A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

28 avril, 2010

Qui a dit que le peuple marocain était inculte ?

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 21:28

 

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Beaucoup d’analphabètes certes, nous ne pouvons pas le nier. Mais quelle intelligence de vie ! Nous vous sentons sceptiques… Non sans blague !

 

Prenez les souks. Les touristes prennent ça sur le ton de rigolade lorsqu’ils se sont font aborder en arpentant les ruelles de la médina. « Mademoiselle, entrez entrez, plaisir des yeux, c’est presque gratuit ! » ou « hello, how are you, come on, I have what you want, I have everything ! » ou encore « buenos dias senor, adelante ! un regalo para la senorita ? » et ainsi de suite dans toutes les langues couramment parlées en Europe.

 

On pourrait croire que leur vocabulaire est limité à ces quelques mots suffisants pour entraîner le client dans leur échoppe sentant l’arnaque à plein nez. Rapidement pourtant, on s’aperçoit que les mots coulent à travers leurs dents brisées comme la lave d’un volcan islandais. Ils maîtrisent, sans aucun doute. C’est vrai qu’ils ont un accent à couper à la scie électrique mais il n’empêche qu’on les comprend. Et qu’on leur répond.

 

Alors qu’en France, après sept longues années d’études entre le collège et le lycée durant lesquelles des professeurs à moustaches et lunettes rondes s’arrachent le peu de poils qui leur reste à tenter vainement d’apprendre aux élèves endormis les langues les plus utilisées au monde, aucun bachelier ne quitte le lycée bilingue. Même le français, c’est parfois limite.

 

Pas convaincus ? Ok. Autre exemple. Avez-vous déjà constaté la rapidité avec laquelle les mecs sont capables de tout pirater ? Nous disons bien « TOUT ». Rien ne leur résiste. Le cinéma et les Dvds originaux sont trop chers ? Qu’à cela ne tienne, le film n’est même pas encore sorti en Europe que le voilà dans notre lecteur dvd prêt à clôturer notre soirée entre amis. Un problème avec un câble qu’on ne trouve que chez la maison mère, laquelle est en panne de stock pour deux semaines? No problem, tu le trouveras chez Karim, il a tout. On ne sait pas comment il fait, mais il a tout. Tu veux avoir accès à un site strictement interdit au public ? Réparer ton pc qui s’est chopé le virus du siècle ? Changer le lecteur-graveur de ton mac ? Booster ton ordi ? En fabriquer un avec des critères bien précis en prenant le meilleur de chaque marque ? Rien n’est impossible. Si tu tapes à la bonne porte, tes rêves informatiques et électroniques les fous sont exaucés. Vite fait, ni vu ni connu.

 

Alors ? Bof bof… Poursuivons. Avez-vous remarqué que les marocains qui ont de l’argent et la possibilité de faire des études sont pour la plupart des matheux ? Mais un truc de ouf ! Tous excellent en maths, tous sont à l’aise avec les chiffres, tous ont une logique à toute épreuve. Nous n’avons jamais compris pourquoi. Les seuls élèves au lycée qui choisissent la filière L ou ES voire STG sont les français vivant au Maroc. Les marocains : direct S. Pas le temps de philosopher, on a du fric à faire, nous. Pas étonnant qu’ils finissent chirurgiens, dentistes, ingénieurs en aéronautique ou PDG de la plus grande boîte du domaine qu’ils ont choisi. Personne n’échoue. Nous parlons bien sûr de ceux qui ont du fric. Les autres sont dans les souks ou traficotent les chaînes de tv numériques.

 

Certes, leur talent est souvent employé à des fins… peu nobles dirons-nous (se faire du fric est tout de même le maître mot, mais comme partout non ?) ce qui ne diminue cependant en rien le fait indiscutable que le talent existe.

 

Voilà, c’est tout ce que nous tenions à dire aujourd’hui, après avoir eu un petit déclic qui disait : M…. alors, les mecs sont trop forts.

24 avril, 2010

entre ()

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 16:25

 

Je veux bien avouer, ok, c’est vrai, d’accord d’accord, autant pour moi, je me rends. Vous avez mille fois raison. Je me confonds en un millier de plates excuses, les yeux baissés, la mine triste, une larme venant mourir sur mes lèvres tremblotantes. J’en fais trop?

Vous avez encore raison. Décidément… Veillez tout de même à ce que ça ne devienne pas une habitude.

Ainsi, je ne m’excuse pas, ce serait trop facile n’est-ce pas?, mais vous demande, vous prie, vous conjure de m’excuser. Non, je ne trouverai pas de prétextes, du moins je ne les brandirai pas, n’opposerai aucune résistance aux accusations déplaisantes quoi que justifiées que vous pourriez me faire (mais vous n’en ferez rien, hein?), je m’en remets et sans discussion à votre jugement immédiat.

