A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

31 mai, 2010

Bonne fête maman!

Classé dans : Non classé — cieamalhadrami @ 15:57

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Comme des milliers d’enfants, nous avions l’habitude étant jeunes de toujours lire un poème à notre maman à l’occasion de la fête des mères. D’abord composé par nos maitresses, puis dès que l’on fut en âge, par nos propres soins.

En grandissant, comme bien des choses, cette tradition s’est évanouie. Nos mères ont dû se résoudre à voir leur progéniture devenir adulte et s’éloigner, les contraignant par cette fatalité à renoncer à un rituel pourtant réalisé avec tant d’enthousiasme pendant plusieurs années.

Ainsi, nous avons décidé de réparer les torts en leur offrant humblement ces quelques mots qui devraient leur rappeler quelques instants d’émotions passés. Mais malgré les années, ces mots sont toujours d’actualités.

 

Celui-ci pour le souvenir :

 

Une maman

« Des milliers d’étoiles dans le ciel,

Des milliers d’oiseaux dans les arbres,

Des milliers de fleurs au jardin,

Des milliers d’abeilles sur les fleurs,

Des milliers de coquillages sur les plages,

Des milliers de poissons dans les mers,

Et seulement, seulement une maman. »

André Bay

 

Celui-là comme un cri du cœur :

 

À notre mère

« Oh! L’amour d’une mère!  Amour que nul n’oublie!

Pain merveilleux qu’un Dieu partage et multiplie!

Table toujours servie au paternel foyer !

Chacun en sa part, et tous l’ont tout entier ! »

Victor Hugo

 

Et enfin ce dernier pour l’hommage :

 

Si de toutes les affections douces, de toutes les actions honnêtes et généreuses dont nous sommes fiers, l’on pouvait découvrir le premier et véritable germe, nous le trouverions presque toujours dans le cœur de notre mère.

Edmondo de Amicis

 

 

Bonne fête Maman !

 

 

A vos marques, prêts… Régime!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 14:40

 

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L’été est là, c’est le moment de faire un régime. Et pour une fois, ça concerne tout le monde.

Fini le moment de solitude intense qu’éprouve une femme cherchant par tous les moyens une façon discrète de faire taire son ventre qui gargouille alors que son mec s’empiffre d’un Magnum double chocolat en lui assurant qu’elle n’est pas grosse et qu’elle a vraiment tort de se priver d’un tel délice. Ou double caramel. Ou celui avec des amandes croustillantes sur l’extérieur et une bonne crème glacée vanille comme récompense d’avoir englouti la croûte en chocolat.

Fini les larmes aux yeux d’avoir à renoncer à la chantilly alors que son mec s’empresse d’un coup de cuillère expert de la rafler pour l’ingérer fissa.

Fini les humiliations quotidiennes à entendre ce même mec dire à tout le monde qu’elle se trouve énorme en rigolant alors que lui l’aime comme elle est, qu’elle le sait bien, le tout en zyeutant le corps d’une jeunette anorexique de vingt ans en maillot de bain à trois mètres de là. Jusqu’à ce qu’il croque ses doigts plutôt que sa tarte Tatin et se fasse un torticolis.

Aujourd’hui et depuis plusieurs années déjà, la dure loi de la société de consommation a cessé de laisser les hommes en paix. Elle non plus ne tolère plus leur bedaine grossissant à vue d’œil, leurs bourrelets qui n’ont rien de poignées d’amour, leur double menton qui vire au triple. Il est temps de remettre un peu d’ordre.

Quand leur femme le leur demandait, la question restait évasive, toujours reportée au lendemain ou au siècle prochain, « à quoi bon puisqu’on va tous mourir en 2012, tu ne voudrais pas que je sois tout maigrichon quand même, ma mère va croire que tu m’affames, au moins là je suis en bonne santé puis c’est mignon un peu de rondeur, t’exagères j’suis pas gros et en plus ça, c’est du muscle! »

C’est surtout moins mignon quand ces rondeurs sont sur les hanches de ta femme, abruti. Mais bienheureusement, l’équilibre a été rétabli et même les hommes doivent aujourd’hui devenir « objet de désir conforme aux critères de beauté contemporains ». Leur fric ne suffit plus à justifier leur existence, ne suffit plus à séduire le sexe opposé. Comment dans ce cas assurer la pérennité de l’espèce ?

