A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

13 juillet, 2015

« Jeûnons sous la pluie »

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 1:16

Nous aimons la pluie. Tant que nous sommes bien à l’abri. Ou que nous avons des affaires sèches et un bain chaud qui nous attendent. Oui nous sommes un peu précieux.

Nous aimons le jeûne. Tant que ça ne dure pas plus que douze heures. Après notre ventre commence à faire des bruits bizarres. Et nous commençons à dire des choses bizarres.

Nous aimons conduire. Vite surtout. En klaxonnant. Et en insultant de temps en temps les autres automobilistes, conducteurs de charrettes, de vélos, de tricycles et de dromadaires.

Aujourd’hui, trois en un.

Il arrive que nous devions nous acquitter de certaines tâches ainsi que le veut notre condition d’être humains ennuyeux, des tâches nécessaires à notre survie mais au combien rébarbatives: les courses.

Oui la phrase est un peu longue et pompeuse mais c’est notre texte, nous écrivons ce qu’il nous plaît.

Donc, nous décidons d’aller faire les courses. Nous baillons déjà de lassitude. Les courses. Quels mots déplaisants. Ceinture bouclée, rétros ajustés, gorge raclée, klaxon opé. 

Sur le chemin de l’aller, à part que nos mains effectuent des manoeuvres que notre cerveau ne semble pas avoir ordonné (il est en mode veille jusqu’à 19h45 heure du repas) et doublent la durée du trajet, tout se passe sans encombres.

Mais au retour, le petit plus qui déclenche un harlem shake à Marrakech nous tombe dessus: une pluie diluvienne.

Pichhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

Oui c’est le bruit que fait la pluie qui tombe.

Et là, carnage.

Le bus devant nous, arrivant au feu rouge, ralentit puis… dévie sur la voie de gauche et bisou bisou avec le parechoc de la voiture en carton arrivant en face. Tout en douceur. Tout écrabouillé. Pas de blessés. Une file de voiture qui ralentit pour admirer le spectacle.

Des gouttes grosses comme des olives (on est au Maroc, faut faire des métaphores adaptées au pays) nous tombent dessus et tous les deux roues s’arrêtent en attendant que l’averse passe. Sauf un. Un idiot sûrement. Vous nous direz qu’il est peut être pressé, qu’il ne sent pas la pluie lui fouetter le corps (le mec est en short et t-shirt) ou encore qu’il.. non il n’y a rien à dire, il est idiot.

Arrêt au feu. Rouge encore. Décidément. Une vieille chose stoppe à notre hauteur. Autrefois, ce fut certainement une voiture. Que Dieu ait son âme. Le conducteur profite des quelques secondes d’arrêt pour sortir et… passer une raclette sur son pare-brise. C’est l’homme-essuie glace. 

Les gens se battent pour monter dans les taxis, dans les bus, dans les calèches (non c’est une blague: riez!), les piétons courent et les idiots en deux roues qui ne veulent pas s’arrêter dérapent.

Et nous rions. Bien à l’abri dans notre voiture. Nous avons oublié l’espace d’un instant que nous jeunions. (oui nous jeûnons même si nous ne sommes pas obligés et oui c’est par conviction et non ce n’est pas la mer à boire et non ce n’est pas mauvais pour la santé et oui on sait que vous connaissez des musulmans qui ne le font pas et oui on s’en fout). Donc nous rions. Bien à l’abri. Rassasié par le divertissement que nous offre notre ville sous la pluie en plein mois de Ramadan sillonnée par des automobilistes à 200dhs. C’est le pourboire à donner pour avoir son permis en cinq minutes.

Bref, demain, nous sortirons à nouveau faire les courses (oh ce maudit mot) rien que pour avoir le plaisir de nous divertir encore un peu. Oui, notre vie est passionnante. Bande de jaloux. 

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