A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

25 mars, 2010

Sur la route du bled… Part 2

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 15:26

 

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La route de l’aller est toujours plus rapide, plus agréable, plus funky. On est de bonne humeur, en pleine forme, pleins d’illusions. Et c’est pour ça qu’on roule souvent trop vite. Enfin, nous disons « on » mais nous n’avons pas le permis. Oui, nous faisons un peu tout à contretemps. Peut-être que lorsqu’on aura plus la force de parler, conduirons-nous. Ceci dit, nous faisons un excellent copilote. Schtroumfs dormeurs à l’aller, casse-noisettes au retour, un délice. Le seul plaisir que nous prenons en voiture est manifestement celui d’écouter des vieux disques. Vieux disques rayés. Vieux disques français rayés.

C’est donc dans cette ambiance détendue et bonne enfant que nous nous envolons vers notre destin, pleins d’espoir et de bonheur, convaincus que le meilleur nous attend, souriants, confiants, offrant notre cœur grand ouvert à l’amour de l’instant présent, rayons de soleil caressant notre… « Ralentis !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! ». Merde. Un radar. La police. On est bon pour l’amende.

On se range sur le bas côté. Oui, oui, on peut s’arrêter sur le bas de l’autoroute ici, la traverser, se soulager derrière un arbre, tout est permis. On voit parfois même des ânes, des chiens ou des troupeaux s’y promener alors… « Bonjour ! » Sourire de circonstance, yeux de biches pour les filles, regard de complicité masculine pour les mecs, tout le monde y va pour tenter de se mettre l’agent dans la poche et s’en sortir avec un simple avertissement.

On entame la discussion, petite blague par-ci par-là, l’atmosphère semble presque amicale. Nous faisons mine de nous intéresser à ce qu’il dit, lui montrer qu’il est intelligent, qu’il a le pouvoir jusqu’à ce que ses chevilles bien gonflées et sa tête au bord de l’implosion prennent la décision de faire descendre le conducteur. Allez coco, à toi de jouer.

A travers le rétroviseur central, nous distinguons leurs silhouettes qui se détachent du paysage. L’un grand, au corps jeune et élancé – celui-là est avec nous sans aucun doute, l’autre petit à la bedaine proéminente dans une tenue beaucoup trop chaude pour la saison. Tiens, il note sur un papier un numéro. Pourvu qu’il ne lui donne pas celui des filles. C’est le genre de la maison. Puis nous reprenons la route, allez au revoir, bonne journée, bon courage !

Alors, alors, qu’est-ce qu’il t’a dit ? Nous savons qu’il ne lui a pas donné d’argent parce qu’il est tellement radin qu’il préférerait se jeter sur la route que de lui donner 1dirham. Mais si ce n’est pas une amende, qu’est-ce que c’est que ce papier ? Ah d’accord… Le mec ne perd pas le nord. Après lui avoir demandé laquelle des deux filles à l’arrière était sa copine, ils ont échangé leur numéro pour quand il viendrait à Marrakech. Pas la peine de vous faire un dessin, on a compris où il voulait en venir. Ceci dit, il s’en est bien tiré. Pas d’amende, pas de dessous de table, pas de problème qui n’ait de solution.

Mais la deuxième fois, ce n’est pas la même. Oui, parce qu’il y a toujours une deuxième fois. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Là, les mecs sont beaucoup moins coulants. Même pas coulants du tout. On a pourtant tout essayé. Entre celui qui lance que son père travaille dans la police, celle qui sort en minirobe adoucir les esprits, celui qui supplie le chef en expliquant notre retard au travail,… tout le monde y va de sa petite anecdote mais rien y fait. Après des négociations acharnées, on parvient quand même, à l’aide d’un petit billet, à reprendre route et permis. Non parce que si on s’était pris l’amende, c’était confiscation du permis aussi ! Faut déconner non plus…

Du coup, le voyage de retour se fera plus lentement, beaucoup plus lentement, beaucoup beaucoup plus lentement… D’ailleurs, quand est-ce qu’on arrive ?

21 mars, 2010

Sur la route du bled… Part 1

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 21:00

 

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On est toujours enthousiaste à l’idée de voyager. Surtout quand il s’agit de mêler travail et vacances et que les collègues sont aussi des amis. Plus ou moins. Cadre luxueux, compagnie agréable, soleil en perspective… Hmmm, ça s’annonce bien.

