A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

23 février, 2011

Nuit noire

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 0:20

Nous sommes énervés. Non. Nous sommes dégoûtés. Non. Ce n’est pas ça. Nous sommes tristes ? Non. Nous sommes déçus. Oui c’est bien ça. Déçus. C’est une sacrée sensation d’être déçu. Un mélange indescriptible de plusieurs sentiments. Un espoir qui s’envole, un rêve qui s’évapore, une réalité blessante, une colère profonde. On a mal au ventre, on n’a plus d’appétit et on sent que derrière tout cela des litres et des litres de larmes sont prêts à déverser leur flot. Il y a quelque chose de rageant et de pathétique dans la déception. On n’a pas envie de se résigner et pourtant les faits sont là, dressés devant nous comme le bras d’un nazi. Incontournables. On se demande comment on a pu être si naïf. On cherche une lueur quelque part mais rien. Nuit noire. Déçu par l’autre, déçu par soi-même. Ça va de paire. On prend des résolutions qu’on sait parfaitement qu’on ne tiendra jamais. On se dit que c’est la dernière fois et puis le plus souvent, on recommence. C’est notre nature d’espérer, de croire et de rêver. On a beau être cynique, on a beau avoir vu les pires horreurs, on a beau savoir ce qui nous attend, on prie toujours pour que le happy end arrive. Et quand tout tourne mal, on se dit qu’on aurait du s’y attendre, on se dit qu’on s’y attendait d’ailleurs mais qu’on aurait aimé que cette fois, cette fois seulement, ça finisse autrement. La condition d’être humain est une réponse en soi. Le bonheur s’accompagne de souffrance et vice versa. Vouloir être l’exception ne changera rien. Notre destin est tout tracé. Des hauts, des bas. Profiter des hauts, se dire que les bas sont éphémères. Et vivre. Absurde ? Oui. Mais réaliste.

24 janvier, 2011

« Crrrrc! Aïe mon dos! »

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 22:22

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Nous regardions un film. Quoi de plus anodin nous direz-vous… c’est aussi ce que nous pensions. Puis le film s’est terminé ; il était grand temps de nous lever. Nous mettre debout, sortir de notre torpeur, reprendre contact avec la réalité. Notre réalité.

Nous lever. Action que nous exécutons chaque jour. Plusieurs fois par jour même. Mais cette fois, alors que notre colonne vertébrale était presque déroulée, nos genoux presque allongés, une douleur aigüe est venue stopper notre course vers le redressement. Une douleur vaguement localisée vers l’omoplate droite.

M…. c’est le mot qui convient.

Et nous voilà coincés. C’est tout ce qu’il nous manquait. Et pour une raison obscure, notre premier réflexe est de tenter tous les mouvements possibles et inimaginables afin de constater l’ampleur des dégâts. Et plus nous bougeons, plus ils se font grands. Une série de « aïe » et autres onomatopées du genre s’en suit pour se terminer par un long et déprimant soupir de renoncement.

L’évidence est là. Nous sommes coincés. Après avoir essayé de chauffer le muscle manuellement, être resté 30min sous un jet de douche bouillant et pris des anti-inflammatoire, après une nuit de demi-sommeil allongés sur le dos, force est de constater que nous sommes impuissants face à cette résistance que notre corps nous oppose.

Un corps en piteux état. Enfin, jusque là, on n’avait pas eu trop à se plaindre surtout qu’on trouvait ça normal, que tout fonctionne correctement. Des soucis avec son enveloppe corporelle, on n’est pas censé en avoir trop jeune. Ce n’est pas comme les douleurs de l’âme qui dès le plus jeune âge ont investi les lieux.

Une chose positive à noter : personne n’est là pour ricaner devant l’incongru de la situation. Nous n’arrivons même pas à nous asseoir décemment. Sans trop réfléchir, notre corps cherche le chemin vers le sol le moins douloureux et à l’évidence, sans prendre en compte le côté esthétique du mouvement en lui-même. Pour être clair, on est ridicule mais ça reste entre nous.

