A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

  • Accueil
  • > Archives pour février 2010

27 février, 2010

Le coeur sur la main

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 4:47

jamaaelfna.jpg

Les beaux jours sont de retour. Du revers de la main nous balayons l’hiver qui n’a pas été si hivernal que ça.

Rien comparé à l’année dernière où la pluie incessante semblait s’être trompée de continent. Eh oh ! C’est l’Afrique ici ! Il est censé faire beau chaque instant de chaque jour de l’année ! ou presque…

Rien comparé à l’année dernière où le froid glacial s’immisçait entre nous et nous-mêmes, nous forçant à engloutir tout ce qui nous tombait sous la main. Ou plutôt dans la bouche.

Non, cette année a été une partie de rigolade. Alors que la neige recouvrait l’Europe, les EU et peut-être aussi une bonne partie de l’Asie, nous savourions un été indien qui est venu se fondre avec la douceur du printemps. Hmmm… Et aujourd’hui, fin février, nous prenons un bain de soleil.

Manteaux au placard, place aux affaires d’été. Malgré le travail pressant, les rdv à prendre, le million de papiers à écrire, à poster, à classer, la caresse du soleil sur la peau fragile de notre cou est une invitation impossible à refuser. C’est comme ça que tout Marrakech se retrouve un vendredi après-midi sur la place Jamaa El Fna.

On y prend une glace à l’italienne à 2dirhams, un verre de jus d’orange frais à 3dirhams, quelques pépites à grignoter pour 1dirham et on arpente, un sourire béat scotché aux lèvres les pavés irréguliers de la vieille ville. Sur un fond d’éclats de voix et de rires abandonnés, la joie simple d’être là s’élève. Contagieuse au plus haut point, il suffit de la respirer pour qu’elle s’installe aussi sûrement qu’une carie.

Une place colorée de monde, comme si la présence d’âmes qui déambulent redonnait à cette carte postale en noir et blanc une seconde vie. Tout le monde est là, fidèle à la mémoire collective, aux livres d’histoire, aux guides touristiques. C’est pour ça qu’on l’aime, cette place. Malgré toutes les tribulations de nos vies quotidiennes, le temps, le progrès, le nombre de touristes, les guerres et les crises, malgré le moral à zéro et les mauvaises nouvelles, malgré tout, elle continue d’être elle-même. On aura beau changer le goudron fondu par une chaleur harassante par de beaux pavés tous roses, transformer les carrioles à jus d’orange en carrosses de Cendrillon, agrandir les souks, augmenter les prix, accueillir de plus en plus d’étrangers, elle continuera d’être elle-même.

Voyez cet attroupement. Que se passe-t-il ? Autour de quoi ces gens se réunissent-ils ? Autour de qui ? Nous sommes curieux de savoir ce qui peut attirer tout ce monde… Et de fil en aiguille, de curieux en curieux, une trentaine de personnes se retrouvent à former un cercle de spectateurs en attente d’un spectacle qui tarde à venir. Nous nous faufilons à travers les corps entassés à la recherche du centre de la terre. Un homme debout parle haut et fort, interpelle, réclame, propose, parle, parle, parle pour laisser le temps aux impatients d’ouvrir leur porte-monnaie.

Soudain, sans prévenir, l’appel du bendir. Aussi prenant que la basse projetée plein pot par un baffle grésillant, le rythme qu’on croirait sorti de nos propres entrailles s’envole au-dessus des esprits étourdis. Les corps balancent, des mains commencent à battre la mesure, les sourires s’affichent. Et puis, un vieil homme se lève, et d’une voix fluette qui recouvre à peine le son des banjos et percussions confondus, entame un chant berbère populaire. Les paroles sont sur toutes les lèvres ou presque, un rassemblement comme celui d’une famille réunie pour une fête ; intime, agréable, précieux.

