A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

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31 octobre, 2009

Voulez-vous danser avec nous, ce soir?

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 17:29

4017390513480999e15bm.jpgEn nous réveillant ce matin, nous nous sommes demandés si la soirée de la veille avait été bien réelle ou était-ce encore un mauvais tour du petit comique du moment : notre inconscient. Errant dans le brouillard d’un réveil difficile, nous apercevons notre raison se frayant un chemin vers la lumière du jour. Au bout de quelques secondes, tous nos sens retrouvés. Analyse rapide de la situation. Certains signes ne trompent pas : odeur de tabac froid, mal de tête, fringues jetées à même le sol : la sortie d’hier soir a bel et bien eu lieu. Remémoration :

 La première partie de soirée se déroule dans un endroit chic de la ville.

 Un lieu où les people se montrent de temps en temps et que ceux qui veulent le devenir fréquentent régulièrement. Déco épurée, petit jardin, banquettes conviviales et confortables, lumière discrète ; juste ce qu’il faut où il faut. Une tenue chic et branchée est bien sûr exigée pour l’occasion, coiffure, chaussure, ceinture, parure.

Les gens se pavanent en dégustant des petits amuse-gueules aux couleurs du monde. Ils sont correctement assis, jambes croisées, pas de coudes sur les tables, ni de dos bossu. Ils savent se tenir et respecter le protocole définissant la place de chacun selon son intimité avec le maître des lieux, l’ampleur de son compte en banque, le prestige de son statut professionnel. Ils rient aux blagues, se risquent à en raconter une, demandent des nouvelles des absents – histoire d’extorquer quelques ragots mondains et d’en faire circuler – évoquent des anecdotes communes ou personnelles. Une vraie soirée de petits bourgeois inintéressants mais qui tentent malgré tout de le devenir.

 Heureusement, la musique est là et nous en profitons pour nous éclipser convenablement et rejoindre la piste de danse. Le son monte et les mélodies nous entraînent. Nos premiers pas sont tranquilles, il s’agit de commencer en douceur car nous savons très bien comment tout cela va finir. Nous laissons le rythme venir à nous. Nous laissons notre corps l’apprivoiser. Toutes ces lèvres qui s’agitent autour de nous, nous évoquent des poissons hors de l’eau. Notre regard se voile ; nous effaçons ce décor inutile. Il n’y a plus que la musique et nous.

 Une femme complètement bourrée n’arrête pas de souler tout le monde. Elle se colle, nous raconte sa vie, elle est chanteuse et actrice et cultive apparemment une jalousie maladive envers les françaises présentes à la soirée. Elle commence à insulter tout le monde en nous prenant à parti alors que nous essayons de fuir. Elle s’accroche à tout ce qui passe, danse en bousculant tout le monde, parle à 5cms du visage. Intolérable. Elle finit par demander à l’un de nos amis pourquoi personne ne veut lui parler et détournent le regard quand elle s’approche. Il y en a même qui la poussent. Petit coup de coude discret dans les côtes. Passons.

 La soirée commence à entrer dans la nuit, les gens se sont chauffés, ont refroidi et se dirigent lentement vers la sortie. Le DJ lance son dernier set et l’heure est à la discussion. Que fait-on maintenant. Les avis sont partagés entre ceux qui veulent poursuivre en boîte et ceux qui veulent finir au café. Tous s’accordent pour ne pas rentrer. C’est déjà ça.

Le choix se porte finalement sur un mix entre les deux. Une petite boîte où l’on peut boire un coup. L’avantage est que la piste de danse sera à nous. Les gens ne vont pas là-bas pour danser.

 Cette fois pas de jardin. On descend au deuxième sous-sol pour découvrir un endroit sombre dont l’unique source de lumière est celle d’un stroboscope. Le DJ n’a apparemment pas eu vent de la circulaire expliquant que l’utilisation de cet appareil doit être limitée à quelques minutes en continu sous peine d’un décollement de la rétine ou d’une crise d’épilepsie. Si nous avions su, nous aurions pris nos lunettes de soleil. Nous prenons une table. Sur la piste, deux hommes. Dans la salle, des couples en train de s’embrasser. Enfin des couples… Les femmes sont soit des jeunes filles pré pubères, soit des vieilles peaux. Les premières découvrent les effets de leur corps sur la gente masculine, les deuxièmes désespèrent d’être abordées par un homme. Il y a une troisième catégorie. Les femmes de trente ans qui rentabilisent leur soirée. Toutes en minijupes. Tombées dans leur palette de maquillage. Les tenues ne sont pas vraiment du même goût que celles de la soirée précédente.

Ceci dit, les clients se sont tous apprêtés, princes de pacotilles, filles de carnaval. On ne distingue plus très bien le vrai du faux. Ils se sont vraiment donnés du mal pour être là, ainsi parés. Se dévisagent, se testent, se tentent. On vient seul, avec qui repartira-t-on ?

 Nous discutons tant bien que mal de tout, de rien, on s’en fout, cela n’a pas d’importance. D’un coup d’œil complice, nous mettons à terre un par un ces clowns endimanchés modérément tristes, leurs parures de toc ramassées au souk dans la matinée, les minirobes en vinyle de « Barbie fait le trottoir », les bottes pointues à mille et une sangles imitation « fée carabosse » ; cheveux blonds, rouges, noirs et autres coloris dont l’appellation n’a pas encore été inventée, sur peaux brunes blanchies par des produits aux pots sans étiquettes. Comble de nos cauchemars vestimentaires les plus fous.

