A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

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17 mai, 2010

Classé dans : DSTKGBCIASY ou l'histoire de Choukri — cieamalhadrami @ 15:17

L’histoire de Choukri à suivre sur  http://akkada.blogspot.com/

10 mai, 2010

Episode 3: Lalla Zahra

Classé dans : DSTKGBCIASY ou l'histoire de Choukri — cieamalhadrami @ 12:43

Une odeur de brûlé envahit ses narines. Choukri suit cet effluve désagréable qui pourtant le met en appétit. Ça vient de la maison de Lalla Zahra. C’est la deuxième fois cette semaine. Et nous ne sommes que mardi. Il se dit que c’est peut-être pour ça que son mari s’est suicidé presque involontairement. Ce qui ne veut rien dire mais c’est ce que disent les gens.

On dit qu’il avait des dettes de jeu et était devenu alcoolique. On dit qu’un soir, rentrant chez lui en titubant, alors qu’il pestait avec virulence contre les esprits invisibles de la nuit, il se serait trompé d’étage. On dit qu’au lieu de s’affaler sur son lit conjugal au premier étage, il serait monté au second et se serait jeté du haut de la terrasse. Au moins, il ne pestait plus.

Ce qui est sûr, c’est que lui, Choukri, n’aurait jamais accepté que sa femme fasse brûler son repas. Mais aujourd’hui, il n’a ni femme, ni repas et un ventre qui commence à émettre des sons inquiétants.

Il s’approche donc de la porte d’entrée de la maison de Lalla Zahra. Ouverte comme le sont toutes les portes de toutes les maisons de tous les quartiers populaires. On garde le contact. Avec ses voisins, ceux qui leur rendent visite, les potins de la rue, les nouvelles nationales, les accidents, les bagarres, les marchants ambulants, les musiques de fête. On ne sait jamais. Mieux vaut être les premiers au courant que les premiers à brûler.

Choukri tend l’oreille. Bruits de vaisselle, engueulades, série mexicaine en fond sonore. Un gosse qui crie, une femme qui crie, un chat qui crie. Ambiance ordinaire dans une maison ordinaire.

« Salam alikom », lance-t-il à travers l’entrebâillement enfumé de la porte.

Un brouillard épais s’échappe par une petite, toute petite fenêtre. Une voix de femme sortie du fin fond de cet antre infernal demande :

-          Qui est là ? 

-          Une pauvre âme affamée, ma sœur. 

-          Choukri, c’est toi ? 

-          Oui Lalla.

-          Tu es toujours là quand il faut toi. Sana, donne-lui une assiette.

-          Merci Lalla. Tu es trop bonne. N’oubliez pas le chiffon s’il-vous-plaît… 

-          Mais qu’est-ce que tu crois, que ce que tu manges intéresse quelqu’un ?

-          Vous ne pouvez pas comprendre.

-          Ouais c’est ça. En tous cas, laisse Keltoum tranquille la prochaine fois qu’elle va à l’épicerie. Je l’ai entendu se plaindre à sa mère tout à l’heure.

-          Oui Lalla. »

Si on ne peut plus rigoler.

 

           

8 mai, 2010

Episode 2: Elle

Classé dans : DSTKGBCIASY ou l'histoire de Choukri — cieamalhadrami @ 17:49

Encore ! Ça fait maintenant trois fois qu’elle passe. Pour soi-disant se rendre à l’épicerie. Ouais… Menthe puis sucre et enfin farine… Qu’est-ce qu’elle mijote donc…Elle croit peut-être qu’il n’a pas vu son coup d’œil rapide vers lui, un regard en biais, un regard de coupable.

Il s’agit d’être sur ses gardes. Eh bien, ils recrutent même les filles du quartier maintenant. Savent plus quoi inventer. D’un côté, ça ne le surprend pas. Les gens sont pauvres, il suffit simplement de leur proposer un petit quelque chose et c’est réglé.

Mais lui, Choukri, du haut de sa grandeur généreuse, il leur pardonne. La vie est dure. Ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils font, les pauvres gens. Mais il est fort et il survivra. Bien que jamais, lui, l’être d’exception, n’aurait accepté de se soumettre. Jamais ! Ils le savent bien et c’est pour ça qu’ils sont après lui.

