A’KKADA « Chroniques du bled »

Compagnie Amal Hadrami

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29 septembre, 2009

Connaissez-vous la « CNV »? non? eh bien vous devriez vous y mettre…

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 21:49

uneplagesurlamazone Certains parleront de coïncidence mais ce n’est pas un mot qui me plaît. En vérité, je n’y crois pas.  Simple terme pour définir une chose qu’on ne peut expliquer. Je pense que rien n’arrive pas hasard et si je l’ai revu aujourd’hui, ce n’était pas anodin.

D’abord, je n’étais pas convaincue par ce voyage. Aller à Casa une fois  de plus, la perspective de prendre le train, de devoir me lever a 6h du mat, d’attendre 2h avant mon rdv, de faire le s magasins sans avoir une tune ; bref, rien de vraiment alléchant.
Mais je ne sais pas pourquoi, et c’est souvent que ça m’arrive, je sentais que je devais y aller. Comme j’écoute toujours mon instinct, me voilà à Casa.

Je me rends dans le centre ville pour aller boire un jus d’orangeet tenter de me réveiller. Quelqu’un m’interpelle :
-« Amal ?
-Non, c’est pas possible !!! Mohamed B ! waouh, quelle surprise, c’est super de te revoir ! Ca fait une éternité, j’en reviens pas !!! »

Toujours aussi expansive, je l’étreins chaleureusement. Incroyable. Une éternité, c’est peu dire. Six ans exactement. Ce qui est étonnant c’est que je venais juste de me mettre à sa recherche sur facebook (ouais c’est c’qu’on dit toujours). Mais son nom était apparemment trop répandu pour donner un résultat et j’avais laissé tomber.

Ce mec m’avait sauvé la vie quand j’avais débarqué au Maroc. Il m’avait tout montré, tout appris, présenté du monde, conseillé, orienté; bref, je m’accrochais à lui comme à une bouée de sauvetage ou plutôt, à une source de lumière dans les ténèbres marocaines.
Au bout d’un an, je suis rentrée en France, j’ai accessoirement rencontré mon 1er mari et on s’est perdu de vue comme ça arrive si souvent. A l’époque, le téléphone était notre seul moyen de contact et vu que je perdais le mien tous les 2 mois, beaucoup de mes connaissances s’étaient évaporées.

Et le voilà devant moi.  Quelques kilos en plus, une bonne mine, toujours une queue de cheval montée en chignon, toujours aussi gentil et enjoué. Après les premiers échanges, ceux que l’on a quand on retrouve quelqu’un, c’est le moment de passer nos vies au crible. Cet exercice est une bonne occasion de se rendre compte soi-même de ce qu’on a fait aussi ces dernières années, de notre évolution et du regard que l’on pose dessus.

Il a la délicatesse de me lancer la première et en bonne bavarde, je lui déballe ma vie en quelques phrases bien choisies.
Puis c’est son tour et chose étonnante, il ne travaille plus dans l’organisation mais a viré dans la psychologie. En fait, mieux que ça. Il m’explique qu’il a ouvert au Maroc un cabinet de formation à la « Communication Non Violente ». ???.

Oui, comme vous, je demande plus d’explications. Cela consiste à permettre aux gens dans une situation de conflit de ne pas « réagir inconsciemment» mais plutôt « d’agir consciemment », partant du principe que l’action réfléchie est toujours positive. Et ça marche.

Il reçoit en consultation familles, couples en détresse, organise des stages de groupes pour les entreprises, le grand public, les universitaires, bref, tous ceux qui sont en demande d’un monde meilleur où la communication serait la clé de la paix. Devant les résultats probants, le réseau s’est vite élargit et le voilà maintenant associé à un canadien qui fait régulièrement le voyage pour venir apaiser les souffrances marocaines.

Je suis épatée. Mon cynisme habituel qui veut que le monde absurde dans lequel on vit ne puisse finir qu’à imploser, la met en veilleuse. Je m’étonne déjà de l’énormité de la demande. Autant je conçois que de riches familles aillent consulter un psy et a fortiori, s’offrent des cours de « CNV » pour régler leur différent. Autant j’ai du mal à imaginer que la chose ce soit répandue au point que des sociétés en viennent à faire des formations pour leur personnel et que les stages tout public soient si pleins qu’il faille refuser des gens.

Là, je tombe sur le cul. Les gens ne sont donc pas si cons. Ils se rendent donc compte que le problème n’est pas toujours la faute de l’autre comme il est si facile d’imaginer mais que nous-mêmes participons à cet état de fait par nos réactions instinctives. On en revient à ce que me disait ce photographe rencontré un soir au bord de la Seine : « tout est en nous ». Il ne tient qu’à nous d’être heureux, d’être amoureux, d’être pacifiste, etc.

Oui, mais vu la conation négative liée à ces principes de naïveté, d’espoir, d’amour universel, on n’a pas très envie de ressembler à ça. C’est plus fun d’être rebelle, contre tout, engagé, ça montre qu’on a du caractère, des opinions révolutionnaires, c’est plus flatteur, c’est plus funky !