Nous prenons la route. Avec la vieille manie d’amener un sac de bouffe avec nous, au cas où l’apocalypse débarquerait sans prévenir, que nous en soyons les seuls survivants et que la nature ravagée ne produirait plus rien. Une habitude qui nous rappelle vaguement quelqu’un de proche à qui nous commençons à ressembler de plus en plus. Vous voyez de qui nous parlons ? Nous prenons de l’âge, sans aucun doute.

Début de l’autoroute, première aire de repos, premier arrêt. Un restaurant-cafétéria tout ce qu’il y a de plus normal. Et puis, d’un coup, sur une petite table disposée à l’entrée, un objet attire notre attention. Si, n’en doutons plus, il s’agit bien d’un livre d’or. Ça c’est drôle. C’est comme demander aux élèves d’un collège de donner leur avis sur la cantine de l’établissement. Et les commentaires sont à la hauteur. En arabe, en français ; peu importe, tout est hilarant.

A commencer par les touristes qui se prennent pour des poètes itinérants, rédigeant leur carnet de voyage sur cet espace vierge qui leur est offert, laissant parler leurs émotions sur un ton mielleux. Une réflexion aussi barbante qu’une rédaction d’élève de cinquième et pire encore, du même niveau littéraire. Un bon coup sur la tête, voilà ce qu’il leur faudrait.

Dans un autre registre, le touriste mécontent qui se plaint des toilettes à la turque qui puent, des serveurs trop lents qui s’expriment dans un français douteux et du jus d’orange pressé l’avant-veille servis avec l’annotation « frais ». La page écrite sous l’emprise de la colère dessine des phrases en zigzag avec des points d’exclamation à profusion agrémentés de points d’interrogation outragés. Limite s’ils n’ont pas dessiné un smiley tout rouge avec des cornes de diable. Le genre de clients désagréables préférant ne rien dire en face mais qui se lâchent sur un papier en pensant que le patron réagira à ces mots si choquants qu’ils ont osé écrire. Bien faits pour leur gueule, il fallait pas les chercher. Que de rebelles dans ce monde d’hypocrites…

Et puis on a le mec qui a su garder la tête haute en dégustant chaque goutte de son café et qui, en sortant, profitant de l’anonymat, laisse échapper une phrase : C’est trop cher quand même, vous vous la raconter ou quoi ? et file en douce sur sa bicyclette.

Alors bien sûr, il y a toujours les bien-élevés qui veulent faire plaisir et complimentent le service en espérant la prochaine fois bénéficier d’une petite faveur. Ceux-là signent et re-signent et en informent même les serveurs, s’assurant ainsi de ne pas tomber dans l’oubli et de récolter au passage la reconnaissance qui leur ait due.

Après avoir bien rit, nous nous apprêtons à reprendre la route. Un petit chewing-gum ? Qu’à cela ne tienne, voilà une machine qui donne contre un dirham une boule colorée bien chimique dont raffolent les enfants. En même temps, il n’y a qu’eux qui ont les dents assez solides pour croquer dedans. En ce qui nous concerne, au bout de 2minutes de mâchage intensif, nous avons la mâchoire trop fatiguée pour continuer. D’ailleurs le goût disparaît aussitôt que le colorant disparaît alors…

Mais, dis donc, la machine est cassée ou quoi?! En tournant la poignée, ce n’est pas un bonbon qui descend mais bien tous les bonbons ! On n’arrête plus de tourner, nos mains deviennent vite trop petites pour contenir notre trésor. Mais la situation est trop enthousiasmante pour s’arrêter maintenant. On se croirait au casino devant une machine à sou qui déverse tout son contenu dans nos mains frétillantes. Quand le son des boules qui tombent interpelle les serveurs, nous sentons que le moment est venu de nous éclipser en sifflotant gaiement.

Première et unique aire de repos puisque bientôt, nous quitterons l’autoroute pour nous engager sur la nationale qui mène au littoral.

Si vous êtes curieux de savoir si Jennifer acceptera la proposition de John, si Kimberley et sa mère se réconcilieront et si Andrey découvrira la véritable identité de son frère Paul, rendez-vous dans quelques jours pour le prochain épisode…

13 mars, 2010

Yes we can!

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 2:50

 

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Encore une fois, nous nous désolons de l’ignorance des gens.