J’ai fauté, je dois assumer.

Ce sont des mots qui sonnent bien je trouve. Très tendance: « j’assume ce que je pense, dit ou fait, ainsi conserverai-je du moins toute mon intégrité… ». J’adore. Où est passé le temps des cathédraaaaaaaaaaaaaaaaales?! dirait l’autre. Où est passé le temps où l’on mourrait avec honneur, où l’on balançait de grandes phrases pleines d’ardeur et de jeunesse, où la flamme de la passion emportait d’un souffle…. Je m’emballe. Pardon. Profitez-en, ce n’est pas souvent que je m’excuse. Ou plutôt, que je vous demande, prie, conjure de m’excuser.

Voyez comme je me repens. La morale religieuse a bien fait son travail. Tenez, je vous offre ce fouet. Je sais que vous en mourrez d’envie. Depuis tout ce temps, je vous sentais frustrés, impatients, quasi instable. D’ailleurs, vous devriez peut-être consulter. A force de lire ses chroniques, vous allez finir par mal tourner. Regardez-vous avec ce fouet à la main, enfin, qu’alliez-vous donc faire ?

Je suis là, à ramper à vos pieds vous demander, prier, conjurer de m’excuser et voilà que vous en profiter pour… Passons. Je vous pardonne. Il arrive qu’on s’égare, moi-même il m’est arrivé un jour, je me souviens c’était en 1989… Bref. C’est vrai, je me suis absentée mais me voilà de retour et n’est-ce pas là l’essentiel ?

Allez, serrons-nous la main et rentrez chez vous. Oui, j’en ai assez de parler. Si c’est possible ! Quelle impertinence…

 

 

 

 

11 avril, 2010

Braque, droite, vas-y tourne, encore, avance non recule, stoooop!

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 16:44

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Avez-vous remarqué ce petit bonhomme insignifiant, toujours là à trainasser sur les parkings… Regardez-le bien : c’est l’ancêtre du parcmètre. Prenez-le en photo même car bientôt, il ne sera plus. Allez, il est temps de verser sa larme sur ce vestige des petits travaux.Certains diront : surveille-t-il réellement quelque chose ? On n’a l’impression de le voir seulement au moment de partir… C’est vrai que souvent, en déposant sa voiture, on a beau scruter l’horizon : personne.

Pour la récupérer, par contre, c’est un autre scénario. À peine s’approche-t-on du parking, clé en main, que le voilà sorti de nulle part, débordant d’une énergie visiblement inhabituelle. Il s’approche en clopinant, gesticulant comme un pantin, marmonnant dans un langage incompréhensible, visiblement propre à lui. Clou du spectacle, il semble mimer les gestes d’une manœuvre douteuse qui serait semble-t-il la marche à suivre pour quitter sa place de parking. Semble-t-il.

Parfois, il arrive qu’on le prenne de court et qu’on ait même le temps de s’installer et de boucler sa ceinture. Mais qui voilà apparaissant dans notre rétroviseur, accourant de toutes ses forces vers nous, comme si sa vie en dépendait ? En grand seigneur, nous préparons 2dirhams, petite monnaie volontairement oubliée à cet effet dans un coin de portière. Et quand il arrive à hauteur et commence son Lac des Cygnes revisité, nous nous empressons d’ouvrir la fenêtre pour le payer lui évitant ainsi de poursuivre cette petite plaisanterie finalement dérangeante.

Souvent, il tente une petite blague pas drôle histoire de sympathiser ; d’autre fois, il vérifie ce qu’il y a dans sa main avant de ranger les 2 pièces dans sa poche ( ?!) ; mieux encore, il sort ses petites pièces pour rendre la monnaie, manipulation prenant de longues minutes comme s’il lui fallait une heure pour compter la différence : on aura compris qu’il espère toujours un petit mot de notre part lui offrant un petit pourboire. Il tente le coup. Il a bien raison.

Petit bonhomme souvent trop vieux pour faire autre chose ou trop peu qualifié ou les deux en même temps, contraint de porter une blouse bleue en plein cagnard histoire de crédibiliser sa présence parce que Dieu Sait qu’il y a de nombreux clochards qui s’improvisent gardien d’un jour, histoire d’amasser son argent de poche de la journée. D’ailleurs la blouse ne sert à rien, le premier mécano venu peut faire illusion. Mais quand même, c’est mieux que rien.

Le plus drôle est quand on se réveille un matin et d’un coup, notre rue habituellement délaissée est devenue le nouveau lieu de travail d’un gardien. De bonne foi, prêt à vous montrer les papiers prouvant qu’il est habilité par le syndic, la commune, le roi lui-même. Et tentant de vous convaincre par la même occasion que c’est mieux pour tout le monde d’avoir une rue surveillée moyennant une toute toute petite cotisation mensuelle… En même temps, le mec a l’air d’avoir cent ans alors nous nous demandons bien comment il pourrait faire face à une meute de jeunes voleurs armés. Mieux vaut occulter.