On croirait presque la société fait une bonne action. « Être beau gosse vous permettra de trouver avec qui faire des bébés ». En se servant quand même un peu au passage… Si les femmes n’en veulent plus, de leur fric, pourquoi s’en priverait-elle ?

« Plus que le déodorant, le dentifrice et le parfum qui vous empêchent de sentir le bouc, vous avez des besoins, messieurs. Crèmes pour le visage, crèmes pour les mains moites ou sèches ou rugueuses, crèmes raffermissantes ou minceur ou « abdosculpt », shampoing anti-pellicules anti-chutes de cheveux anti-effet gras, savon hypoallergénique, gel pour les cheveux, spray de bonne haleine, mousse à raser peau fragile ou peau grasse ou peau noire, patchs anticernes, etc.

Faites-vous beaux ou vos femmes vont allez voir ailleurs. Et fini aussi les minettes de vingt ans. Au final, elles finissent toujours par retourner vers une chair fraîche et bien ferme plutôt que vers une viande flasque et paresseuse, aussi riche soit-elle. »

C’est peut-être la saison des bikinis mais aussi celle des petits shorts moulants de piscine pour les hommes et tout le monde a intérêt à être à la hauteur. Sinon…

Bon, vous pouvez toujours tenter de faire vos rebelles et exposer votre cellulite à tout va, les gros ventres qui rebondissent, les jambonneaux qui pèsent une tonne, les fesses qui jouent des castagnettes, oui c’est vrai, vous pouvez faire un pied de nez à cette société intransigeante, injuste où les circonstances atténuantes n’ont pas leur place. Oui, vous pouvez. Le ferez-vous ?

Sinon, c’est comme on disait : soit beau et tais-toi.

30 mai, 2010

Rencontre du 5ème ou 6ème type

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 17:29

 

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Quand vous entendez le mot « fourmi », cela vous évoque-t-il une petite bête à six pattes d’une longueur de trois millimètres ?

Et le mot « cafard » ? Petite bête marron rapide et discrète d’une longueur d’un centimètre et demi environ ?

C’est normal, nous aussi.

Enfin, jusqu’à ce que nous mettions les pieds en Afrique. On a parfois tendance à l’oublier – avec toutes ces villas à l’américaine, ces voitures allemandes et ces restaurants gastronomiques mais le Maroc, c’est en Afrique.

Avec tout ce que cela implique.

Notamment en matière de petites bêtes.

Un jour où nous étions en plein pour-parler avec nous-mêmes affalés sur le canapé multicolore du salon, l’air devint soudainement suffocant. Était-ce dû à la chaleur estivale avoisinant les 45°C ou à une bouffée de chaleur provoquée par une réflexion intérieure intense, toujours était-il que nous décidâmes d’ouvrir une fenêtre. Suspens.

Petite musique d’opéra en fond sonore histoire de réveiller notre désespoir et de déclencher notre crise introspective mensuelle. No coment please.

Alors que nous nous apprêtions à fondre en larmes en harmonie parfaite avec la plus haute note de La Callas, une ombre furtive attira notre regard. Une ombre qui venait de s’introduire par la fenêtre pour se faufiler dans le salon. Une ombre qui faisait un bruit bizarre. Une ombre plus rapide que la gâchette de Lucky Luke et qui maintenant se tapissait, immobile et silencieuse dans la même pièce que nous.

Notre regard avait beau chercher, il ne détectait rien d’anormal. Nous étions seuls, à n’en pas douter, là était d’ailleurs notre éternel problème ; pourtant, nous étions certains de ne plus l’être totalement. Qu’était-ce donc que cette chose, et où se cachait-elle? Et surtout, pourquoi ? Il n’était dès lors plus question de se laisser aller en public et nous décidâmes d’un commun accord avec nous-mêmes de remettre à plus tard notre petite séance d’expression émotionnelle.

Il s’agissait de garder notre sang froid. La chose avait manifestement atterri du côté euh… nord euh… non pardon sud de la pièce. Parce que si on fait la prière vers l’est soit dans cette direction-ci, logiquement l’ouest est à l’opposé et par conséquent ce mur est au sud. C’est ça. Oui c’est toujours ces moments d’urgence que le cerveau choisit pour « bugguer » et se focaliser sur des détails sans importance. Enfin si la brigade d’intervention rapide était amenée à s’introduire pour nous porter secours, il aurait bien fallu donner quelques infos utiles. Bref.