On prend le temps de s’arrêter et d’écouter. Mieux : on prend le temps d’apprécier. Un octogénaire avec une voix pareille, ça ne se trouve pas à tous les coins de rue. La chanson touche à sa fin, on donne ce qu’on peut ou on ne donne pas, peu importe, Dieu apporte à chacun son pain quotidien, l’essentiel est de donner de temps en temps et de surtout savoir aussi donner de son temps, car le temps c’est …

Quelle générosité… Celui qui sait donner de son temps est forcément généreux, ne croyez-vous pas ? Il donnera donc facilement de l’argent parce qu’entre nous, c’est quand même ce qu’il y a de plus facile à donner. L’argent. Plus facile qu’une journée de son temps, qu’un rein, du sang, sa femme, son chien, un sourire, une oreille attentive, de l’amour.

21 février, 2010

Bienvenu dans le monde merveilleux de Derb Ghalef

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 21:49

derbghalef.jpg

On pourrait croire qu’il s’agisse d’un bidonville. A première vue.

Mais le trop grand nombre d’allers et venues sème rapidement le doute. On plisse les yeux, notre regard s’affine et on finit par distinguer de petits établis sur le trottoir, présentoirs où s’étalent des marchandises douteuses. D’autres, à même le sol. Carcasses de téléphones, boulons, baskets usagées, jouets cassés, ampoules cramées, slips à rayures, chewing-gums prémâchés…

Tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi. Mais le genre de trucs dont on a parfois besoin et qu’on trouve seulement ici.

Nous sommes maintenant tout près, assez près pour distinguer clairement de petites allées, voies sans issues vers un monde sans lumière. Une, deux, perpendiculaires, parallèles ; des silhouettes pressées se font happer par ce gouffre s’étendant sur plusieurs centaines de mètres.

Le sol gondole, devient boueux les jours de pluie, poussiéreux sous un soleil de plomb. Des toits en tôle, supports en bois, rideaux en fer, bâches en plastique. Frénésie des corps qui circulent dans une effervescence comparable à celle du premier jour de soldes aux Galeries Lafayette. Nous nous engageons, curieux, légèrement effrayés, émerveillés, stupéfaits.

Et derrière les apparences d’un quartier délabré se dresse ici le plus grand marché au noir du pays. Tout s’achète, tout se vend. Quelque soit l’origine, la taille, la qualité, l’état, la marque, la provenance, la quantité, la nature de l’objet. Waouh… Impressionnant. Un véritable labyrinthe aux passages étroits et cahoteux, caverne d’Ali Baba moderne et sombre, sans magie, sans éclats, juste des centaines de stands mitoyens révélant tous les mystères de technologie aux yeux écarquillés des passants.

Téléphones portables venus de toute la planète, neufs, d’occas, tombés du camion, échangés, rachetés ; CDs vierges à l’unité ou empaquetés, CDs de logiciels et de jeux, DVD des derniers films à l’affiche et de tous ceux d’avant aussi et de tous ceux qui ne sont pas encore sortis; matériel informatique comprenant ordinateur, disque dur, clés USB, chargeurs, pièces de toutes sortes ; caméra, appareils photos, cassettes vidéo…

Mais ce n’est pas tout : livres, matériel automobile, vêtements, chaussures, lunettes, électroménager, jouets, meubles, prises, matériel de cuisine, déco, …

Tout. On y trouve tout. Pas neuf, certes, mais tout quand même. Et pour combler cette extraordinaire invention humaine, tout s’y répare aussi ! Vous l’aviez rêvé, ils l’ont fait ! Pensez maintenant à tous ces objets que vous pensiez hors service ou que vous aviez jetés faute d’avoir trouvé la pièce manquante. Eh oui, si vous aviez su… Qu’à cela ne tienne, maintenant, vous savez !

Tous ceux qui viennent se perdre dans cet antre sont à la recherche de la solution miracle qui rendra l’impossible possible. Et personne ne repart déçu ! Même quand on vient pour une chose précise, on finit toujours par repartir avec une autre. Heureusement qu’on ne se balade pas en caddie ! Tout. On y trouve tout.

Bienvenu dans le monde merveilleux de Derb Ghalef, l’endroit de tous les possibles…

16 février, 2010

Zzzzzzzzzzzz…

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 3:22

 

lerevedenuit.jpg

On court, on a des vies bien remplies, presque pas assez de temps pour faire tout ce qu’on a à faire. Pourtant, nous nous réservons des périodes de vide. Peut-être que nous ne partons pas systématiquement en vacances mais ces instants de néant, nous prenons le temps de les vivre.