Enfin, nous pouvons souffler un peu. Les longues minutes consacrées au réinvestissement de notre lit encore chaud nous ont éreintés. Il est temps de récupérer un peu. Mais nous n’avons plus sommeil malgré l’heure matinale et le froid de canard à l’extérieur. Nous annulons nos rendez-vous et nous nous plongeons dans une réflexion profonde laquelle, nous espérons, nous fera glisser au pays de rêves. Malheureusement, notre cerveau tenu en éveil par une douleur bien cachée mais toujours présente refuse de lâcher prise.

Et c’est parti pour un tour de questions existentielles, nous qui sommes en fin de compte si peu de chose. Un point douloureux dans le dos et c’est toute notre mobilité qui disparaît. Rien que l’idée d’attraper notre téléphone nous paraît insurmontable. Sans notre corps, nous ne sommes plus rien. Si, nous pouvons encore écrire mais la position est inconfortable, il faut bien l’avouer. Nous pouvons aussi écouter de la musique, lire, regarder un autre film qui peut-être aura l’effet inverse mais encore une fois, rien que la pensée d’avoir à nous lever à nouveau nous file des sueurs froides.

Oui, c’est vraiment très douloureux et nous ne sommes pas une chochotte.

C’est à cet instant que nous réalisons à quel point nous aimons écrire, mais à quel point aussi, nous aimons danser. Quelle poisse. Que ferons-nous quand notre corps ne suivra plus ? Nous contenterons-nous de regarder les autres faire ? Nous contenterons-nous d’écrire ? Rien n’est moins sûr, nous avons toujours fait les deux. Et un jour viendra où les mots remplaceront le mouvement. Juste au cas où, précisons que nous ne sommes pas pressés. Juste au cas où.

16 janvier, 2011

Une petite douche… brûlante?

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 23:48

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Nous avons pris une douche chaude. Bien chaude. Oui, c’est le genre de choses qui nous arrivent parfois. Passionnant nous direz-vous. Vous ne croyez pas si bien dire.

Pourquoi cette envie subite si ce n’est la nécessité évidente d’être propre et surtout de sentir le propre. Certains ressentent parfois le besoin de faire la vaisselle. D’autres du rangement et d’autres encore un jogging. Nous c’est la douche chaude. Plus que chaude même, brûlante.

La sensation de l’eau qui coule dans nos cheveux, sur notre visage, sur notre corps tout entier. Une caresse chaleureuse, rassurante ; impression de bien être. Notre peau froide frissonne à son contact comme à celui du tout premier baiser. De la première étreinte.

L’eau coule. Elle emporte avec elle tous ces mots qui tournent sans cesse dans cette boite ovale qui nous sert d’unité centrale. Enfin, nous arrêtons de penser. Nous goûtons à cet instant doux et éphémère, un instant que notre corps réclame quand la pression monte, que la tension est à son comble. Soulagement.

Si nous avions la métaphore facile, ce qui est certainement le cas, nous pourrions dire que cette eau claire lave notre noirceur, nous débarrasse d’une négativité dont nous n’avons pas besoin ou plutôt que nous n’avons pas envie de porter plus longtemps. Nous lave de nos angoisses qui glissent les unes après les autres pour s’évanouir dans les ténèbres des égouts.

La réalité est tout autre. Elles sont toujours là et nous dirions même que nous les distinguons dans toute leur unité. Alors que nous naviguions dans le brouillard, la vapeur qui nous enveloppe maintenant nous révèle les maux qui nous assaillent d’une manière plus claire. Leur contour précisément défini apporte à notre esprit la sérénité. Nous savons ce que nous avons devant nous et nous pouvons trouver le moyen d’y faire face.

Au contact de cette eau brûlante, notre sang devient plus liquide, plus rapide, plus dynamique. Tous nos sens sont en éveil, prêts à agir. À réagir. Qui a dit que les douches chaudes tiraient vers le sommeil ? Notre cœur bat vite et ce n’est certes pas une invitation à se glisser dans les bras de Morphée.