Tout ça pour dire que nous nous positionnâmes à l’opposé. Et que nous commençâmes à jeter des trucs à l’endroit susceptible d’être le point de chute de notre ennemi. Quand nous disons des trucs, cela veut aussi bien dire des coussins, que des chaussures, que des stylos, que des bouteilles en plastique. Des trucs qui nous passaient par la main.

C’est là que nous l’avons vu. Enorme chose dégoûtante. Créature sortie tout droit des enfers. Monstruosité inspirée sans aucun doute de nos pires cauchemars. Sept centimètres de long, des antennes de la même taille, une carapace marron dégueu à moitié translucide, deux ailes de fonction en prime (sûrement un gradé), l’horreur dans toute sa répugnance, vraiment à gerber.

Tétanisés devant une telle laideur, saisis de nausées violentes et incontrôlables, terrifiés à l’idée de devoir y faire face. Un électrochoc ne serait pas de trop pour nous faire reprendre nos esprits. « Un cafard, ça ? Non mais c’est une blague ? Vous avez vu l’engin ? On dirait presque une souris ! Manifestement quelqu’un a fait une bourde dans un laboratoire de transformations génétiques lors d’un essai sur des cobayes cafards. Et voilà où nous en sommes. Une prière s’impose, seul un miracle peut encore nous sauver. »

Quelques lancements d’objets plus tard, nous eûmes une illumination. Comme nous étions répugnés rien qu’à l’idée d’avoir à écraser cette chose ignoble et être condamnés par la même occasion à entendre son corps se broyer sous notre poids, nous avons eu l’idée plutôt ingénieuse de le forcer à se glisser sous le tapis pour nous permettre de le liquider sans affronter le spectacle révulsant de son corps en miette baignant dans un liquide douteux. Bien sûr, il faudrait jeter le tapis mais à choisir, cette solution était préférable à toutes les autres.

Nous vous laissons imaginer la suite.

Depuis, nous avons la phobie de ces gros cafards qui volent mais avons tout de même appris à cohabiter avec les fourmis de deux centimètres de long et avec quelques autres bestioles à la taille pharamineuse et pourtant inoffensives. Surtout avec du Baigon.

22 mai, 2010

Journée nationale de la Jupe?

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 14:12

 

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Nous aussi, nous aimerions instaurer la journée nationale (pour commencer) de la jupe. Ça devient urgent.

Parce qu’une femme en jupe, même en plein été, ça relève du défi social. Soit c’est une allumeuse, à montrer ses jambes à tout le monde et à dévoiler ses formes si librement que ça ne peut être qu’une fille de joie, soit c’est une désespérée qui tente par tous les moyens de séduire quelqu’un, clochards et arbres compris, que ça ne peut être qu’une pauvre fille.

Qui pourrait croire qu’elle a simplement chaud et préfère une robe légère à un jean ?

Qui pourrait croire qu’elle aime simplement se sentir féminine après un hiver qui l’a contrainte à porter pantalons, grosses chaussures et longs manteaux à l’image des hommes ?

Qui pourrait croire qu’elle se sent plus à l’aise qu’à l’étroit dans un pantalon ?

Qui pourrait croire qu’elle se trouve plus jolie en jupe et donc mieux dans sa peau?

Personne, apparemment. Les gens ne sont pas si naïfs, faut pas les prendre pour des cons. Rien n’est aussi simple. Y a forcément une raison freudienne à ce comportement exhibitionniste latent. Et c’est pour ça que tout le monde se sent le droit et même parfois le devoir de le lui faire remarquer. Rhabilles toi chérie, tu nous l’as fait pas. Pas à nous. Et c’est ainsi, qu’au rythme des klaxons, les réflexions fusent.

Evidemment, quand une femme se déplace accompagnée d’un représentant de la gente masculine ou à l’abri dans une voiture, l’exposition est assez minime. Quasi intouchable, on pourrait presque penser qu’en fin de compte, les gens ne sont plus si primaires que ça. Elle a droit à quelques regards, voire à des sourires édentés, désobligeant mais pas bien méchant.

Qu’elle essaie de circuler en deux roues.