Le succès d’un tel lieu s’explique simplement par des statistiques probantes ; plus efficace qu’une boîte ordinaire, qu’un site de rencontre ou qu’un café de rendez-vous 7 minutes/7 personnes.

 La fumée remplit les poumons, l’alcool désinhibe les corps, les voix se cassent, les peaux se frôlent, se touchent, transpirent le parfum acide d’hormones en ébullition. La musique agresse les tympans. Si seulement c’était le seul problème. Nous cherchons à apercevoir le DJ. Il est probablement sénile vu le genre de musique qu’il ose passer. Non, il a simplement mauvais goût.

 Une jeune femme se trémousse seule face à la salle, essayant d’attiser les portefeuilles ambulants qui l’observent en bavant. Deux hommes se cherchent, s’abordent, se trouvent. Un garçon fait danser toutes les filles dans l’espoir de repartir avec l’une d’elles. Un homme de 50ans se frotte contre un cul de 20ans qui s’agite en rythme. La routine dans ce genre de lieu.

 Nous nous laissons porter par la mauvaise musique. La house a ça de génial qu’elle est en même temps répétitive et diversifiée. Une boucle tourne sans cesse ; une palette de petits sons venant l’agrémenter.

La fatigue nous gagne. Nos yeux se ferment par la violence de l’éclairage. Les basses saturent et nous sentons nos organes vibrés. Emportés, nous ne contrôlons plus nos corps qui se meuvent dans un espace d’une autre dimension. Nous sommes ailleurs. Nous dansons.

 Plus tard, beaucoup plus tard, la musique cesse. La lumière du stroboscope a fait place à un éclairage de néons. Il ne reste plus grand monde. Les banquettes vidées, les bouteilles aussi, chacun repart avec son trophée d’une nuit. Jusqu’au lendemain.

 Nous ne regrettons pas d’être venus. Il faut avoir vu ça une fois dans sa vie. Une fois. Ça suffit amplement.

30 octobre, 2009

Don Juan à la marocaine

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 23:07

paysageurbainthumb2793386.jpgUn grand restaurant. La nuit profonde et glaciale. Des effluves de nourriture sur un fond de tabac.

 Il entre. Accompagné de une, deux trois,… huit femmes. Perchées sur des talons incertains, elles se meuvent sans élégance à travers les premières tables. Elles sont nombreuses et pourtant transparentes. Seul leur nombre surprend. Lui. Il a cette attitude qui ne trompe pas, une démarche sûre et posée, un regard franc, la tenue modeste d’un grand couturier. Tous les yeux sont sur lui. Qui peut bien être cet homme pour attirer autant de femmes ? A combien s’élève donc sa fortune ?! Calmement, le petit groupe s’installe à la table qui lui est réservée au centre de la pièce principale et l’air de rien, le sourire aux lèvres, jette un coup d’œil habitué à la carte des cocktails.

 C’est certainement un moment ordinaire dans la vie de cet homme « ordinaire ». Mais dans l’esprit de tous et ce, durant toute la soirée, subsistera un doute, une interrogation qui les démange : il peut sans aucun doute les inviter toutes à dîner le même soir – aussi gloutonnes soient-elles, surtout lorsque le repas est offert et dans un lieu si chic de surcroît, elles auraient tort de se priver ; il peut également aller danser à tour de rôle avec chacune d’elles bien que la perspective d’être ridiculisé en public ( vous avez certainement déjà vu à l’œuvre une de ces cocottes vulgaires et peu gracieuses en train de « danser ») devrait le retenir quelque peu ; il peut même les raccompagner à leur domicile respectif dès qu’elles en manifesteront le désir ; mais sera-t-il capable de les satisfaire toutes ou était-ce simplement pour la frime?

 La parade du paon est un évènement rare et apprécié, et si vous avez la chance d’y assister, il est fort probable qu’elle restera gravée en vous à jamais. Mais cette parade là a quelque chose de pathétique. Il est finalement triste de ne se sentir exister que par l’ostentation de ses biens. Comme si l’autosatisfaction passait nécessairement par la reconnaissance de l’autre. La vie ne serait-elle qu’un défi permanent des Hommes entre eux, un concours de l’excès ? Serait-on dans un jeu télévisé où l’on ne vivrait que pour amasser le plus de biens possible et dont l’unique but serait de détenir le pouvoir absolu ?

 Malgré le progrès technologique, l’avancée de la science, la recherche anthropologique et les milliers de psychothérapies, en serait-on toujours à vouloir simplement être les maîtres du monde ?

28 octobre, 2009

Suite… »Hommage aux disparus…la chapelle ardente »

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 14:03

Je pensais avoir affronté le pire et c’est alors qu’on nous annonce qu’une chapelle ardente aura lieu d’ici quelques jours. Je ne sais alors pas ce que cela signifie vraiment. J’aurais préféré ne pas avoir été informé. C’est atroce. En l’honneur des disparus, vont être réunis, une dernière fois, les cercueils des enfants retrouvés, victimes innocentes de la malveillance d’autrui. Tout le monde sera présent, les proches, les compatissants, les soutiens de toutes sortes. Nous nous devons d’y aller. Nous n’avons toujours pas revu Mme D. depuis l’annonce de la tragédie pour lui présenter nos condoléances.