Une douche chaude. Un visage à l’inconnu. Instinct de survie.

13 janvier, 2011

Pas le temps!!!!

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 14:39

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Trop de choses à faire, trop de peu de temps.

Il fut un temps où c’était notre lot quotidien, le contenu de notre horoscope du jour, le résumé clair et néanmoins désolant de notre vie.

Et puis nous avons débarqué au Maroc comme des explorateurs aurait débarqué sur une nouvelle planète. Le cœur battant, une boule d’angoisse et d’excitation au ventre.  Allions-nous trouver des êtres aux coutumes ancestrales, pleins d’une spiritualité nouvelle qui nous révèlerait à nous-mêmes ? Allions-nous découvrir une nouvelle forme de communication, de nouveaux préceptes de vie, le secret de l’humanité ?

Non. Nous avons trouvé ça.

Des gens qui avaient peu de choses à faire et beaucoup de temps. Enfin, c’est ce que nous avons vu au début. En bon colonialiste. Des gens qui se prélassaient au soleil, qui n’avaient pas ou peu d’ambition, qui se contentaient de peu ou pas grand-chose. Heureux sont les simples d’esprit.

Ils parlaient avec des portables, comme nous et regardaient des séries à l’eau de rose. Comme nous. Enfin, par nous, nous voulons bien entendu dire, le français moyen. Ils étaient croyants mais peu pratiquants, ils rêvaient de partir et de devenir américains. Pas comme nous. Bref, rien de très réjouissant. Ni de très spirituel. Ni de très révélateur.

Nous leur avons secrètement reprochés de vouloir être comme nous. de ne pas être ce que nous voulions qu’ils soient. Et toutes les autres choses aussi. Nous aurions tellement aimé qu’ils aient un autre schéma à proposer. Alors nous avons pensé devenir ermite dans un coin de leur montagne rouge, puis nous nous sommes surpris à penser partir apprendre les arts martiaux dans une école chinoise, puis nous avons voulu disparaître.

En fin de compte nous sommes restés. En grand penseur passif que nous sommes. Nous supposions nous suffire à nous-mêmes, nous rêvant solitaires et mal compris, être exceptionnel qui ne trouverait la paix que loin de toute forme de vie humaine.

Et puis nous avons vu un truc amusant et nous avons eu envie de le dire à quelqu’un. Nous n’avons trouvé personne. Et ce n’était plus drôle.

Nous avons regardé ces gens, d’ici, de là-bas et de bien plus loin encore. Tous avaient pleins de choses à faire, tous se pensaient seuls et incompris, tous avaient tissés des liens, tous se croyaient exceptionnels, tous étaient comme nous. Quelle déception. Nous aurions tellement aimé être un être à part. Ça nous apprendra à être prétentieux.

Et sans trop  de réflexion, nous nous sommes laissés porter par le courant d’un nouveau mode de vie. Celui qui dit que ce n’est pas si grave et que l’important se trouve ailleurs. Celui qui dit qu’il faut prendre le temps de faire les choses et que relativiser est la clé de la survie et du bonheur quotidien. Ou est-ce notre voisin chômeur et alcoolique qui dit ça ?

3 janvier, 2011

Miroir oh miroir…

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 3:08

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On a tous un truc qui cloche. Sérieusement.

Et pourtant on continue à faire comme si de rien n’était. On sourit, on travaille, on arrive même à avoir des conversations. Pas toujours très intéressantes d’ailleurs, souvent inutiles mais nécessaires pour compléter le tableau d’une vie presque normale. D’une vie logique.

On a pourtant tous un truc qui cloche. Sérieusement.