Alors, que choisirons-nous ? La paix ou l’égocentrisme ?

27 septembre, 2009

Après Martine à la plage, A’KKADA chez les artistes-fonctionnaires

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 3:54

imageshow1.jpg Je rencontre beaucoup de monde. Mon travail m’amène à rencontrer beaucoup de monde.
Je n’ai pas peur, je n’ai pas honte, je ne suis ni timide, ni réservée. Je fonce dans le tas sans aucune diplomatie. J’ai des objectifs à atteindre, je n’ai pas de temps à perdre, je n’en ai pas les moyens.

On me fait des sourires, on m’encourage mais je me sens un peu comme le Titanic ; ma route est encombrée d’iceberg que les gens déposent ça et là. Je vais bien finir par m’en prendre un. Je les dérange un peu, en fait. Ils ont certes autre chose à faire qu’à s’occuper de moi. Je l’ai bien compris. Je me débrouille donc seule. Mais j’ai parfois besoin d’eux. Et là, c’est le clash.

Il semblerait que je bouscule un peu trop leur routine. Vue de l’extérieur, je donne l’impression d’être sous coke en permanence. Je parle vite, je marche vite, je mange vite. Mais qui a appuyé sur le bouton « avance rapide » ? Je veux faire plein de choses en trop peu de temps alors tant pis pour les repas, on a qu’à travailler entre midi et deux puisque la salle est libre et vous aussi? Quatre fois par semaine, ok ? Et si on se voyait ce soir pour parler du projet? Non ? Comment ça vous préférez glander au café…

Au bout de deux mois à ce rythme, je les sens à bout. Pire. Ils sont à deux doigts de me lyncher. Je les soupçonne même d’essayer de me mettre à mon insu sous antidépresseurs. Je suis un peu leur animal de foire, complètement décalée, toujours dans l’excès. Je suis là, à sautiller partout avec tous mes projets utopiques. Ils compatissent, surtout que je les amuse avec ma coupe de cheveux bizarre et mes fringues délurées. Je parle trop, personne ne m’écoute vraiment, chacun cherche à m’utiliser pour ses propres desseins. Les miens n’intéressent personne même si je semble y mettre toute mon énergie. Je dois leur faire un peu l’effet d’une puce hyperactive en patins à roulettes philosophant en boîte de nuit sur l’essence du mouvement dansé. Je les divertis, c’est indiscutable mais ils ont parfois envie de m’écraser. Pour ne pas dire tout le temps.

De mon côté, je ne comprends pas pourquoi tout semble fonctionner au ralenti, du retard à tous les rendez-vous quand encore ils daignent venir. Une devise du genre « prendre son temps » ou plutôt, « laisser aux choses le temps de se faire ». Je ne saisis pas bien, elles se font toutes seules les choses ici ?
On veut bien de ma compagnie mais seulement pour me poser des questions sur la France, m’entendre raconter des blagues, me faire compatir à la misère nationale ou me demander en mariage.

J’ai l’impression d’évoluer dans un dessin animé. En arabe en plus. Quand est-ce qu’on bosse ? Que de temps perdu et d’énergie gaspillée. Je suis folle. Mais toujours motivée. Increvable la mouche. Je me dis que ça doit être eux, qu’ils sont sûrement un peu trop jeunes. Persuadée d’être dans le vrai, je ne doute pas une seconde de la justesse de mon raisonnement. Ma formation exemplaire est la preuve que la réussite ne peut avoir lieu qu’après un nombre in quantifiable d’heures de travail, une volonté de fer, une ténacité à toute épreuve. Ces artistes manquent de maturité et d’ambition. Je l’affirme sans sourciller. Patience.

Et pour parachever le chef-d’œuvre, parallèlement au milieu artistique, je suis malgré moi confrontée à l’administration marocaine. Coup de massue. Elle m’évoque les doux souvenirs qu’il me reste de La Poste de la Porte de La Chapelle à l’heure d’ouverture.
Mis à part le monde, les « fonctionnaires » d’une lenteur indéterminable semblent avoir été engagés dans le seul but d’irriter les clients. Pour le coup, voilà de bons comédiens. Mauvaise volonté, mauvaise foi, mauvais esprit.

Je découvre cependant les joies des dessous de table qui soudain propulsent mon dossier dans la case « affaires prioritaires ». Le système est ainsi fait, est-ce ou non à déplorer, toujours est-il qu’il est bon de le savoir et plus encore, de savoir faire. On peut passer des jours entiers à quémander un papier qu’un petit billet ferait apparaître en quelques minutes.

Evidemment, je manque sensiblement de tact. C’est toujours les deux pieds dans le plat que je fais mon entrée, et pas en escarpins ; grosses godasses boueuses à clochettes. Je vous laisse imaginer l’ampleur et la qualité sans pareil des dégâts que j’occasionne.
Après m’être arrachée le peu de cheveux qu’il me reste, je tombe raide morte.