J’avoue appréhender quelque peu. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire… tout ce que l’on dit dans ces moments là est d’une banalité déconcertante. N’avons-nous pas de cœur pour distribuer, dans ces heures dépourvues d’artifice, des formules toutes faites, dictées par la bienséance ? Il s’agit de la mort, aux chiottes le superflu. De toute manière, jamais les mots que je trouverai ne seront à la hauteur de ma compassion. Dire que je comprends sa douleur serait insultant car il est évident que je ne suis pas en mesure de partager une telle détresse. Personnelle est la brûlure infligée par la perte d’un enfant. Quand je vois l’ampleur que prend la mienne, je m’interroge quant à celle que peut ressentir Mme D. Est-il possible d’endurer un tel supplice sans y succomber ? J’hésite à me rendre à cette chapelle ardente. N’est-ce pas indécent de notre part de nous y montrer ? Cela nous concerne-t-il vraiment ? Je cherche désespérément une légitimité à la peine qui s’est emparée de mon être. Je crois surtout que j’ai un peu peur de me retrouver nez à nez avec le cercueil de M. Mais Mr C. compte sur nous, Mme D. aussi certainement, je pense que ça lui fera plaisir de nous voir. Tous.

J’ai l’impression de tenir une place un peu spéciale dans cette histoire, une sorte de rôle en marge de la grande scène. Est-ce dû à la connivence toute particulière que j’entretiens avec Mme D. depuis toujours. Je ne sais pas. J’ai l’impression qu’il a toujours fait partie de ma vie, un pont entre elle et moi, mon porte-bonheur, mon petit ange. Je me rappelle être allée une fois le chercher à l’école avec une amie, sa mère étant dans l’impossibilité de le récupérer avait accepté que nous nous en occupions jusqu’à son retour. Ce petit être et moi avions quelque chose en commun et encore maintenant, au moment même où la vie s’est échappée de lui, je ressens toujours ce lien, intact, intouchable. Je culpabilise. Je ne sais pas pourquoi, je me sens coupable de sa mort prématurée alors que je n’ai aucune implication directe ou indirecte dans le déroulement de ce drame. J’ai la sensation de ne pas en avoir pris assez soin. Je regrette aussi peut-être de ne pas lui avoir montré mon attachement plus intensément. Son visage, son sourire, son pain au chocolat, ses petits baisers, à jamais dans mon cœur. Et c’est le cœur gros de ces souvenirs que je me rends avec mes amies à la cérémonie.

Il y a un monde incroyable. Elle se déroule juste derrière le conservatoire. A l’extérieur, des petits algeco mis en place par la croix rouge ? Procurent de l’eau, du sucre et des mouchoirs à ceux qui sont trop bouleversés.
Nous arrivons à peine à l’entrée que tout me remonte à la gorge. D’un coup, j’éclate en sanglot. Je m’accroche autant que faire ce peut au bras de mon amie, elle aussi en larmes. Une vraie fontaine, je ne peux pas m’en empêcher. Toutes ces larmes que j’avais retenues les jours auparavant, toute cette tristesse explose maintenant au contact de celle des autres. Comme si elles se reconnaissaient. Mon corps n’est plus capable de la contenir. C’est trop. Je me répands tout en restant debout et nous continuons d’avancer au sein de cet antre du malheur. Il y a tant de monde… je ne distingue pas très bien le sens de la circulation, les gens stagnent, pleurent, vont et viennent, désorientés, désarçonnés.

Soudain, sur la droite, assise sur une chaise, je la vois ; mes pas m’ont conduite directement à elle. Seule au milieu de cette foule. Au début, je ne discerne pas bien son visage. Puis, elle se tourne vers nous sans nous apercevoir et c’est le choc. Je ne la reconnais pas. Je voudrais me sauver, c’est trop éprouvant, je n’y arriverai jamais. J’essaie de me reprendre. Pour elle. Nous nous reprenons toutes. Nous sommes venues la soutenir. Nous devons être fortes.

Je ne sais plus si j’y vais la première en tout cas, je n’oublierai jamais cet instant où elle a levé les yeux sur moi. Des yeux vidés comme si l’eau des trois océans s’y était déversée. Des sillons ont creusé son visage ravagé par le déchirement. Elle n’a plus la force de pleurer. Plus rien ne semble vouloir sortir d’elle. Elle a été étripée, son cœur piétiné, sa chair saignée. Il ne reste que la désolation causée par un trop gros chagrin. C’est une femme brisée qui tend les mains vers moi, son regard vitreux semble cacher une âme perdue. Elle n’est plus de ce monde, elle est en enfer. Pour l’éternité. Ses traits semblent me dire « ah tu es là, tu as vu ce qu’ils ont fait, regarde, tout ce malheur, toute cette tristesse, regarde ma blessure, je ne pourrai jamais la guérir, je suis morte avec lui, regarde ce qu’ils m’ont fait ». Le temps n’est pas aux remerciements, le temps n’est pas aux convenances. Je voudrais pouvoir dire quelque chose mais les mots ne viennent pas. Je suis terrifiée par tant de souffrance, indignée par ce que je vois. Je voudrais lui dire que je l’aime, que je suis là, que je vois ce qu’elle me montre mais rien ne sort. Elle me dit, droit dans les yeux, « il est parti, Amal, il est parti …». Je n’ai rien à répondre. Je pleurs. C’est ma seule réponse. Comment se montrer insensible devant cette souffrance abominable. Ce que nous vivons est indescriptible. C’est pour ça que je pleurs. Je lui montre mon humanité. Il faut pleurer ces enfants. Ne pas prendre sur soi. Pleurer de tout son soûl. Parce qu’ils méritent bien ça, ils méritent qu’on les pleure.