Nuits. Des nuits que l’on traverse sans que rien ne se passe, des heures entières où le monde continue de tourner pendant que nos esprits s’évaporent dans les méandres d’un autre univers.

Nous nous retirons pour quelques heures, nous lâchons prise, totalement, sans réussir à ne garder aucun souvenir de ces longues heures d’inertie. Cela ne semble déranger personne.

De couper brutalement les ponts avec la réalité puis de la réintégrer tout aussi brutalement. Un bond en avant, un saut dans le temps. Nos paupières se ferment et quand elles se rouvrent, les choses ont changé, ont grandi, ont évolué. La terre a continué de tourner sans nous, nous aurions tout aussi bien pu ne pas nous réveiller, d’ailleurs, un jour, nous ne nous réveillerons pas.

Les nuits n’ont pourtant pas toutes le même goût. Faisons abstraction bien entendu de celles où nous sommes restés éveillés, à nous mouvoir frénétiquement sur une piste faite pour ça, en compagnie de gens là pour ça, sur une musique créée pour ça.

Voyons plutôt ces nuits agitées par d’autres aventures ; alors que nous dormons – car nous finissons toujours malgré les nuits d’insomnie par nous endormir, nous sommes traversés, furtivement, par toutes sortes d’émotions, de sensations, quasi imperceptibles. Elles nous envahissent, envoyées par un émissaire que nous connaissons bien : bibi. Une façon de communiquer avec nous, de nous révéler un peu plus à nous-mêmes.

Ce qui est étonnant, c’est que ces vagues qui nous submergent ne durent apparemment que quelques dixièmes de secondes ou quelque chose comme ça. Alors que de l’intérieur, ce que nous vivons n’a rien de similaire. C’est… Waouh ! On a le temps d’être mort de rire, d’avoir peur, de courir, de souffrir. Vraiment, c’est épatant. Combien de fois nous sommes nous réveillés en pleurs, émus par des évènements irréels, créés de toute pièce par nous-mêmes !

Nous aimons rêver. Nous aimerions rêver toutes les nuits. Le problème est que ça ne se contrôle pas. Il nous est pourtant parfois arrivé de reprendre un rêve là où nous l’avions arrêté la veille mais avouons-le, c’est un évènement aussi rare que la préparation d’un repas par nos soins. C’est pour dire. Et puis, les rêves sont parfois éreintants, éprouvants, troublants. Bien qu’ils soient éphémères et qu’au réveil il n’en subsiste que quelques bribes, ils nous trottent dans la tête souvent toute la journée. En faire toutes les nuits serait à la longue plus fatigant qu’un triathlon. Les choses sont bien faites.

Ce qui nous étonne le plus, c’est notre capacité à imaginer des choses totalement surréalistes, absurdes et qui pourtant prennent tout leur sens alors que nous les vivons en dormant. Ce n’est qu’au réveil que le vague souvenir qui les entoure nous les montre distordus et incohérents. Mais franchement, quelle originalité ! Nous sommes étonnés des scénarios que nous sommes capables d’inventer. Des scénar à l’américaine. Films d’action, thriller, horreur, drame, sensualité, amour, comédie, science-fiction, dessin animé, tragédie et tout ça réunit dans une seule et même histoire rocambolesque.

L’envie de le raconter à tout le monde mais dès que la réflexion l’approche de trop près, le rêve s’évapore. Il ne souffre pas les mots. C’est toujours tellement fort à vivre et tellement débile une fois raconté ! Vaut mieux le garder pour soi. En plus de nous éviter une honte monumentale, le secret permet de garder le rêve intact. Toujours aussi splendide. Un moment d’intimité avec nous-mêmes. Le pied.

A force de parler de ça, nous avons sommeil. Zzzzzzzzz…………..

 

 

 

 

9 février, 2010

Une femme, un homme, clonage?!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 2:31

couple.jpg

Nous voyons toutes ces femmes qui s’agitent, réclamant leur droit, l’égalité, la justice, etc. Et nous nous sentons obligés, contraints, de nous poser la question de notre positionnement. Le sujet est délicat.