Et comment n’en serait-il pas ainsi vu le monde dans lequel on évolue…

Toutes ces informations qu’on reçoit en permanence, des informations que notre cerveau a du mal à analyser, à comprendre, à emmagasiner et qu’on finit par laisser de côté, dans un coin, bien cachées. Elles dépassent l’entendement. C’est pour ça qu’elles sont inclassables. Elles dépassent de loin notre entendement.

Nous nous noyons dans l’incohérence de l’esprit humain et nous voudrions aller bien ?

Chaque jour, à chaque minute, l’absurdité de l’existence nous éclate en pleine face et nous voudrions être normaux ?

Heureusement qu’on a quelque chose qui cloche. Le contraire eut été inquiétant.

Mais c’est parfois trop dur. Il y a des jours où faire face est plus difficile que d’autres. Où on n’a plus de force, plus de courage, plus de motivation, plus d’espoir. Le passage d’une année à l’année est un de ces moments. Faire le bilan n’est jamais réjouissant si ce n’est celui d’une entreprise qui s’en est mis plein les poches. Mais un bilan moral, sentimental et tout ce qui finit en « al » met rarement de bonne humeur.

Nous sommes là, à nous regarder dans le miroir et nous démasquons l’imposture. Tellement longtemps qu’on ne s’était pas regardé. On avait failli se tromper soi-même. Il suffit d’un regard, une seconde d’inattention pour que nous nous révélions à nous-mêmes.

Inutile, seul.

Nous tissons des liens que nous savons éphémères alors nous finissons par ne plus les tisser.

Nous entamons une œuvre qui restera inachevée alors nous finissons par ne rien entamer.

Inutile, seul.

Demain, la frénésie du quotidien meublera le néant et nous pourrons à nouveau faire semblant d’exister.

À l’année prochaine.

25 décembre, 2010

Noël à Marrakech: why not?

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 17:12

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Ca y est, c’est Noël ! Oui, c’est vrai, nous sommes au Maroc et ce n’est pas vraiment dans la tradition nationale de réveillonner ce jour-là. Mais comment pourrait-il en être autrement pour nous qui sommes nés et avons grandi de l’autre côté de la Méditerranée ?

Qui avons vu la neige tomber chaque hiver, les guirlandes illuminer les villes et les chants se propager comme un fou rire sur les lèvres des enfants ?

Nous regardons par la fenêtre et nous voyons un ciel bleu, un petit air frais empli nos poumons, il fait bon, nul doute possible : nous sommes à Marrakech. Ça ne sent pas Noël ou du moins, pas celui de notre enfance. Ça sent les vacances. Marrakech, ça sent toujours les vacances. C’est peut-être pour ça que tout fonctionne au ralenti. Passons.

Par-ci par-là une guirlande dans une branche, une étoile qui clignote, des slogans de fêtes sur les vitrines. La ville exhibe de nouveaux visages qui viennent se mélanger à ceux un peu bizarres mais néanmoins familiers des 100% marrakchiyin. Déjà qu’on était un peu à l’étroit, là, on frise l’inondation. Nous n’aimons pas quand la ville se remplit. Elle commence à grouiller comme un seau plein de vers et ça nous dégoute un peu.

Bientôt, ça ne sent plus les vacances. Ça sent l’essence. Qui a une allumette ?

Nous ne sommes pas en vacances mais c’est tout comme. On travaille en pensant aux cadeaux que nous allons faire, au repas que nous allons faire, à la soirée que nous allons faire.

C’est Noël et même si personne n’en parle, même si on travaille le 25 au matin, même si on n’a pas fait de sapin à la maison, c’est quand même Noël.

On a acheté foie gras, saumon fumé, fromage de chèvre, marrons glacés, bûche glacée, canard et truffes ; nous salivons rien qu’à l’idée de nous empiffrer.

Ce qui est bien quand on a un pied de chaque côté de la Méditerranée, c’est qu’on a deux fois plus de fêtes, deux fois plus de moments à partager voire, deux fois plus de cadeaux !

