A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

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19 septembre, 2010

Collabo ou résistants?

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 16:11

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En fin de compte, nous sommes heureux de rentrer. Soulagés.

Deux mois passés en France, deux mois passés entre le paradis des vacances estivales et l’enfer d’un climat politique sous tension. Sous haute tension. Avec le petit bonhomme électrifié sous un éclair assassin.

Nous avions voulu occulter, nous réjouir des instants agréables et profiter pleinement de ces douces journées de repos.

 

Nous avions voulu occulter et nous jeter tête en premier dans l’eau purificatrice de l’océan glacé.

Nous avions voulu occulter et ne parler que fringues, bouquins, cinéma, musiques, la bouche pleine de glace, le visage cramé, petite brise au creux de la nuque.

 

Nous avions voulu occulter et rire, rire à n’en plus pouvoir, rire à s’étouffer, rire à pleurer jusqu’à en avoir la morve au nez, rire à en tomber raides morts.

Mais nous avons ri jaune. Jaune caca d’oie avec un peu de vert pistache. Pas terrible.

Nous nous sommes réveillés – parce qu’il le faut bien un jour, même en vacances – et nous avons allumé la télé. Jusqu’ici, tout allait bien. Et puis l’horreur a commencé.

Sarko a fait son discours à Grenoble, une femme s’est faite violée et tuée par un mec en conditionnel, les Roms se sont fait expulsés, les retraites ont été repoussées, internet a augmenté, le Coran a failli être brûlé, la polémique sur le voile a continué, le terrorisme et l’Islam ont continué d’être amalgamé, Obama trop sympa avec les musulmans a été accusé.

Alors nous sommes retournés nous coucher. Trop déprimant. C’était comme ouvrir les volets sur un ciel gris, blanc, indécis.

Ça donne envie de pleurer, on se sent impuissant mais on n’a pas le choix, on doit se lever et affronter le cauchemar.

Aux manifs nous sommes allés, des pétitions nous avons signé, des discussions nous avons provoqué, des actions nous allons engager.

Quel horreur d’avoir à traverser une époque si absurde…

Nous avions toujours su que le racisme existait mais nous n’aurions jamais pensé qu’il habitait autant d’esprits.

Nous sommes là, à discuter avec tout le monde, à considérer tout le monde de la même manière, avec la même estime, avec le même respect. Les gens sont ce qu’ils sont, défauts et qualités mêlés, et nous avons toujours fait avec.

Nous n’avons jamais vu où était le problème.

 

Nous avons toujours été heureux de rencontrer des gens venus du monde entier, avec leur histoire, leur culture, leurs expériences.

Au fur et mesure des rencontres, notre esprit s’élargissait, de nouvelles perspectives se présentaient, une nouvelle vision du monde s’offrait à nous.

Nous avons toujours cru que tout le monde pensait comme nous. Comment aurait-il pu en être autrement.

Comment peut-il en être autrement…

Se poser la question ne résoudra rien. Les faits sont là.

Choisissez la collaboration passive ou la résistance active.

3 septembre, 2010

Ramadan ou comment devenir pauvre

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 3:37

 

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Ça y est, il ne reste plus qu’une semaine. UNE SEMAINE !

C’est toujours la même chose : on en parle deux mois avant, on s’y prépare, psychologiquement, physiquement, culinairement, on s’organise et puis on y est. On se dit que finalement ce n’est pas si horrible que ça et puis on est change d’avis vers le milieu quand on commence à fatiguer et puis ça passe, ça devient facile, on est habitué. Et c’est déjà bientôt fini.

En fait, la seule difficulté du Ramadan, c’est de réfléchir le ventre vide.

En fait, on ne réfléchit plus du tout. On ne pense plus qu’à la bouffe.

Notre ventre se met à gargouiller dès le réveil, on se demande ce qu’on va bien pouvoir manger le soir, on regrette tous les petits déjeuners manqués et les repas sautés parce qu’on faisait un régime ou qu’on était trop cons.

On a la nostalgie de tout ce qu’on a pu manger ou boire ces trente dernières années, même celle des plats les plus indigestes dont la simple odeur nous donnait la nausée.

On voit des gens se goinfrer tout autour de nous, mais qu’est-ce qu’ils ont d’un coup ! Tous devenus boulimiques ou quoi ?!

On les maudit de ne pas apprécier ce qu’ils engloutissent, de ne pas en apprécier la valeur. Quelle indécence de s’empiffrer comme si cette précieuse nourriture leur était due.

Pfff, ils ne méritent vraiment pas ce croissant au beurre, doré, légèrement croustillant à l’extérieur, chaud et moelleux à l’intérieur…

Des panneaux publicitaires dégoulinant d’insanités gastronomiques, des spots télévisés faisant l’apologie de la gourmandise et du régime en même temps, des émissions commerciales prônant le retour à la cuisine faite maison, des plats cuisinés, des recettes de grand-mères, des restau à la mode, des fruits, des légumes, des gâteaux, partout partout partout, de la bouffe de toute part et de l’eau en abondance.

 

Nous voudrions travailler, nous concentrer sur tout ce que nous avons à faire, nous voudrions n’avoir qu’un petit creux, comme celui qu’on ressent à 17h et qui passe en un rien de temps.

Mais celui-là ne passe pas, il s’accroche, il s’installe, colocataire clandestin qui refuse de décoller, encombrant, il recouvre tout, ne laissant aucun répit à notre esprit qui ne veut que dormir pour oublier.

Mais rien n’y fait. Impossible de réfléchir correctement, impossible de s’exprimer correctement, on devient dyslexique, illogique, débile au possible, décalé, à la masse. Nous qui étions si brillants.

Alors nous prenons notre mal en patience et nous compatissons, plus que ça, nous devenons cet homme qui mendie, cette femme dans la rue, cet enfant mollasson, l’espace d’un mois, l’espace d’un mois seulement mais un temps assez long pour garder le souvenir de cette situation abominable une année durant.

Après avoir tenter de lire, de parler, d’écrire, de suivre un film ou même une conversation, après avoir somnolé durant toute la journée, vient enfin l’heure tant attendue du repas.

Nous nous asseyons devant une table remplie de provisions pour une semaine, tout ce que nous avions envie de dévorer tout à l’heure, tout ce que nous rêvions d’avaler.

Et nous n’avons plus faim.

Nous choisissons avec soin les aliments qui rempliront le peu de place libre de notre estomac, nous dégustons, lentement, chaque met précieusement sélectionné que nous dédions à ceux qui comme nous n’ont pas la chance d’être là et en quelques secondes, nous sommes rassasiés. Notre corps guéri, la douleur envolée, à nouveau en paix.

Enfin, nous pouvons penser.

 

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