Malgré tout cela, le rapport avec un humain reste plus agréable que celui avec le métal d’un parcmètre, bien que certains soit tous transpirants avec une tête bizarre. Mais qu’à cela ne tienne, tous les petits boulots comme celui de gardien sont gommés peu à peu et qui sait, peut-être que nous aussi, bientôt, serons remplacés par des robots d’une intelligence supérieure (ce ne sera pas difficile en même temps…). Le seul avantage sera que l’air sera sûrement moins nauséabond. Quoi que…

4 avril, 2010

T’es quoi? noss noss…

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 20:17

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Nous nous sentions marocains en France et puis nous sommes venus nous installer au Maroc et là, révélation divine : nous sommes incontestablement français.

 

Pas la même culture, pas les mêmes références, pas le même humour, pas les mêmes sandwichs. Comme dirait Gad, plus qu’une question de culture, « c’est une question d’ambiance ».

 

Donc, en décidant de poser nos valises au bled, nous avons inconsciemment fait le pari de nous intégrer. Le mot « intégration », à la mode depuis les années 80 d’un coup, a pris tout son sens. Nous trouvions cela absurde d’avoir à nous intégrer en France alors que nous y étions nés et que nous y avions grandi, que nous y avions suivi les mêmes cours avec les mêmes profs de physique à moustache, regardé les mêmes séries débiles pour ados attardés, défoncé les mêmes pots de Nutella et vomi les mêmes épinards dégueulasses à la cantine, fait acheter à nos parents les mêmes jouets trop chers parce que c’est la mode, bref, toujours fait comme tout le monde.

 

Mais là, rien à voir. La question ne se posait même plus. Fallait apprendre la langue, découvrir les codes de comportements cachés, refaire sa garde robe, jeter sa montre, se mettre à la négociation, au karaté, à l’huile et à la conduite instinctive. Quelques années plus tard, toujours en vie, nous pensions être devenus de vrais marocains. Ou du moins, un panaché entre le français et le marocain. Noss-noss.

 

Sur ces entrefaites débarque notre ami français. Quelle joie enfin de retrouver un compatriote ! Parler de choses qui nous rapprochent, rire d’autres sans avoir à faire de traduction, aborder des sujets faisant référence à des moments de notre enfance dans l’autre continent. Nous nous sentons à nouveau français. Tout un pan de nous que nous avions momentanément mis de côté. Organisation, logique, liberté avec une touche de politiquement correct.

 

Rapidement pourtant, c’est la désillusion. De temps en temps, nous nous retournons et le voilà plié en deux, secoué par un rire sincère dont avons du mal à comprendre la cause. Entre deux larmes, il nous explique la surprise qu’il a eue en voyant telle ou telle chose improbable que nous n’avons même pas relevée. Nous ne sommes même pas surpris. Nous nous sommes habitués, nous avons accepté, nous vivons comme ça nous aussi. Il paraît même que parfois, nous prenons l’accent marocain en parlant français. Mon Dieu, c’est la fin. Devenir un bledard, il manquait plus que ça…

 

Alors nous nous tenons à carreaux durant son séjour mais quand même, tout ça n’est pas très détendant. Parce qu’en réalité, on est toujours considéré comme un étranger au Maroc, malgré tous nos efforts, un marocain contrefait made in China ; on fait illusion un temps mais on a vite fait de nous mettre en pièce. Vice-versa en France où on passe avec notre gueule toute bronzée pour l’étranger de service qui fait comme s’il ne l’avait pas remarqué.

 

Sympa. On pourrait peut-être créer un nouveau pays, genre au milieu de la Méditerranée, l’Atlantide le retour. Parce qu’on se dit que ça doit être sympa de se sentir chez soi quelque part… Puis finalement, on a fini par tirer un trait là-dessus, non pas parce que c’est impossible (tout est possible avec la carte kiwi ! vous vous rappelez ou pas ?) mais plutôt parce qu’en fin de compte, moralité à l’américaine de l’histoire, ce n’est pas plus mal de ne pas avoir un trimballer un drapeau sur le dos avec tout ce que ça implique. On prend d’ici et de là, on fait sa sauce et avec un peu de chance, on finit moins con. Avec un peu de chance.

 

Quand on pense à nos gosses, on se dit qu’on devrait les appeler « Grégory Karim ben Salim ben Bertrand », les habiller en mi-jellaba mi-jean slim, avec des baskets-babouches et leur parler dans un franrabe saupoudré d’anglais. Vaut mieux jouer sur tous les bords. Parce qu’on sait jamais. ;)

 

 

 

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