Bon, on mange aussi deux fois plus que tout le monde et ça nous coûte deux fois plus cher mais c’est toujours deux fois plus sympa d’avoir deux fois plus de repas entre amis et en famille, deux fois plus d’évènements à célébrer et d’avoir deux fois plus de raisons de passer un bon moment.

C’est sur que ce n’est pas systématiquement le cas pour tout le monde. Certains détestent les réunions de famille, n’aiment pas sortir et préfèrent rester dans leur train-train quotidien. Dans ce cas, c’est deux fois plus cauchemardesque pour eux d’avoir deux cultures différentes.

Mais nous, ça nous va bien de pouvoir fêter la fin du Ramadan avec des gâteaux aux amandes et au miel, manger des brochettes pour la fête du Mouton, fêter Noël avec dinde et foie gras, célébrer le Nouvel An avec huître et caviar, fêter la naissance du Prophète avec un bon couscous familial, fêter Pâques avec ses œufs en chocolat, Achoura avec ses kourichlate, etc.

Ah ouais d’accord… Et nous qui nous demandions pourquoi la balance affichait irrémédiablement 200kg…

13 décembre, 2010

A vos ordres!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 13:08

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Encore une nouvelle résolution à prendre. Pourtant, ce n’est pas encore le nouvel an. Enfin, si, c’est le nouvel an musulman. Finalement, c’est bien l’heure de prendre de nouvelles résolutions. Et la première sera celle-ci : ne plus attendre que le monde s’adapte à nous (oui, nous résistions encore, utopistes intarissables) mais à nous de nous adapter à lui. Et Dieu Sait que cela nous coûte.

 

Malgré notre grand âge, nous en étions encore à penser que tout le monde fonctionnait comme nous. Tout le monde veut bien entendu désigner les hommes et femmes actifs, dans la trentaine, évoluant dans le milieu de l’art. Fonctionner comme nous signifiant être un acharné du travail et de mourir plutôt que de ne pas honorer sa parole. Oui peut-être que nous aurions dû vivre quelques siècles plus tôt.

 

Nous voulions être indépendants professionnellement parlant et l’art nous a offert cette possibilité. Faire ce que l’on veut, comme on le veut. Travailler seuls, à notre rythme, à notre manière. Mais nous ne souhaitions pas non plus vivre reclus. Il faut bien, un jour ou l’autre, être confronté à quelques représentants de l’espèce humain. Déjà, parce qu’on a besoin d’eux pour exister, ne serait-ce que pour jouer le rôle du public. Aussi, nous avons besoin d’eux pour donner vie aux images, mouvements, scènes qui nous tournent dans la tête.

 

Mais nous n’avions pas réalisé que nous devrions, par conséquent, être le patron. Et ça, ce n’était visiblement pas notre truc. Oui, nous estimons que chacun a pour soi une conscience et dans le cas qui nous concerne, une conscience professionnelle. Décider de faire tel ou tel travail et le faire bien.

 

Sans que quelqu’un ne soit obligé d’être derrière vous. Et nous n’avons donc été derrière personne. Et nous avons fini par courir tout seul devant. Nous avons tourné la tête et nous les avons trouvés en train de débattre sur l’itinéraire à la station service de l’autoroute. Alors que nous avions le plan dans une main et le chrono dans l’autre. Vous suivez toujours ?

 

Qu’à cela ne tienne, la prochaine sera la bonne. Réveillons en nous le dictateur qui dort et chevauchons fouet à la main, sans repos ni relâche. Seuls les survivants recevront les honneurs. Quoi qu’on en dise, ça finit toujours par retomber sur le patron. Tant qu’à faire, autant faire les choses comme on l’entend.

 

Et dire que nous pensions que c’était le Maroc qui fabriquait des assistés…

 

Prochaine résolution : accepter que certains trouvent nul ce que l’on propose et continuer à le défendre si on est convaincu de sa valeur.