D’un côté les « féministes » divisées en plusieurs clans, sans leader pour rassembler leurs idées. Ça se tire dans les pattes, à qui sera la plus moche, à qui sera la plus virile, à qui sera la plus culottée. Du coup, leurs voix finissent par ne former qu’un agaçant brouhaha. Accompagné de quelques ultrasons. Pas très réjouissant. Ça nous rappelle un peu le PS.

De l’autre, des personnes qui ont mal aux oreilles. Des hommes qui se complaisent dans leur position de dominant, se plaignant que les dominés se rebellent ; des femmes qui n’ont aucune envie d’endosser les chaussures crasseuses de leur mari, bien au chaud dans le confort ménager que ce dernier leur a conçu ; d’autres hommes qui n’ont pas assez de couilles pour se battre pour les garder.

Et au milieu de toute cette merde : nous. Pour l’égalité, pour la différence.

Nous avons entendu parler d’utérus pour les hommes. Est-ce une bonne chose, on n’en sait rien mais ce qui est sûr, ce qu’ils seront moins bandants une fois équipés d’une matrice ! Mais cette nouvelle situation à laquelle nos gosses seront inévitablement confrontés (et dire que nos parents se plaignaient qu’on leur réclame un scooter ! Qu’est-ce qu’on dira, nous, quand ils viendront nous réclamer un utérus ?!!!) nous force à réfléchir. Est-on pour le mélange des sexes ? Que les hommes se féminisent, que les femmes se virilisent, que les peuples s’unifient et ne forment qu’un immense magma d’êtres identiques ? Certes non.

Effacer les différences entre les sexes, c’est un peu comme effacer les différences entre les cultures. Je te prends ça, tu me prends ça, on se ressemble et plus aucune originalité, plus aucune richesse, on fait fis du passé pour créer un monde de clones. Plus d’accent, plus de couleur de peau, plus de langues, plus de traditions, plus rien. Homogénéité pure. Hitler, sors de ce corps !

Au contraire. Nous pensons qu’il est primordial de cultiver nos différences. Découvrir, comprendre, apprécier la culture de l’autre, la considérer comme égale à la sienne bien que distincte, peut-être s’en imprégner, s’en inspirer mais en aucun cas la dénaturer. C’est ainsi que sera conserver la richesse de chaque peuple, de chaque civilisation. La nôtre a la prétention de se croire éternelle et meilleure. Elle finira pourtant par être balayer comme les autres, d’un grand coup de karcher !

Il doit en être ainsi de l’homme et de la femme. Nous sommes différents, il n’y a là-dessus aucun doute. Le problème naît des caractéristiques attribuées à chacun et surtout, de leur place dans l’échelle des valeurs ! A commencer par l’éternelle faiblesse de la femme face à l’incommensurable force de l’homme…

Donc, rétablir l’égalité oui, même si nous sommes différents, surtout si nous sommes différents ! Et que le fait de cultiver ces différences ne nous empêche pas de bénéficier des mêmes droits et des mêmes libertés, des mêmes ouvertures. Sur ces propos d’une démocratie à toute épreuve, à ciao bonsoir !

8 février, 2010

Allô? tu m’entends? Allô! P….. de connexion de M….!

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 15:32

 

pigeondodo.gif

N’est-ce pas merveilleux que de pouvoir communiquer avec les gens qu’on aime malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent ?

Allons, laissons-nous aller à un peu de mièvrerie sentimentale et savourons ce quart d’heure américain qui ouvre la porte à nos larmes d’amour et de bonheur simple et sincère. Laissons-nous fondre au contact d’une voix familière et aimante, d’une présence lointaine et pourtant si proche qui emplit nos cœurs de chaleur tendre.

Et remercions pour ces instants d’euphorie passagère les génies de technologie qui ont permis à ce rêve de devenir une réalité quotidienne. Car grâce à leur cerveau en ébullition, aujourd’hui, nous pouvons partager nos moments de joie avec ceux que nous aimons malgré les océans et les montagnes, les nuages et les vents forts, les mers et les pluies abondantes, les déserts et les monts enneigés.