Et puis je me relève et laisse les autres l’embrasser de même. Nous la laissons parce que les gens l’accaparent maintenant et que ce baiser, que je lui ai donné de mes joues mouillées sur les siennes devenues sèches, en dit plus long que tous les mots inutiles que l’on prodigue dans ce genre de situation. Mais alors que l’on se dirige vers la sortie, une vision nous prend aux tripes. Mon Dieu. Sept cercueils, posés là devant nous. Sept cercueils d’enfants. Minuscules. Ça ne devrait pas exister, des cercueils si petits. Les prénoms apposés respectivement sur les couvercles rabattus. À la vue de ce spectacle cauchemardesque, c’est la panique. J’imagine le corps de M. couché là, seul, sûrement abîmé par la noyade, un corps qui ne sourit plus. Lui n’est plus là, je préfère le savoir dans un endroit plus idyllique que ce rassemblement d’êtres meurtris. Mais le choc est trop violent et je m’écroule. Je ne sais pas qui me rattrape, je sais juste qu’on me sort de là, toujours attachée à mon amie. Je crois que nous crions. Ce sont des litres de larmes qui sortent de nos yeux endoloris, nous titubons jusqu’à ce qu’on nous conduise dans un algeco. C’est seulement après quelques minutes que nous parvenons à calmer les secousses qui agitent nos poitrines. Des gens sont là, qui nous parlent calmement. Je n’arrête pas de répéter que c’est horrible, mon Dieu mais c’est horrible, il est parti, elle a raison, il est parti, il était si jeune mon Dieu, si gentil, pourquoi lui, mon Dieu pourquoi …

La fatigue s’installe peu à peu en moi et je finis par boire le verre d’eau qu’on me tend. Nous devons en boire un autre et être parfaitement calmée avant qu’ils acceptent de nous laisser partir. Je ne veux pas me calmer. Comme rester sereine après ce que je viens de vivre. Je fais un effort tout de même pour sortir de là et rentrer enfin chez moi, pleurer ce qu’il me reste de liquide dans le corps. Laissez-moi.

Puis, comme sur chaque chose de ce monde, le temps coule et nettoie les blessures qui restent ouvertes mais ne saignent plus. La vie reprend son cours et nous les nôtres. Mme D. finit par revenir et nous apprenons à vivre avec le souvenir de M.

27 octobre, 2009

« Atenssian, si parti! » ou les fautes de messieurs les stagiaires!

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 0:52

simpsons061.jpgAprès un mois de formation dans la cuisine d’un restaurant reconnu à Marrakech, voilà les réponses de nos stagiaires au questionnaire d’examen. Attention, il faut avoir la mâchoire bien accrochée…

C’est parti!

1/Citez 5 sortes d’herbes puis 5 sortes de salade:

- teint ou thein (thym), l’estragant ou l’estragond, l’airbe, cibolette

- salade sesare, salade mélange, cappaccio de boeuf, salade américaine, …

2/Citez les éléments qui composent la sauce de la salade césar:

  – les enchois, la creme frêche (?), ognons, estragant ou estragond, …

En mixer tous (à savoir: on mixe le tout)

3/Les éléments et la préparation de la sauce vinaigrette:

- motarde,  une oeufe entier, huile de table,…

4/Quelle est la méthode de préparation du fond de volaille?

- les chutes de volaille dans une marmite (?), le mire poids (?), en mouve les chutes et mouillement (?), en passer au chinois (?)

5/ Ingrédients et préparation de la blanquette de poulet:

- poulet poeler par (vinaigre blasamique), poireaux ciseler, mouillement par fond de volaille, crême frêche, marche par une assiette creuse (?)

6/ Définitions:

- ciseler: méthode de hacher les ognions

- griller: en pose un aliment dans un grillas comme (la brochette d’agneau et boeuf mariné), cuire les aliments en contact du feu

- fumé de poisson: un liquide a paser des pertes des tête de poisson

- écumer: en mettre dans un écumoire le décher de liquide, relever la couche des fonds

- ail: est une épice très important dans la ciusine (marocainne), un aliment

- saumon: UN ANIMAL DE MERE CONSOME (c’est mon préféré!)

- marmite: une matériel de la ciusine

 Si vous n’avez rien compris, c’est que tout va bien. Si au contraire, tout vous paraît limpide, consulter au plus vite un médecin.

A vous, stagiaires:

Bravo! Nous avons l’honneur de vous offrir un aller simple (non pas pour l’Afghanistan) mais pour le désert marocain car il est vraiment impensable de vous garder parmi nous et parmi la population marocaine que vous risqueriez de tuer, ainsi qu’un Bescherelle plus que nécessaire, indispensable.

Alors, je ne vous dis pas à bientôt, à bonne entendeur, salut!