 

Les piétons l’insultent parce qu’elle roule toujours trop vite pour eux – en même temps, si on les écoutait, elle ne devrait même pas conduire, avec cette position jambes écartées franchement, veut-elle ressembler à un homme ? Quelle indécence… et puis cette manie qu’elle a de rouler sur la route, on ne peut même plus traverser comme on veut !

Les autres deux roues l’insultent parce qu’elle les double et que, par principe, c’est intolérable. Alors ils la rattrapent, brûlant le peu d’essence qu’il leur reste, pour lui intimer l’ordre de ralentir. Parfois, si elle se laisse doubler à son tour, leur ego rassuré leur suggère de tenter une technique de drague. Une femme qui se laisse dominer de nos jours, faut pas la laisser passer…

Les automobilistes l’insultent parce qu’elle les dépasse par la droite ou par la gauche ou parce qu’elle se faufile entre eux ou parce qu’elle va plus vite ou parce qu’elle passe trop près de leur rétro ou parce qu’elle n’a pas sa ceinture. En fait, on ne sait pas trop pourquoi mais ils se font une joie de l’empêcher de doubler, de lui faire des queues de poisson, queues de chat, queues de cochon ; d’un coup, ils font preuve d’une imagination débordante pour saboter sa conduite. Ces femmes, elles se croient tout permis…

Les flics les arrêtent quand ils n’ont rien à faire, histoire de taper un brin de causette et peut-être repartir avec un numéro. Les chiens leur barrent la route, quelques clochards ivres aussi et parfois des mendiants en fauteuil. Reste les enfants à bicyclette qui, on ne sait pas trop comment c’est possible, se permettent des remarques de grands bien qu’ils aient encore du lait maternel au coin des lèvres.

Pensez-vous sincèrement que c’est de la paranoïa ? Mettez une jupe, montez sur un scooter et voyez ce qu’il se passe. Nous ne vous demandons pas de vous promener seule en ville. Ce serait trop dangereux. Un homme vous aborderait en moyenne tous les dix mètres et vous suivrait sur cinquante. Faites le calcul sur un trajet de cinq cents mètres. C’est bien ce que nous disions. Au moins, à moto, on peut toujours accélérer ou ralentir.

Il est grand temps de soutenir les quelques révolutionnaires qui osent sortir en jupe seule, à pied et affronter tête haute la furie de ses compatriotes moyenâgeux. Instaurons cette journée de la Jupe.

17 mai, 2010

Le gang des femmes de ménage

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 15:21

 

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Marre de passer votre temps libre à ranger votre appart, faire tourner le lave-vaisselle, faire tourner la machine à laver, passer l’aspirateur puis la serpière puis la poussière puis les vitres puis les toilettes, préparer à manger, préparer les gosses, se préparer soi-même, bref, à faire toutes ces choses que vous préfèreriez ne pas faire ? C’est vrai, quitte à bosser, autant rester au travail et être payer pour.

Ce genre de considération n’a pas lieu d’être, ici, au Maroc.

Soit on A une femme de ménage, soit on EST une femme de ménage.

 

L’équation est vite résolue. On ne s’encombre pas de toutes ces préoccupations inintéressantes. On a autre chose à faire.

Le gang des femmes actives représente l’élite du pays. Dynamiques, elles travaillent sans cesse et donc, gagnent de l’argent et donc, se paient le service d’une femme de ménage.

 

Le gang des femmes passives est en voie de disparition mais toujours bien présents. Regroupe celles qui ne travaillent pas et qui, ayant fait un bon mariage ou reçu un héritage astronomique goûtent ainsi au luxe de ne pas se salir les mains.

Le gang des femmes au foyer, sans doute le plus gros, celui de celles qui passent leur journée entre la javel, l’huile et les couches pour mériter leur pitance.

Reste celles qui n’ont ni fait un bon mariage, ni de bonnes études pour prétendre à un bon travail, ni trouver un foyer qui veuille d’elles comme épouse et mère. Il faut pourtant que celles là aussi survivent. C’est le gang des femmes de ménage.