A condition bien sûr qu’ils aient un ordinateur, une ligne internet, un web Cam et un micro. Car nous ne parlons pas du téléphone. Beaucoup trop cher si on veut appeler le Mexique. Non, la vraie révolution, c’est de pouvoir se voir et discuter en direct. Et gratuitement.

Qu’à cela ne tienne, nous nous équipons nous aussi. C’est l’occasion ou jamais de rentabiliser cette invention puisque nous avons élu domicile loin de tous ceux que nous connaissions et avec lesquels, malgré tout, nous désirons rester en contact.

Le seul élément que nous n’avions pas pris en compte, que nous avions malheureusement négligé, est que nous nous sommes installés dans un pays roi du piratage informatique mais clochard en matière de connexion internet. Dommage ! Et nous voilà comme des cons devant notre ordinateur à essayer vainement d’établir un semblant de discussion via le fameux MSN. Et ce putain de message d’erreur qui n’arrête pas de s’afficher à chaque fois qu’on le clique sur « démarrer une conversation vidéo ».

Mais nous persévérons – bien que notre réflexe premier fut de défoncer l’insolent modem à coup de hache, intimement convaincus qu’une faveur divine nous sera accordée car notre cause est juste, nous voulons parler à nos parents…

« Allô, allô ! Tu m’entends ? Allô ? Tu m’entends ou pas ? Ça coupe… Allô ? Ouais, j’t’entends pas très bien, ça n’arrête pas de couper ! Allô ! Oui ! Toi tu m’entends ?! »

Après 10minutes de ce langage de sourds, nous décidons de passer sur Skype. Rebelote :

« Allô ? Ouais, c’est mieux ou pas ? Oh là là, cette fois, ya un bon décalage ! Allô ? Ouais… Ah tu m’entends, c’est déjà ça ! Ça va ? Ouais ça va… Non mais c’est vraiment gênant ce décalage ! Ça y est, ça recommence à couper ! J’comprends pas c’que tu dis ! Oh là là… Non mais la connexion est trop mauvaise ici. Je dis : LA CONNEXION EST MAUVAISE ! »

Et de reprendre l’écriture instantanée parce que finalement, c’est mieux que rien. Oh Joie Incommensurable d’évoluer dans un pays en voie de développement ! Oh satisfaction éternelle de vivre loin de tout artifice, au cœur de l’artisanat et de l’âge de pierre ! On finira tout de même par se téléphoner parce que malgré le prix, c’est une des rares choses qui fonctionne quasi correctement. Le téléphone et les pigeons voyageurs. Mais pour les urgences, on repassera.

 

5 février, 2010

L’avion tombe? ah ok…

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 15:42

 

unavionlp3uimedia.jpg

Nous cherchions un sujet pour notre prochain billet, désespéré depuis 5jours de n’avoir pas eu le temps de nous pencher sur la question. Et le voilà qui nous tombe directement du ciel. Nous montons dans l’appareil. Nous voyageons en low cost, évidemment, histoire de voyager souvent.

Beaucoup de monde sur ce vol. Trop de monde. Les gens s’entassent à l’avant de l’appareil et nous nous glissons avec un sentiment de supériorité vers l’arrière encore vide, nous installons près du hublot en priant que personne ne vienne se coller à nous. Le livre que nous avions entamé deux jours plus tôt s’offre à nos yeux pressés de décrocher avec la réalité. Nous plongeons dans l’histoire, occultons totalement ce qui se passe alentour.

Quand nous reprenons pied avec le monde réel, deux ados piaillent à nos côtés. Des filles, évidemment. L’une grande, bien apprêtée, les cheveux longs, détachés, raides, la frange en travers de son visage de poupée russe. Finalement pas très jolie mais l’assurance se sentir irrésistible la rend presque potable. Son balai dans le cul en moins. Elle est la voyageuse n°1. L’autre, la bonne copine qui sert de faire valoir, petite, rondelette, les cheveux ramassés en queue de cheval, vêtue d’une mini-jupe qui laisse apparaître deux gros jambonneaux. Soit. Elle est la voyageuse n°2.