 

26 octobre, 2009

Dur dur d’être danseur…

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 15:47

nu01nuhnoiretblanc600x407.jpgEcole de danse publique. Distribution d’un règlement intérieur. Tout y est strictement défini. Ce qui nous étonne le plus est l’émission chaque trimestre d’un bulletin. Un bulletin scolaire. Avec notes et appréciations. Coup de matraque. Bing !

 

Alors si nous comprenons bien, nous sommes dans une usine à danseurs où l’on attend des employés un rendement minimum, évalué tous les trois mois d’après des critères… Ah oui, c’est dur à quantifier, l’art. Juger l’assiduité, la ponctualité, la technique physique, ok. N’y a-t-il que cela qui importe ? que fait-on des qualités artistiques, du talent créatif, de tout ce qui touche à l’indicible et encore plus, à l’émotion… . Car enfin, l’art est subjectif, non ? Comptent-ils juger cela aussi ? Ou bien désirent-ils faire de nous des artistes formatés par l’état, défendant un art conventionnel et déterminé par d’autres, des artistes sans curiosité ni parti-pris, juste capables de lever la gambette à l’oreille et d’obéir sans rechigner.

 

Ils veulent nous rendre compétitifs, que l’on ne cherche plus qu’à dépasser le voisin. Etre le plus spectaculaire, le plus performant. Il y aurait donc une perfection accessible dans l’art que nous devons atteindre. Nous qui pensions bêtement que le rôle d’une institution comme celle-là était de développer nos prédispositions, nous apprendre à dépasser nos limites, nous accompagner dans la recherche chorégraphique, nous donner des clés pour l’interprétation, l’improvisation, un accès aux archives et aux professionnels, nous transmettre l’expérience des anciens, nous introduire dans le milieu, nous initier. Un travail au cas par cas, chacun dans sa direction, selon ce qu’il est, ce qu’il porte en lui.

Au lieu de cela, elle nous conditionne à devenir des machines infaillibles, prêtes à exécuter le désir du premier chorégraphe venu et subventionné. Soyons réaliste, il n’y a qu’eux sur le marché qui puissent nous offrir un emploi. Des compagnies qui roulent sur l’or parce que l’état a décidé que leur travail valait mieux que celui d’un autre. Des compagnies pour la plupart inintéressantes, surtout du point de vue du danseur qui ne rencontre que très rarement le chorégraphe. Ce dernier, star internationale du show-biz contemporain, délègue un assistant qui lui même choisit un second assistant qui éventuellement daigne transmettre un échantillon déformé du travail chorégraphique initial.

 

Oh bien sûr, on a toujours le choix d’aller bosser dans une petite compagnie, elles sont si nombreuses. Là, c’est autre chose. Une véritable rencontre humaine, la naissance d’une complicité artistique. Immersion dans le travail d’interprétation, de création, d’improvisation, de composition ; vous êtes amenés à utiliser ce que vous êtes pour faire émerger une émotion. Une expérience bouleversante artistiquement. Peut-être parce que l’on a le ventre creux. Ça doit influer sur les sensations. C’est un fait : financièrement parlement, il n’y a rien à dire. C’est la famine ou l’Abbé Pierre. Si on a de la chance.

Parce que la plupart des petites compagnies prônent la rébellion culturelle et ne jurent que par la nudité, la défécation live, tout ce qui choque est bon à présenter. Ils se prennent pour des anars bien que d’autres aient déjà fait tout cela bien avant eux et beaucoup mieux. Mais c’est tout ce qu’ils ont trouvé pour montrer leur non-adhésion à tout. Antitout. Eux, c’est vraiment le must. Pas de tunes, pas de fringues, pas de tournée, pas de public, pas d’amis.

 

Voilà. Faut pas se tromper de camp.

 

25 octobre, 2009

C’est ça, le Père Lachaise

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 18:35

perelachaise005.jpgIl se tient debout, immobile, la tête légèrement inclinée sur le côté gauche. Son corps ne fait pas face. Assez près pour lire les mots incrustés dans la pierre, assez loin pour ne pas investir l’espace du mort. Ses yeux fixent la tombe. De l’extérieur, rien ne paraît pas mais on peut sentir la révolution interne que cette image provoque en lui. Il est ici ; il est ailleurs.

 A première vue, nous sommes incapables de déterminer son origine. Une peau mate, une chevelure brune, un nez prononcé.

 De longues minutes s’écoulent. Il ne bouge pas. Sa respiration régulière s’accorde au rythme du cimetière. Il est calme et serein. Nostalgie. Voilà ce qu’on arrive à lire à travers les traits de son visage. Nous ne connaissons pas la personne qui repose ici. Elle semble avoir de l’importance pour lui. Un peu comme le symbole d’une vie passée. Il ne peut pas la quitter du regard.

 Une voix douce, mélodieuse, une voix d’homme se glisse dans le souffle de l’air. Elle flotte au gré du vent tiédi par la lumière matinale. Un chant poignant, aux sonorités inconnues nous emmène sur les traces d’un pays en guerre. Il l’a fuit pour survivre. Il lui manque. Sa poésie est une fenêtre sur cet autre monde qui est le sien. Trente ans d’exil et un cœur déchiré qui le conduit chaque semaine devant la tombe de cet écrivain disparu. Il porte le deuil de sa terre, de sa langue, de sa culture. Il n’oublie pas. Il ne veut pas oublier. Il chante les poèmes d’une vie effacée par ses choix, effacée par la violence des armes et des esprits. Il chante son âme qui s’éteint et bientôt rejoindra la poussière du temps.