Le genre de gang qui n’a pas conscience de son pouvoir. Imaginer si demain, il décide de faire grève. Faire quoi ? Oui, ici, ce mot reste surtout à l’état théorique, ce n’est pas vraiment le genre de la maison. Disons que la solidarité n’est pas de mise dans le monde du travail marocain : si tu n’acceptes pas les conditions, y en a 20 qui attendent derrière le sourire aux lèvres. On s’auto-sabote. C’est ça, le genre de la maison. Pas besoin de délocalisation. La main d’œuvre bon marché frappe tous les jours à la porte.

Imaginons un instant, un éclair de génie. Plus aucune femme de ménage n’acceptera de travailler en dessous d’un triple smic.

Le gang des femmes actives s’éteindra parce qu’elles ne pourront plus travailler. Non non, psychologiquement, ce n’est pas possible de faire les deux. Vous n’avez pas vu la taille des maisons ni celle des repas !

Le gang des femmes passives verra le plus haut taux de suicides que le monde n’est jamais connu. Récurer les toilettes, c’est toucher le fond du seau. Certaines préfèreront mourir.

Le gang des femmes au foyer découvriront que certaines se font payer pour ce qu’elles font gratuitement et se joindront à la grève. Le taux de divorces et de répudiations explosera !

Le gang des femmes de ménages comptera ses morts par milliers parce qu’enfin, quelle idée de faire une grève, personne n’y portera attention et elles mourront de faim.

Bref, plus de femmes de ménages et c’est la débandade. Alors, à quand les hommes de ménage ?

Classé dans : DSTKGBCIASY ou l'histoire de Choukri — cieamalhadrami @ 15:17

L’histoire de Choukri à suivre sur  http://akkada.blogspot.com/

10 mai, 2010

Episode 3: Lalla Zahra

Classé dans : DSTKGBCIASY ou l'histoire de Choukri — cieamalhadrami @ 12:43

Une odeur de brûlé envahit ses narines. Choukri suit cet effluve désagréable qui pourtant le met en appétit. Ça vient de la maison de Lalla Zahra. C’est la deuxième fois cette semaine. Et nous ne sommes que mardi. Il se dit que c’est peut-être pour ça que son mari s’est suicidé presque involontairement. Ce qui ne veut rien dire mais c’est ce que disent les gens.

On dit qu’il avait des dettes de jeu et était devenu alcoolique. On dit qu’un soir, rentrant chez lui en titubant, alors qu’il pestait avec virulence contre les esprits invisibles de la nuit, il se serait trompé d’étage. On dit qu’au lieu de s’affaler sur son lit conjugal au premier étage, il serait monté au second et se serait jeté du haut de la terrasse. Au moins, il ne pestait plus.

Ce qui est sûr, c’est que lui, Choukri, n’aurait jamais accepté que sa femme fasse brûler son repas. Mais aujourd’hui, il n’a ni femme, ni repas et un ventre qui commence à émettre des sons inquiétants.

Il s’approche donc de la porte d’entrée de la maison de Lalla Zahra. Ouverte comme le sont toutes les portes de toutes les maisons de tous les quartiers populaires. On garde le contact. Avec ses voisins, ceux qui leur rendent visite, les potins de la rue, les nouvelles nationales, les accidents, les bagarres, les marchants ambulants, les musiques de fête. On ne sait jamais. Mieux vaut être les premiers au courant que les premiers à brûler.

Choukri tend l’oreille. Bruits de vaisselle, engueulades, série mexicaine en fond sonore. Un gosse qui crie, une femme qui crie, un chat qui crie. Ambiance ordinaire dans une maison ordinaire.

« Salam alikom », lance-t-il à travers l’entrebâillement enfumé de la porte.

Un brouillard épais s’échappe par une petite, toute petite fenêtre. Une voix de femme sortie du fin fond de cet antre infernal demande :

-          Qui est là ? 

-          Une pauvre âme affamée, ma sœur. 

-          Choukri, c’est toi ? 

-          Oui Lalla.

-          Tu es toujours là quand il faut toi. Sana, donne-lui une assiette.

-          Merci Lalla. Tu es trop bonne. N’oubliez pas le chiffon s’il-vous-plaît… 

-          Mais qu’est-ce que tu crois, que ce que tu manges intéresse quelqu’un ?

-          Vous ne pouvez pas comprendre.

-          Ouais c’est ça. En tous cas, laisse Keltoum tranquille la prochaine fois qu’elle va à l’épicerie. Je l’ai entendu se plaindre à sa mère tout à l’heure.