Nous ne savons pas ce que vous évoque le Maroc, mais pour de nombreux européens, la caricature ridicule d’un pays sous-développé évoluant dans le sable chaud et se nourrissant de dattes fraîches tombées des palmiers reste d’actualité.

A l’image des parisiens se figurant la province comme une immense campagne où les hommes vont à la chasse pendant que les femmes gardent les moutons, des américains convaincus que le reste du monde cherche à leur ressembler en se désolant de n’être que le reste du monde, l’Europe elle aussi considère encore l’Afrique comme une terre vide et desséchée évoluant à l’époque moyenâgeuse.

Figurez-vous que certaines personnes, avant de venir au Maroc, se demandent combien de rouleaux de papier toilettes doivent-ils prendre ! Ou s’ils doivent prévoir des chaussures pour marcher dans le sable, se faire vacciner contre la peste et le choléra ou amener avec eux des pilules pour purifier l’eau ! C’est à mourir de rire ou plutôt, à mourir tout court.

Et quelle est leur surprise quand ils se retrouvent invités « chez l’habitant » selon la formule consacrée et que l’habitant en question roule, non pas à dos de mule, mais en Hummer dernier modèle, fait ses besoin non pas dans des toilettes à la turque mais dans des salles de bain en marbre et mange non pas des sauterelles avec les doigts mais des mets luxueux à profusion avec des couverts en or.

Oui les touristes s’attendent souvent à entendre parler les gens en français avec un bon accent de bledard du genre « bijour la gazille, coumment ça va joulie dame ? ». Quelle déception de s’apercevoir qu’il y a certainement plus de marocains maitrisant parfaitement la langue française que de marocains parlant l’arabe classique couramment.

Si le Maroc conserve son côté pittoresque, c’est surtout pour les touristes ; les locaux, franchement, mettent très peu les pieds dans les endroits trop caricaturaux consacrés à ces derniers.

Non, le Maroc d’aujourd’hui, le Maroc actif dirons-nous, vit bien ancré dans le XXIème siècle avec une technologie qui dépasse souvent celle de l’Europe, des compétences professionnelles incroyables et une ouverture et une qualité d’adaptation peu commune.

 

Evidemment qu’il y a des gens pauvres aussi; mais moins pauvres qu’ailleurs puisque personne ne meurt de faim ou de froid au Maroc. Ça n’existe pas. Et vous n’imaginez pas à quel point certains sont riches.

Loin dernière nous le temps où les européens avaient le dessus, le pouvoir et pompaient jusqu’à n’en plus pouvoir la générosité des gens d’ici, abusant de leur naïveté ou de leur avidité. Loin de nous le temps de la peur et de la soumission. Loin de nous le temps d’autrefois.

Aujourd’hui, nous savons ce que nous valons et il est temps que tout le monde le sache.

11 mars, 2010

Oh joie du hammam…

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 2:40

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Saveur de l’Orient, senteur enivrante, beauté, mystère, contes féériques aux couleurs merveilleuses, de quoi faire rêver le monde froid et rigide dans lequel nous vivons. Les occidentaux veulent du dépaysement, les investisseurs l’ont bien compris. Et ils en auront pour leur argent.

 

Des hammams en veux-tu en voilà poussent un peu partout.

Déclinés sous tous les thèmes.

Appelés par tous les noms.

Implantés dans tous les lieux hypes de l’univers.

Peut-être même y en a-t-il un sur la Lune.

 

Ne mourrons pas idiots, retentons l’expérience.

 

Nous disons « retenter » parce que de vagues souvenirs d’enfance nous remontent en mémoire quand le mot « hammam » vient sonner à nos oreilles. Images floues, odeurs douteuses, sentiments partagés.

 

Nous bavons comme tout le monde sur ce voyage unique que nous proposent les publicités gigantesques qui exposent des images ensorcelantes de bains turques au parfum de paradis, les images d’un univers enchanté flottant dans les vapeurs troublantes et humides d’une sensualité cachée, des images vantant sans limites les vertus d’un plaisir au goût de miel.

 

Malgré tous ces flashs qui passent et repassent devant nos yeux, étrangement,  nous préférons ne pas fantasmer. Il y a comme un petit quelque chose qui nous empêche de nous emballer. Allez savoir…

 

Pour plus d’authenticité, nous décidons en toute confiance d’aller découvrir un hammam populaire. Les traditions ancestrales valent certainement mieux que tous ces faux semblants pour touristes. Nous ne sommes pas des pigeons, tout de même.