 Un sac plastique à la main. Sa transparence laisse apparaître la carcasse de bouteilles d’eau, certaines pleines, d’autres vides. Elle marche. De temps en temps s’arrête près d’une tombe. Apollinaire. Le poète a ses fans. Elle aime son œuvre, touchée par ses mots au plus profond d’elle, il est de son devoir de prendre soin de lui. Elle lit à voix haute les vers du défunt apposés sur la tombe. Elle les connaît par cœur. « Que c’est beau », dit-elle. Elle retire une bouteille d’eau du sac et la vide dans la terre assoiffée, nourrissant ainsi la rangée colorée de fleurs en bouton.

Elle continue son chemin. Se retrouve devant Sadegh Hedayat, l’écrivain  iranien. L’homme qui chantait n’est plus là. Elle passe sa main sur le marbre froid et conte son histoire, fait son éloge en quelques mots bien choisis. Puis, rituel dominical, elle arrose les fleurs qui ornent sa tombe.

Elle respecte ses artistes et leurs œuvres. Elle veut les remercier. De l’eau et du temps. C’est tout ce qu’elle a à leur offrir. Et c’est déjà beaucoup.

 

C’est ça, le Père Lachaise. On le traverse, d’allées en allées. On marche en côtoyant les plus grands esprits de notre temps. Ou plutôt, ce qu’il en reste. On pense à eux, on pense à nous. Leur absence souligne la fatalité de notre existence et renforce notre sentiment de solitude. Un grain de pessimisme nous envahit. Déclin de l’humanité. Puis le fait qu’ils aient existé et les œuvres qu’ils ont légué au monde nous prouve la force de l’être humain et nous redonne le courage d’affronter le froid de l’existence et l’envie d’y remettre une touche de soleil. C’est ça, le Père Lachaise.

24 octobre, 2009

Hommage aux disparus…

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 22:52

4024807957f33dc1983am.jpgLorsque le drame survient, je suis en état de choc.

Comment ? Pourquoi ? Je ne comprends pas. C’est trop horrible. Mon Dieu, qu’avez-Vous fait ? Ma gorge se serre, ma vue se trouble, mes jambes refusent de me soutenir davantage. Je ne sais plus où je me trouve. Mais de quoi parle-t-on. Non. Arrêtez de prononcer ces mots. Ils me donnent la nausée ainsi assemblés. Suis-je victime d’un mirage auditif ? Redites-les moi, ces mots, que je m’en imprègne, que je les assimile. Il y a comme un blocage à l’entrée de mon cerveau. Ce genre d’atrocité n’y a pas sa place. Et pourtant ils sont là, devant moi. Ils n’ont pas l’intention de partir. Je me les repasse en boucle pour me prouver qu’ils existent bien « le fils de Mme D. a trouvé la mort ce matin » nous dit Mr C. Une promenade scolaire au bord du Drac, sans prévenir, le barrage qui libère ses eaux, les voilà qui dévalent, en quelques secondes, les enfants emportés.

 

Nous sommes là, bouche bée devant cet homme que nous connaissons bien et qui pourtant aujourd’hui nous paraît différent. Il parle et nous n’entendons plus rien. La première information a avalé toutes les autres. Son visage porte les marques récentes d’une douleur insoutenable. Les yeux rougis par la colère et la tristesse, il fait face. Des larmes coulent sur nos joues, des larmes que nous voudrions retenir nous aussi, rester forts, assez pour être en mesure de soutenir Mme D. mais c’est trop dur. Des images défilent sous nos regards vides, le souvenir de ce petit garçon de tout juste sept ans qui venait régulièrement assister à nos cours. M. Nous l’adorions. Ses petites joues rondes, son sourire intarissable, sa façon de savourer son pain au chocolat, assis sur un tabouret, près du pianiste. Il était beau, gentil, notre rayon de soleil. Sa disparition soudaine, brutale, d’une violence indigeste, nous condamne désormais à la pluie.

 

Mr C. continue son monologue d’un ton monotone, quasi mécanique, comme s’il l’avait répété une centaine de fois auparavant, et déclare que la vie doit continuer. Il nous demande ensuite d’une voix fébrile de prendre nos places à la barre pour le début du cours. Je vis sans doute le moment le plus horrible de mon existence, le genre de scène que pourraient affronter les personnages d’une tragédie de Racine. Jamais je n’aurais pensé ressentir un tel désarroi. J’exécute les exercices, tous les exercices, les joues humides, l’eau salée ruisselante venant mourir sur mes lèvres, dans ma bouche, sur le sol en bois usé. Mon corps, lui, a enclenché le mécanisme. Un réflexe. Tous ces mouvements faits et refaits un millier de fois, s’exécutent sans que ma conscience n’y prenne part. Je travaille mes muscles, je transpire, je fais des efforts surhumains. Je voudrais me déchirer toute entière, m’écarteler, me fendre de toute part. Exorciser le mal. M’infliger une douleur physique si intense qu’elle m’arracherait bien plus que des larmes, saignerait cette plaie qui me torture de l’intérieur, infection, cancer en phase terminale. Je pense à lui, je pense à elle.