-          Oui Lalla. »

Si on ne peut plus rigoler.

 

           

8 mai, 2010

Episode 2: Elle

Classé dans : DSTKGBCIASY ou l'histoire de Choukri — cieamalhadrami @ 17:49

Encore ! Ça fait maintenant trois fois qu’elle passe. Pour soi-disant se rendre à l’épicerie. Ouais… Menthe puis sucre et enfin farine… Qu’est-ce qu’elle mijote donc…Elle croit peut-être qu’il n’a pas vu son coup d’œil rapide vers lui, un regard en biais, un regard de coupable.

Il s’agit d’être sur ses gardes. Eh bien, ils recrutent même les filles du quartier maintenant. Savent plus quoi inventer. D’un côté, ça ne le surprend pas. Les gens sont pauvres, il suffit simplement de leur proposer un petit quelque chose et c’est réglé.

Mais lui, Choukri, du haut de sa grandeur généreuse, il leur pardonne. La vie est dure. Ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils font, les pauvres gens. Mais il est fort et il survivra. Bien que jamais, lui, l’être d’exception, n’aurait accepté de se soumettre. Jamais ! Ils le savent bien et c’est pour ça qu’ils sont après lui.

Il ne la lâche pas du regard. Elle esquisse un sourire. Il lui tire la langue. Elle esquisse une grimace. Il se met à rire. De plus en plus fort. Il ne s’arrête plus. Ses mains tiennent son ventre, il tombe à genoux. Sa bouche se déforme. Son visage se déforme. Son corps se déforme. Il se roule maintenant dans la poussière de la ruelle. Sur le trottoir, face contre terre. Sa voix s’efface peu à peu mais les secousses du fou rire persistent. A le voir ainsi, on pourrait croire qu’il se tort de douleur. Ou qu’il accouche d’un alien. Ou qu’il entre en transe. Non, il rit. De sa propre blague. Laquelle ? Bonne question. Lui seul peu comprendre. Ça rend la blague plus drôle.

La fille s’est sauvée. Elle a prit peur et c’est bien la seule. Tous les habitants du quartier connaissent bien Choukri. D’ailleurs, plus personne ne fait attention. « Eh dis donc, y a un mec qui gesticule à vos pieds et personne ne relève ? » « C’est rien, c’est Choukri, on a l’habitude, faut pas faire attention. »

Le soleil pointe au dessus de sa tête. C’est l’heure du déjeuner.

           

7 mai, 2010

Episode 1: Présentation…

Classé dans : DSTKGBCIASY ou l'histoire de Choukri — cieamalhadrami @ 18:27

Ainsi commence « DSTKGBCIASY ou l’histoire de Choukri »:

« L’homme à la carriole. Des pieds salis exprès pendant… Disons quinze secondes dans un tas de terre mouillée, un air de mec prétentieux qui se prend pour un acteur, une veste certainement déchirée à la main et au couteau. Clair qu’il est trop mou pour être un vrai travailleur, j’veux dire, un homme qui bosse avec ses mains. D’ici, on dirait presqu’elles sont toutes lisses. Des mains de bureaucrates oui ! Il est avec eux. Pfff, s’ils pensent m’avoir aussi facilement. Ils n’ont rien contre moi. D’ailleurs, c’est normal, j’ai rien fait. Enfin… Regardez-le celui-là, il arrive même pas à manier son tas de ferraille correctement. Quel con. A faire son cinéma. S’il savait que je l’ai démasqué depuis longtemps… J’suis trop fort de toute manière, c’est pas possible autrement. »

Choukri marmonnait sans cesse, adossé à son poteau favori. Son poteau favori. Presqu’un frère siamois. Dos contre dos, flan contre flan. Danse à deux sous un soleil harassant.

Quand ses jambes le démangeaient après de longues heures traversées dans l’immobilité, quand il sentait l’invasion désagréable de « fourmis » le long des muscles chauds, il se résignait à changer de position. Parfois, il résistait. Jusqu’à faillir. Il adorait ce genre de défi qu’il gagnait invariablement. Comment aurait-il pu en être autrement avec lui, être d’exception. A longueur de journée, il était un vainqueur.

Position debout, assise, sur une jambe, sur l’autre, à genou, en poirier.

Il était le meilleur, il avait de quoi être fier. Sa vie s’écoulait ainsi. De la façon la plus passionnante qu’il soit.