Il ne la lâche pas du regard. Elle esquisse un sourire. Il lui tire la langue. Elle esquisse une grimace. Il se met à rire. De plus en plus fort. Il ne s’arrête plus. Ses mains tiennent son ventre, il tombe à genoux. Sa bouche se déforme. Son visage se déforme. Son corps se déforme. Il se roule maintenant dans la poussière de la ruelle. Sur le trottoir, face contre terre. Sa voix s’efface peu à peu mais les secousses du fou rire persistent. A le voir ainsi, on pourrait croire qu’il se tort de douleur. Ou qu’il accouche d’un alien. Ou qu’il entre en transe. Non, il rit. De sa propre blague. Laquelle ? Bonne question. Lui seul peu comprendre. Ça rend la blague plus drôle.

La fille s’est sauvée. Elle a prit peur et c’est bien la seule. Tous les habitants du quartier connaissent bien Choukri. D’ailleurs, plus personne ne fait attention. « Eh dis donc, y a un mec qui gesticule à vos pieds et personne ne relève ? » « C’est rien, c’est Choukri, on a l’habitude, faut pas faire attention. »

Le soleil pointe au dessus de sa tête. C’est l’heure du déjeuner.

           

7 mai, 2010

Episode 1: Présentation…

Classé dans : DSTKGBCIASY ou l'histoire de Choukri — cieamalhadrami @ 18:27

Ainsi commence « DSTKGBCIASY ou l’histoire de Choukri »:

« L’homme à la carriole. Des pieds salis exprès pendant… Disons quinze secondes dans un tas de terre mouillée, un air de mec prétentieux qui se prend pour un acteur, une veste certainement déchirée à la main et au couteau. Clair qu’il est trop mou pour être un vrai travailleur, j’veux dire, un homme qui bosse avec ses mains. D’ici, on dirait presqu’elles sont toutes lisses. Des mains de bureaucrates oui ! Il est avec eux. Pfff, s’ils pensent m’avoir aussi facilement. Ils n’ont rien contre moi. D’ailleurs, c’est normal, j’ai rien fait. Enfin… Regardez-le celui-là, il arrive même pas à manier son tas de ferraille correctement. Quel con. A faire son cinéma. S’il savait que je l’ai démasqué depuis longtemps… J’suis trop fort de toute manière, c’est pas possible autrement. »

Choukri marmonnait sans cesse, adossé à son poteau favori. Son poteau favori. Presqu’un frère siamois. Dos contre dos, flan contre flan. Danse à deux sous un soleil harassant.

Quand ses jambes le démangeaient après de longues heures traversées dans l’immobilité, quand il sentait l’invasion désagréable de « fourmis » le long des muscles chauds, il se résignait à changer de position. Parfois, il résistait. Jusqu’à faillir. Il adorait ce genre de défi qu’il gagnait invariablement. Comment aurait-il pu en être autrement avec lui, être d’exception. A longueur de journée, il était un vainqueur.

Position debout, assise, sur une jambe, sur l’autre, à genou, en poirier.

Il était le meilleur, il avait de quoi être fier. Sa vie s’écoulait ainsi. De la façon la plus passionnante qu’il soit.

Si seulement ils pouvaient le laisser en paix.

Si seulement ils pouvaient cesser ce harcèlement impitoyable.

Ça durait depuis quoi, cinq ans maintenant. Cinq longues années depuis le jour où ils avaient mis en place ce dispositif de surveillance mal élaboré. Il les voyait, jour après jour, sans relâche, pas même pour les fêtes religieuses, le nouvel an ou le 1er mai.

Ils ne pouvaient pas le laisser en paix. Il le savait bien. On ne laisse pas en paix un être comme lui.

C’est pour cela que du jour où il les avait repérés, il sut que jamais plus ils ne le lâcheraient. Ainsi en était-il du destin des gens d’exception. Il s’en était d’ailleurs parfaitement accommodé.

Il avait toujours su qu’il était spécial. Il ne se rappelle plus très bien mais il a dû être un élève brillant et probablement incompris par les gens de son temps comme le sont souvent les grands génies.

Il a dû avoir une enfance solitaire, à travailler seul dans un coin de la maison qu’il avait dû aménager en atelier. Peut-être même a-t-il fait quelques expériences dans un labo improvisé, dévoré des livres scientifiques et philosophiques, inventé un tas de choses et compris le fonctionnement du monde bien avant tous les autres. Il n’a par contre pas dû avoir d’amis, si ce n’est un animal ou un arbre. Oui, ce devait être un arbre que ce poteau fait revivre à travers l’odeur de son bois.

Certainement.

 

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