 

Vous êtes toujours là ? Nous sentons que nous vous avons perdu en route. En même temps, quelle idée de lire les tribulations intérieures d’un être en quête de réponse. Vous feriez mieux de lire un bouquin de philo, c’est mieux écrit et de vraies doctrines y sont proposées. Ou peut-être êtes-vous vous aussi un mauvais patron… ou un mauvais employé… ou un mauvais artiste… Dans ce cas-là, désolés, mais nous ne pouvons rien pour vous. Contents d’être passés ?

20 novembre, 2010

La vie vue d’en bas, c’est comment déjà?

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 21:23

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On a beau sourire, la vie n’est pas drôle.

Voilà, ça, c’est dit.

A longueur de journée, confrontés aux horreurs de l’être humain.

Nous n’irons pas jusqu’à parler de guerre et des massacres perpétrés à chaque minute qui passe, nous n’irons pas parler de famine et de ventre rassasiés. Cette haine là, ce mépris là, dépassent trop l’entendement pour oser y trouver quelque signification.

Nous nous arrêterons simplement à ce que nous avons sous les yeux tous les jours.

Des gens.

Des adultes pour la plupart.

Par adulte, nous entendons simplement le fait qu’ils le soient devant la loi ; qu’ils aient atteints la majorité légale. Parce que si nous ne qualifions d’adultes uniquement les personnes ayant acquis une autonomie physiologique, financière, de pensée et morale, ça risquerait de faire un peu mince.

Alors ces adultes que nous côtoyons tous les jours – pourtant, Dieu sait que nous les évitons au maximum, nous pensions préférer leur compagnie à celle des enfants. Oui, comme ça, sans réfléchir, entre passer une heure avec quelqu’un susceptible d’avoir une conversation, même sans intérêt, et passer une heure avec un gosse qui a le nez qui coule, nous choisissons sans hésiter le premier.

Pourtant.

Nous avons opté pour un travail qui nous demande d’être en contact soit avec des enfants, soit avec des artistes, lesquels, il faut bien l’avouer, sont comme des enfants dans un corps d’adulte.

En fin de compte, nous préférons les enfants. Qui l’eut crû.

Peut-être parce qu’avec eux, les choses sont plus simples.

Pas de mensonge. Pas de complexe ou du moins, pas de névroses. Bien que certains…

Pas de raison. Un imaginaire sans limite où enfin, il est possible de s’évader.

Un monde à part. Une autre façon de voir les choses.

Oui, nous aimons la compagnie des enfants. Pourtant, nous ne sommes pas nostalgiques. Quelle idée de vouloir revivre cette période de dépendance totale et de soumission. Mais pourquoi l’autonomie, preuve de notre maturité d’adultes, nous contraint-elle à abandonner notre légèreté, notre imagination, notre créativité, notre insouciance ? Ne pourrions-nous pas faire la part des choses ?

Ce n’est pas un sujet de philo, bien que ça y ressemble, mais ça explique quand même pourquoi l’art est la seule issue pour ceux qui ne digèrent pas le monde tel qu’il est.

C’est clair. Si nous ne recouvrions pas les images qui ne parviennent de couleurs d’arc-en-ciel, si nous ne pensions pas le monde comme un immense théâtre où nous avons le premier rôle, si nous ne prenions pas la vie comme la plus belle des œuvres d’art, nous ne serions déjà plus là.

6 novembre, 2010

« Ce n’est pas la star qui fait l’audience, mais l’audience qui fait la star. »

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 21:39

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Le mot « mariage » n’est pas anodin. C’est le moins qu’on puisse dire…

À certains il donnerait de l’urticaire, l’envie de s’enfuir en laissant un nuage de poussière derrière, provoquerait vomissements répétés, convulsions, bave de crapaud et yeux révulsés ; à d’autres il emplirait le regard d’étincelles, leur scotcherait un sourire d’idiot du village et le cerveau qui va avec.

En tous cas, personne ne dirait : « le mariage ? C’est quoi, ça ? ».

Absolutly not.