Si seulement ils pouvaient le laisser en paix.

Si seulement ils pouvaient cesser ce harcèlement impitoyable.

Ça durait depuis quoi, cinq ans maintenant. Cinq longues années depuis le jour où ils avaient mis en place ce dispositif de surveillance mal élaboré. Il les voyait, jour après jour, sans relâche, pas même pour les fêtes religieuses, le nouvel an ou le 1er mai.

Ils ne pouvaient pas le laisser en paix. Il le savait bien. On ne laisse pas en paix un être comme lui.

C’est pour cela que du jour où il les avait repérés, il sut que jamais plus ils ne le lâcheraient. Ainsi en était-il du destin des gens d’exception. Il s’en était d’ailleurs parfaitement accommodé.

Il avait toujours su qu’il était spécial. Il ne se rappelle plus très bien mais il a dû être un élève brillant et probablement incompris par les gens de son temps comme le sont souvent les grands génies.

Il a dû avoir une enfance solitaire, à travailler seul dans un coin de la maison qu’il avait dû aménager en atelier. Peut-être même a-t-il fait quelques expériences dans un labo improvisé, dévoré des livres scientifiques et philosophiques, inventé un tas de choses et compris le fonctionnement du monde bien avant tous les autres. Il n’a par contre pas dû avoir d’amis, si ce n’est un animal ou un arbre. Oui, ce devait être un arbre que ce poteau fait revivre à travers l’odeur de son bois.

Certainement.

6 mai, 2010

Quel beauf!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 15:02

 

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Y a les aristos qui se la jouent près du peuple tout en portant du Chanel, y a les ouvriers qui prennent des manières mais ont les ongles sales, y a les artistes qui ont tout compris sauf pourquoi on les trouve cons, y a les financiers qui peignent des tableaux affreux tous les dimanche matin, ya les nouveaux riches qui jouent au golf sans en connaître les règles, etc. Etc. Etc.

 

On dira d’eux : Quels beaufs !

 

Comme de ceux qui fréquentent les salles de sport.

Ou de ceux qui regardent la Star’Ac.

Ou de ceux qui portent des survêts serrés aux chevilles.

Ou de ceux qui postillonnent en parlant fort sous leur moustache.

Ou de ceux qui rient pour un rien et mal, en plus.

Ou de ceux qui exposent à tout va leurs exploits financiers.

Ou de ceux qui exposent à tout va leurs exploits sexuels.

Ou de ceux qui portent un appareil dentaire à 30 ans et un slip léopard.

Ou de ceux qui sifflotent en marchant l’air heureux. Ou l’air idiot.

Ou de ceux qui mettent un maillot de bain une pièce à la plage.

Ou de ceux qui ramènent leur goûter dans un gros sac plastique.

Ou de ceux qui portent en permanence un affreux bijou de famille.

 

 

Quelle est la règle ?! Quelles sont les exceptions qui la confirment ?!

Attention de ne pas vous planter ou votre réputation est faite…

Pour certains, de toute manière, pas le choix :

Quand on est prof de sport, c’est mort. On est forcément ringard. On a un sale look, des goûts de merde, aucune conversation, aucun intérêt. Le beauf par excellence. C’est comme ça. Surtout ne pas essayer d’y échapper, ce serait encore plus ridicule.

 

Quand on va à Carrefour le samedi après-midi ou le dimanche matin, c’est foutu. On devient infréquentable. On ne peut-être que stupide, un vrai mouton, un beauf quoi. Trouvez vite une excuse valable et un côté exceptionnel à la chose parce qu’il ne manquerait plus que vous aimiez ça…

 

Si en plus on est un prof de sport qui fait ses courses à Carrefour le week-end, là, même un défibrillateur ne suffirait pas à vous réintégrer dans le monde des vrais humains.

 

Ne pas jouer dans une autre catégorie.

 

Un professeur de lettres ne peut décemment pas être abonné à Voici.

Une comtesse, fréquenter la piscine municipale.

Un ouvrier, chantonner Coltrane ou citer Shakespeare.

Un sportif de haut niveau, dévorer des pots de Nutella.

Un artiste contemporain, regarder des émissions de variété.

 

 

Un peu de décence tout de même. Ne descendons pas si bas.

 


 

 

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