 

Mon regard s’attarde parfois sur le visage d’un de mes camarades. Décomposé. Je ne vois que des visages de survivants ou plutôt, de condamnés à mort. Toutes les étincelles se sont éteintes. L’air est devenu froid et lugubre. Respirations saccadées. Les poitrines se gonflent et se dégonflent bruyamment pour tenter de raisonner les cœurs qui s’emballent. Une révolution a lieu dans nos entrailles, si éprouvante qu’elle prend aux tripes, bouleverse tout équilibre psychologique. Une confusion personnelle que l’on sait pourtant partagée par d’autres. Nous la vivons chacun pour soi, profondément. Nous la sentons dans nos veines qui circule, dans l’oxygène que nous respirons. Elle n’est pas à nous. Tous l’ont accueilli en leur sein pour ensuite la partager. Savoir que chacun traverse le même enfer ne le rend pas plus supportable mais enfin, souffrir à plusieurs permet au moins de se sentir compris et soutenu, pour comprendre et soutenir à notre tour.

 

Une certaine unité se dégage soudain de la salle de danse. L’individualité n’existe plus. Tous réunis face à la même horreur. Une violence qui nous dépasse et nous conduit instinctivement à tisser des liens invisibles pour faire bloc, l’empêcher de nous attirer vers son néant. Seuls, nous nous sentons désarmés. Devant la difficulté d’accepter cette fatalité insensée, la solidarité s’impose d’elle-même. Nous prenons soudain conscience de notre impuissance devant les aléas du Destin. De notre fragilité.

 

Le cours de danse prend fin tant bien que mal et nous nous quittons en silence, secoués par ce manteau gris recouvrant nos cœurs troublés.

23 octobre, 2009

Qui a dit que les esprits n’existaient pas?

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 2:19

visagebouchenoirblanc.jpgRécit d’une histoire vraie:

« Mon appartement est, comment dire, un lieu glauque et sinistre. Y rentrer chaque soir me glace le sang. Je ne sais pas trop pourquoi. J’essaie de le rendre cosy mais franchement, il me fait penser à l’antre de Jack l’Eventreur. Angoissant de neutralité. L’endroit rêvé pour pratiquer une autopsie. Apparemment, j’ai le mal du pays. J’ai pourtant mis quelques touches perso de décoration mais c’est vrai que ça reste assez dépouillé, dans le genre. Et ça se voit que ce n’est pas volontaire. Je veux dire qu’on voit bien que je n’ai rien. Et le temps n’arrange pas les choses contrairement à ce que j’espérais. Tout ça pour dire que je ne me sens pas à l’aise chez moi.

Un soir enfin, révélation. Une expérience inoubliable, incroyable, invraisemblable ? En tous cas, pas vraiment dans le registre d’Eurodisney. J’aurais même préféré ne jamais la vivre. Mais comment croire à toutes les superstitions nationales, sans ça ?

Je suis fatiguée. La journée à été dure. Elles le sont toutes. Éprouvantes aussi bien physiquement que moralement. Après avoir brièvement diné, je me couche enfin. Mon matelas à même le sol m’offre une vue dégagée sur la pièce à peine éclairée. Je lis quelques lignes d’un livre quelconque et mes yeux donnent l’alerte du sommeil qui me gagne. Je dépose le bouquin sur le sol, éteins la petite lampe posée derrière moi et savoure un repos bien mérité. J’aime ce moment de calme où je somnole à demi. La pensée fait place au flou et à la douceur des rêves. Mon corps s’est naturellement installé sur le dos. L’obscurité n’est pas totale. Un rayon de lumière s’infiltre par la fenêtre sans rideaux. Je sens mes muscles qui se détendent, mes traits se relâchent. Je suis prête à partir. Soudain, ma nuque se tend, mes poils se hérissent, mon cœur se soulève. Je sens une présence près de moi. Je me force à ouvrir les yeux redoutant ce qu’ils pourraient voir. Au bord du lit, au niveau de ma poitrine, se dresse une ombre noire, terrifiante. Silhouette sans visage drapée d’ombre et de vide. Je veux crier. Je ne peux pas. Mon corps est figé, paralysé, je ne contrôle plus rien. Mes membres ne réagissent pas, je lutte pourtant de toutes mes forces pendant de longues secondes où je tente de me lever, de bouger, de hurler. Mais un poids énorme et invisible me plaque toute entière contre le lit. Il ne me reste que la pensée. Et cette chose qui m’observe, silencieuse et imposante. Elle ne bouge pas. On dirait qu’elle rassemble toute ses forces pour empêcher tout mouvement, toute action de ma part. Mon Dieu. Qu’est-ce que c’est que ça. Je ne pense pas à la mort. Je ne pense pas à la souffrance. Je ne pense qu’à lutter et mon meilleur allié dans cette guerre psychologique ne peut-être que Dieu. Instinctivement, je récite des versets du Coran, en boucle dans ma tête, comme le ferait un prêtre tentant d’exorciser le diable. Je regarde cette ombre et je récite. Contre elle. Je me sens forte. Je n’ai pas peur. Et puis, plus rien.