On dira plutôt : « le mariage ? pfff, franchement, j’vois pas à quoi ça sert, ça change rien, j’veux dire, nous, on s’aimait de la même façon avant et après et j’pense même que beaucoup de couples non mariés sont plus heureux que la majorité des couples mariés. Non vraiment, c’est une idée dépassée. Nous on l’a fait parce qu’au Maroc, tu ne peux pas vivre en concubinage et puis c’est religieux aussi et puis pour les enfants c’est plus facile et puis… »

Ça ne s’arrête plus. Une raison vient en couvrir une autre et on se dit que l’interlocuteur finira bien par en trouver une qui lui convienne.

Pourquoi ne pas dire simplement que c’est trop glauque pour une femme de ne pas se faire demander en mariage et pour un mec trop la honte de ne pas avoir les moyens de le faire.

Pourquoi ne pas dire simplement qu’on en avait trop envie.

Mis à part que les petites filles fantasment sur leur robe blanche dès la maternelle et que les petits garçons économisent déjà dans leur tirelire en forme de cochon, mis à part ça, tout le monde veut faire croire que les temps ont changé, que les esprits aussi, que c’est une tradition inutile et coûteuse qui se perpétue on ne sait encore pourquoi.

Et pourtant, tout le monde le fait.

Et en grande cérémonie.

En France, c’est soi-disant un prétexte pour faire la fête avec tous les gens qu’on aime et souvent avec ceux qu’on n’aime pas non plus; au Maroc, c’est le poids de la tradition familiale qui nous contraint d’organiser une fête mémorable en se ruinant pour les autres.

Ouais. Nous ne sommes pas convaincus.

À l’heure où les jeunes couples se préoccupent de leur avenir, soucieux de devenir propriétaires parce qu’on ne sait jamais, où ils inscrivent une progéniture à peine conçue à la crèche la plus réputée et où ils se demandent encore comment ils vont financer tout ça, on en est encore à mettre sur pied une soirée de mariage exceptionnelle.

Faire la fête, honnêtement, on peut la faire quand on veut. Question de planning. Et de répertoire. Et de compte en banque.

Les traditions, ça fait belle lurette que la plupart sont tombées aux oubliettes ce qui n’est pour déplaire à personne.

Ce que les parents en pensent, honnêtement, qui s’en préoccupe encore ?

Allez. Il va falloir avouer que c’est pour être la star d’un jour que nous faisons cette cérémonie de mariage. On chantait trop mal pour la star Ac, pas assez bon danseur pour incroyable talent, pas assez beau pour présenter la météo, pas assez intelligent pour devenir chroniqueur, même pas assez bien habillé pour être placé derrière les invités de marque en assistant à une émission de variété. Non, vraiment, pas facile d’être sous les feux des projecteurs quand on est ordinaire.

Et Dieu Sait que tout le monde rêve d’avoir son heure de gloire. Alors Il créa le mariage. Et l’occasion de se permettre de faire tout ce qu’on a rêvé sans que personne n’y trouve à y redire. Oh de toute manière les gens, tant qu’on leur donne à manger et à boire, avec en prime de quoi pêcher pour les célibataires et l’occasion de casser du sucre sur tout le monde, on peut bien monter sur scène nu sur un cheval en chantant du Claude François, ils s’en moquent éperdument.

Hier, repas traditionnels consistants, bals et orchestres, tenues chargées d’or et de couleurs.

Aujourd’hui, buffets gastronomiques, flash mob, tenues haute couture épurées.

Demain… ?

Non vraiment, c’est une bonne initiative, cette soirée de mariage. Les uns jouent les stars, les autres en profitent…

On comprend mieux pourquoi les gens disent : « C’est le plus beau jour de notre vie… ».

Comme quoi, le succès, ça fait tourner la tête.

Heureusement que ça ne dure qu’une soirée. On y prendrait vite goût à vivre dans le faste et la prospérité. Envié, adoré, admiré, respecté, gâté, écouté, félicité, choyé…

Malheureusement, ça ne dure qu’une soirée.