 

Nous avons avec nous un sac de toilette, une serviette et nos affaires de rechange. Après le paiement du droit d’entrée, nous voilà aux vestiaires. Des bancs en bois suintants, un sol mouillé glissant, des carcasses de seaux gisants. Une grosse femme nue assise, immobile. Le ton est donné.

 

Nous nous déshabillons, un peu gênée de n’être finalement pas si enveloppée que ça. Il faudra penser à arrêter ce régime. Trousse de toilette en main, nous nous apprêtons à entrer dans l’antre de Lucifer. Une dame en maillot de bain une pièce s’approche et nous tend deux seaux vides. Ça se passe comme ça chez MacFatna.

 

Lorsque nous accédons à la première salle, …………………………………… .

Pardon, nous nous sommes évanouies. La chaleur se fait, comment dire, sentir. Des femmes sont assises ici et là sur de petits tapis en plastique, un peu comme de grands sets de table ou sur de petits tabourets pour enfant lilliputien. Et nous ? On s’assoit où ? Dommage…

 

Y a la queue au robinet. Un d’eau chaude, l’autre d’eau froide. Tout le monde à poil. Sympa. Bonne ambiance. Timidement, nous prenons la suite de la file d’attente. Genre, on est à l’aise. Pas de problème, c’est le genre de truc super commun d’être aligné en file indienne complètement dévêtu.

 

Nos seaux sont enfin pleins mais comment les téléporter des robinets à notre place ? Et sans glisser… Dieu sait que l’eau sur du carrelage, ça ne pardonne pas. Nous vous laissons imaginer la scène à votre guise : nous, nues, en train de tirer, pousser, porter, hisser à tour de rôle les deux grosses masses, le tout dans des positions aussi incongrues qu’indécentes certainement mais à cette heure, la pudeur a quitté les lieux, seul compte l’aboutissement de notre mission de transport. Grimaces, petits cris, chutes, crampes, la totale. Quand on arrive enfin, la tête nous tourne.

 

Alors que nous commençons tranquillement notre toilette bien méritée, une autre grosse bonne femme en maillot de bain noir arrive et nous réclame notre gant. « comme celui là ? » Apparemment non, la voilà qui s’en va. Bon. La voilà qui revient. Aïe. Un gant à la main mais un gant bizarre, du genre qui t’arrache la peau, un peu comme si on avait pris l’éponge du mauvais côté. Et la voilà qui, sans même nous poser la question, commence à nous frotter le corps. Et tout y passe. Nous nous apprêtions à hurler quand nous avons aperçu une enfant subir le même sort en silence. Un peu de dignité tout de même.

 

Le pire est quand nous avons vu ces rouleaux de crasse sortir de notre peau. Nous avons demandé à ce qu’elle frotte encore plus fort. Hors de question que ceci reste là. Pendant cette torture masochiste mais cependant nécessaire (apparemment), nous en avons profité pour jeter un coup d’œil sur notre voisinage. Le sol, jonché de mousse et de cheveux de toutes les couleurs, conduisait vers d’autres pièces. Encore plus chaudes. Non merci sans façon.

 

Les femmes se lavaient entre elles, lavaient leurs enfants et ceux des voisins, parlaient fort et dégageaient des odeurs d’épices mélangées à la sueur (hmmm sympa), faisaient leurs ablutions et démêlaient des chevelures épaisses colorées au henné.

 

Pas de douceur, ni de délicatesse, pas de parfum d’encens ou de pétales de roses, pas de corps sensuels et couverts d’huile d’argan. Que du cru. Réalité des corps, véracité des gestes, aucune hypocrisie, aucune pudeur, aucun artifice. Des femmes sans bijoux, sans parures, sans coiffure, sans maquillage, sans foulard. Des femmes sans vêtements sur mesure, lunettes de star, torchon de cuisinière. Des femmes sans classe sociale, sans prétention, fausse modestie. Des femmes qui en lavant leur corps, se lavent aussi l’esprit des mauvaises pensées, mauvaises nouvelles, de tous les parasites inutiles et encombrants qui obstruent la clarté de leur regard. Des femmes au naturel, sans poésie, sans projecteur, sans parfum.

 

Des femmes, tout simplement.

 

 

 

 

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