L’ombre a disparu. Je retrouve ma chambre, toujours aussi  vide, toujours aussi froide, toujours aussi peu éclairée. Mon corps d’un coup se soulève. Je suis assise. J’ai transpiré. J’ai froid. J’allume la lumière. J’observe la pièce qui me semble soudainement différente. Je ne sais pas vraiment ce qu’il vient de se passer. Je ne veux pas savoir. Je veux seulement que le jour se lève. Mais la nuit vient de recouvrir la ville, il me faudra être patiente. Je reste assise et récite inlassablement des versets du Coran, lumière allumée. Jusqu’au petit jour. C’est seulement là, touchée par cette lueur rassurante que je peux enfin glisser dans le sommeil. Allongée sur le côté droit. »

22 octobre, 2009

Art, Artistes, Armez!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 14:48

1xzl5bf6.jpgOn nous demande de présenter quelque chose. Partant de l’idée répandue qu’étant casés dans la catégorie artiste, nous avons forcément quelque chose à dire. D’un coup, nous qui n’attendions que ça, que l’on nous donne la parole, nous rendons compte de l’inutilité de cette démarche. Nous n’avons pas la prétention d’avoir un esprit plus intéressant que d’autres, ce que nous avons à dire n’est pas plus important ; d’ailleurs nous n’avons rien à dire.

 Certes nous avons une opinion, sur beaucoup de choses d’ailleurs. Mais vaut-elle la peine d’être partagée avec tant d’inconnus ? Avec le temps, nous nous sommes recroquevillés ; tout le monde est profondément égocentrique et nous, plus que d’autres. Aura-t-on véritablement un impact ?

 Les gens viennent se divertir, les autres se plaisent à brasser du vent. Quelle place nous reste-t-il ?

 Nous ne nous considérons pas comme chorégraphe, ni comme artiste, encore moins comme danseur. Nous n’avons jamais voulu être interprète, nous ne nous sommes jamais dit « alors maintenant, devenons un artiste ». Nous dansons parce que lorsque les mots ne viennent plus, le mouvement apparait. La sensation, là, profondément, nous envahit, nous transporte et nous adorons ça. Il y a des moments où nous avons besoin de ça.

 Nous aimons les mots, le geste, l’expression, l’émotion. Nous ne sommes pas pour la création d’une émotion à un moment donné. Nous la voulons au moment où elle doit être, lorsqu’elle le décide et non lorsque nous le décidons.

 Alors que faire. Etre une 1/2h sur scène, tout ces gens qui nous regardent, qui attendent de voir quelque chose, qui attendent de nous voir les tripes à l’air pendant qu’ils assistent installés confortablement dans leur siège une boite de pop-corn en main.

 Nous ne sommes pas pour cet art. Prendre la parole, donner une opinion, pourquoi pas. Tant de sujets… A condition que l’investissement se fasse des deux côtés. Interpeller le spectateur pour créer en lui et malgré lui, une émotion, une réaction qui durera au-delà de la prestation elle-même. Trouver le chemin qui l’atteindra si profondément qu’il ne pourra rester insensible.

 Nous ne voulons pas simplement divertir. La télé est là pour ça. Si nous créons, si nous donnons de nous-mêmes, c’est pour provoquer chez celui qui regarde un élan identique. Court-circuit qui le fera réfléchir à deux fois, remettra en question ses opinions, le fera douter.

 Car la réflexion est la clé du progrès.

 

21 octobre, 2009

Derrière toi… Attention!

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 15:31

fondecranoeildhorreur.jpgNous sommes friands de séries policières. Mais pas n’importe lesquelles. Ce que nous aimons par-dessus tout, ce sont les séries qui mettent en scène des profilers.

Ce n’est pas le suspens qui nous attire, ni même l’odeur du sang. Corps dépecés, membres découpés, des bruits de pas dans le noir, les violons qui s’emballent… Bien au contraire, nous sommes un peu pleutres et avouons que nous zappons sur ces scènes trop fortes pour nous. Nous détestons d’ailleurs les films d’horreur. Les sursauts qu’ils provoquent nous décrochent le cœur et ce n’est pas vraiment comme ça que nous voulons finir. Nous avons notre lot quotidien de montées d’adrénaline qui nous suffisent amplement sans avoir à en rajouter une couche. Bien que nous nous rappelons avoir visionné quelques « Freddy Krueger », à l’époque. Nous avons d’ailleurs cessé lorsque notre esprit refusa un jour de glisser dans le sommeil. Allez savoir pourquoi…

Non, nous aimons dénouer l’enquête au rythme des personnages et surtout, suivre les raisonnements et déductions qui mèneront à établir le profil psychologique de l’assassin. Analyser et comprendre les mécanismes de l’esprit humain. Établir les connections entre l’environnement, la culture, l’éducation et les évènements survenus dans la vie de chacun. Pour prédire ses actes, ses réactions, définir ses traits globaux de caractère et de personnalité. Trouver ce qui va faire que l’on fait tel ou tel choix, que l’on choisit telle ou telle direction. Ça, c’est balaise.

L’intérêt est de l’étendre ensuite à soi. Utiliser cette logique d’analyse pour dénouer notre propre façon d’évoluer, de nous comporter. Nous sommes intimement convaincus que chaque pas que nous faisons, chaque mot que nous disons ne sont pas le fruit du hasard. Donc, d’où viennent-ils ?

Certains peuvent vivre sans comprendre, sans savoir ; nous ne pouvons pas. Pour continuer à exister, nous avons besoin de comprendre comment l’être humain fonctionne afin d’accepter que certaines choses existent. Sinon comment côtoyer chaque jour l’horreur sans se laisser gagner par la folie. La connaissance est notre dernier rempart contre elle.

Quel est le vôtre ?

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