31 octobre, 2010

En une seconde…

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 20:32

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Un jour de beau temps.

L’anniversaire de quelqu’un.

Une journée comme les autres après un week-end plutôt agréable.

Nous devons nous voir ce matin. Nous sommes énervés pour une raison quelconque. Nous avons faim, nous sommes fatigués, nous avons hâte que cette journée à peine commencée se termine. Nous pensons déjà au soir et la perspective de nous glisser à nouveau dans nos draps parfumés à la rose après une bonne douche nous remplit d’une joie enfantine.

Nous arrivons au rendez-vous. Une fois dans la voiture, après les salutations de base, alors que nous nous apprêtons à pester contre le temps qui passe, il dit :

« Tu sais ce qui s’est passé hier ? »

« Non ? » D’un coup, nous voyons ce visage si familier se laisser submerger par une expression que nous ne lui connaissons pas. Un doute s’installe, une appréhension.

« Il a eu un accident. Hier soir, en moto. Il est mort ».

Comme ça.

Aussi rapidement, aussi brutalement, aussi simplement.

Mais qu’est-ce qu’il raconte ?! Impossible, nous l’avons vu justement avant-hier, il allait bien, bon, c’est sûr, un accident ça ne se prévoit pas, non mais t’es sur, c’est pas possible enfin si, justement si, c’est possible mais comment, quand dis-tu, avec qui, comment ça s’est passé…

Nous avons besoin de détails pour y croire. Comme pour vérifier la crédibilité de l’information.

Surprise.

C’est comme si d’un coup, on effaçait le visage d’une personne que l’on connaissait bien, qui faisait partie de notre environnement et qui d’un coup ne devait plus en faire partie. On la retire. D’un coup de langue. Happée par le destin. Par hasard ?

Waouh. On n’aurait jamais pensé qu’il parte le premier. Il était si prudent, si gentil, si généreux. On n’aurait jamais voulu qu’il parte le premier.

Notre première pensée va à sa compagne. Nous nous mettons à sa place. Immédiatement, nous nous identifions à elle. Mon Dieu, comment supporter cela. Une disparition si soudaine ? Ne pas lui avoir dit au revoir. Se le voir voler en une seconde alors que notre vie se construisait tout autour. Comment faire face.

Petit à petit, des images remontent en surface. Son visage. Ses mots. Sa façon de rire, de bouger. Lui sur sa moto. Elle et lui qui dansent. Merde.

Des larmes nous perlent au visage. Nous ne pensions pas pleurer. Nous ne voulons pas pleurer. Il n’avait pas peur de la mort. Nous n’avons pas peur de la mort. Mais notre cœur se serre, les images et les mots se mêlent pour créer cette confusion qui nous laisse en état de choc.

Il n’y a rien à comprendre. Nous le savons, c’est comme ça, ça arrive, il faut faire face, soutenir et continuer d’avancer. Mais l’injustice et la brutalité du choc, la violence d’une telle nouvelle sont dures à digérer. D’ailleurs, nous allons vomir.

Un jour on est là et en une seconde, c’est fini. Disparu. Envolé. On est plus qu’un corps inerte qu’il faut enterrer. Tout ce qu’on a pu vouloir construire, tout ce pour quoi on s’est battu, tout ce qu’on a voulu créer, tous les efforts qu’on a fait pour atteindre nos objectifs, tout ce qu’on a été, se retrouve à l’état de souvenir. Souvenir. Ne nous sommes plus que cela.

Des années de combat contre nous-mêmes, contre la vie, contre la mort, des années à survivre, à se créer un avenir, à espérer envers et contre tout, des années d’une existence à peine entamée anéanties en une seconde.

Nos mots, nos gestes, nos idées, nos luttes, nos sentiments. Des souvenirs. En une seconde.

Ça fait réfléchir.

Pour ceux qui cherchent une raison logique à tout cela, en voilà une.

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