous lisions tous les récits d’avant-guerre, nous nous demandions tous comment ils n’avaient pas vu venir. C’était tellement énorme, tellement évident.

Et aujourd’hui que cela se produit, se reproduit, nous nous demandons à nouveau comment les gens ne voient pas venir.

Alors que les français sont en vacances en train de se détendre mots croisés à la main au bord d’une plage polluée, les journaux décrivent des dirigeants politiques en train de faire passer de nouvelles lois qui ne devraient même pas être évoquées.

Comment peut-on officiellement déclarer qu’à compter d’aujourd’hui la justice sera à deux vitesses selon que l’on soit français de souche ou nationalisé !

Comment peut-on décemment défendre l’idée de créer un lien direct entre origine culturelle et délinquance !

Comment un état peut-il si rapidement se fasciser sans que personne ne s’en aperçoive ! Que personne ne s’offusque !

Alors qu’on fait des grèves à longueur d’année pour un oui ou pour un non, là, étrangement, silence radio. C’est vrai que des conneries, en politique, c’est monnaie courante et que ce genre d’absurdités racistes, d’ordinaire émises par l’extrême-droite plutôt que par un président, font généralement l’objet d’une petite blague avant de finir illico à la poubelle.

Mais malheureusement, il ne s’agit pas d’une blague.

Il s’agit de déclaration présidentielle.

Il s’agit d’une remise en cause des droits de l’Homme et de la République.

Et quand la première chose qu’on nous demandera après une infraction sera : « Tout d’abord, depuis quand êtes-vous français ? » pour savoir comment nous juger, il ne faudra plus beaucoup de temps avant d’obliger les français dits « nationalisés » à déposer leurs empreintes au commissariat le plus proche, « au cas où », et de porter en permanence sur eux une carte (ou une étoile) indiquant qu’ils ne sont pas français de souche.

Bien sûr, lorsqu’il s’agira de personnalités politiques ou sportives, la sanction ne pourra être le retrait de nationalité, faut pas déconner. Sarko n’a pas non plus envie de se retrouver déporté en Hongrie. Mais pour les autres, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas imposables sur le revenu, pour eux, pas de cadeau.

Un air de déjà vu ? Un goût amer au fond de la gorge ? Vous en êtes à la phase n°1. Nous avons déjà atteint la 5ème. Et nous nous demandons que faire. Révolutionner seul dans sa salle de bain ? Les français collabos, on connait et on ne sera pas de ceux là.

Alors, il ne reste qu’à essayer d’éveiller les consciences, crier, hurler, encore et encore et encore, ne pas lâcher l’affaire, en parler partout et à tout le monde et prier pour que Sarko ne soit pas réélu.

Parce qu’apparemment, une erreur, ça se refait plus d’une fois.

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