A peine ont-elles jeté leur dévolu sur les deux places adjacentes à la mienne qu’elles entament un numéro de claquettes des plus pathétiques.

1 : « Oh non, c’est pas possible, regarde, j’ai les genoux qui touchent ! Ya pas de place, comment on va faire, j’commence à me snetir mal, on est trop serré…

2 : Dis toi que 3h de vol, c’est vite passé

1 : En plus, ya trop de monde, je sens que je vais étouffée si ça continue, allez asseyez-vous tous !

2 : C’est vrai qu’il y a du monde…

1 : Ne penses même pas mettre quelque chose dans le coffre là-haut, ya plus de place non plus, on va devoir garder nos manteaux sur nos genoux ! Mais qu’est-ce qu’il est petit cet avion ! Il a l’air en mauvais état, j’espère qu’il ne va pas y avoir de problème…

2 : Oui, ce serait dommage de mourir aujourd’hui !

1 : On n’a même pas pris de chewing-gum !

2 : On a des bonbons, c’est pareil…

1 : Franchement, j’ai jamais vu ça. En plus, si tu veux aller aux toilettes, tu dois passer devant tout le monde ! C’est un avion pour les pauvres en fait… Qu’est-ce que tu regardes ? Ah le magazine de l’avion…

2 : C’est un peu cher, quand même !

1 : 5euros la bière ! 2euros la bouteille d’eau ! Oh ben vaut mieux prendre une bière alors… C’est la première fois que je dois payer pour manger dans l’avion !

2 : Ya des trucs moins chers que d’autres quand même

1 : J’espère au moins que le vol va bien se passer. J’ai pas trop confiance.

2 : Moi, j’ai pas peur de l’avion. On n’est pas loin des issues de secours de toute manière.

1 : Ouais… »

Nous avons failli intervenir pour leur demander si elles comptaient déblatérer comme ça pendant 3heures parce que nous avions oublié notre lecteur mp3 et que nous étions déjà au niveau max de notre seuil de tolérance de conneries à la minute. Heureusement, l’hôtesse a fini par annoncer le décollage et la n°1 qui commençait a faire une crise d’angoisse s’est mis la tête entre les jambes alors que la n°2 s’empiffrait de bonbons et nous ne les avons plus entendues.

Quelques minutes après le décollage tout en secousse, une chose inattendue se produit. L’avion tombe. 5secondes qui nous parurent une éternité. Ce ne sont pas des perturbations comme il arrive parfois qu’elles surviennent. Non, l’avion a chuté, carrément, à la verticale. Et nous, nous nous sommes accrochés au hublot. C’est absurde parce qu’il tombait aussi mais nous n’avions aucune autre prise. La n°2 a planté ses griffes dans notre bras pendant que la n°1 criait. Nous avons juste eu le temps de faire une petite prière et l’avion s’est à nouveau stabilisé. Nous attendions que les masques à oxygène tombent mais rien. Les hôtesses encore assises nous ont demandé de rester attachés et nous n’avons eu droit à aucun commentaire d’aucune sorte de la part du pilote.

Pour notre part, nous étions persuadés que l’avion allait faire demi-tour, nous n’étions pas très de l’aéroport de départ et il paraissait clair que l’avion devait avoir un problème technique. Mais non, nous avons continué comme si de rien n’était le voyage, une tension permanente recouvrant chaque passager. Les deux connes d’à côté nous avait à l’évidence porté la poisse.

La seule chose qui nous ait traversé l’esprit alors que nous pensions mourir, c’est le regret de ne pas avoir accompli tous nos devoirs religieux. Car la mort en elle-même ne nous effraie pas. C’est plutôt tout ce qui nous attend après qui nous soulève le cœur. Et puis une pensée pour notre famille proche et la peine que l’annonce brutale de notre mort provoquerait. Le tout entre deux prières. Un sang froid à toute épreuve. Comme quoi, l’être humain peut avoir des réactions surprenantes quand la fin se fait sentir.

 

g-huis-g8 |
astrologievoyance |
1S4, Lycéee La Bruyère Vers... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | réflexion en partage
| Chômeuse de Luxe
| REFLEXIONS