26 septembre, 2009

Je…

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 3:49

 

 

Je suis un hommelovebr.jpg
Je suis une femme
Je ne suis ni un transexuel, ni un hermaphrodite
Je suis naïf et pourtant, on ne me l’a fait pas
Je suis cynique mais j’aime la vie
Je suis observateur
Je fais souvent abstraction de tout ce qui m’entoure
Je suis incapable de m’intéresser à quelqu’un d’autre que moi
Je suis prêt à tout donner pour les gens que j’aime
Je n’aime presque personne
J’ai une excellente mémoire visuelle
Je ne retiens aucun nom, aucun visage, aucune discussion
J’adore débattre sur des sujets qui m’interpellent
Je trouve beaucoup de monde peu intéressant, je préfère me taire ou me donner en spectacle
Je suis pudique et exhibitionniste
Je suis sûr d’avoir tout compris
je suis en proie à un sentiment d’infériorité
Je m’ennuie
J’ai de nombreuses passions
Je n’ai pas peur de la mort
Je prie tous les jours
Je déchiffre les gens au premier coup d’oeil
Je suis bien loin de tout
Je ne peux vivre qu’au centre d’une grande ville
Je n’aime pas que l’on ne m’aime pas
J’aime que les gens que je n’aime pas ne m’aiment pas
Je me contrefous de l’opinion des gens
Je m’autosuffis et n’ai besoin de personne pour être heureux
Je suis dépité devant ma solitude
Je ne supporte pas dêtre en couple
Je veux me remarier
Je suis fait pour les pays chauds et désertiques
Je ne peux vivre sans la pluie et l’océan
Je suis optimiste et plein d’espoir
Je suis conscient de la fatalité de l’existence mais je ne me suicide pas
Je crois en Dieu, je crois en la science

Bref je suis absurde alors ne croyez pas ce que je vous dis
Je suis absurde et l’on me nomme A’KKADA

24 septembre, 2009

Connasse de belle au bois dormant

Classé dans : Devisons un peu — cieamalhadrami @ 23:38

ballerina11024.jpg Cette mégère aux cheveux blonds. Elle a quand même conditionné sans scrupules des générations d’hommes, tous aujourd’hui convaincus que notre destin de femmes est de les attendre gentiment en gardant le foyer. Même les femmes se sont laissées embobiner ! Mais bon, faut pas leur en vouloir, le lavage de cerveau a commencé trop jeune, avant même le développement d’un tant soit peu d’esprit critique…

Ainsi, ça ne nous pose apparemment pas de problème de poireauter un siècle durant, dans un lieu bien isolé – on ne sait jamais, pendant que monsieur s’éclate dehors. Non, au contraire, il paraitrait que nous sommes enchantées de galérer jusqu’à ce qu’il ait enfin l’illumination de venir nous chercher – mieux vaut tard que jamais, et trouve dans son infinie intelligence, le moyen de grimper quelques marches et d’ouvrir une porte.

Comment ça, un dragon ?! Rien que ça… c’est tout ce qu’il a trouvé pour justifier son retard. Un énorme bobard. Il a bien raison, il faut bien ça s’il ne veut pas risquer qu’on ait soudainement la migraine. C’est l’équivalent médiéval de « la réunion de travail tardive et imprévue du vendredi soir », ce dragon.

Le pire étant que, lorsqu’enfin nous nous retrouvons en sa présence inespérée, nous ressentions une joie indescriptible, comparable à une libération. Pas l’ombre d’une colère, ni celle d’une remontrance. A sa seule vue, nous sommes conquises. Normal, la femme ne saurait vivre sans un homme, il est tout pour elle. La logique veut donc qu’elle l’idolâtre.

On peut dire qu’elle nous a bien pourri l’existence cette connasse de belle au bois dormant. Encore une vierge. Tous les fantasmes masculins ici réunis. Le message est bien passé. Une pucelle pleine de tunes, blanche et belle, sans cerveau, euh pardon, naïve et compréhensive, qui a pour seule vocation d’attendre son valeureux époux pour qu’il l’engrosse. C’est ça, le bonheur.

Ils ont omis de préciser : le bonheur des hommes. Eh oui, il fallait lire l’astérisque, il y en a toujours un… Ils ne perdent pas le nord, les mecs chez Disney. Ils savent assurer leurs arrières et celles de leur virile descendance ! 

Au coeur du mur

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 4:24

01.jpg On m’a proposé ce travail. J’ai sauté sur l’occasion d’une rentrée d’argent supplémentaire. Comment refuser ? Je n’ai pas réfléchi aux conséquences. Je faisais une bonne action, ma conscience apaisée ; je faisais ma Bea avec cette intervention sociale. Moi qui avais toujours voulu faire de l’humanitaire…

Orphelinat, centre de détention pour mineures, écoles de jeunes filles. Ce lieu était tout ça à la fois. Improbable, où s’y trouvaient réunies toutes sortes de petites filles. Des enfants. Certaines n’avaient plus de parents, abandonnées, trouvées dans la rue, d’autres échappées d’un foyer où elles servaient de petites bonnes en échange d’un repas et d’un toit voire d’une petite gâterie au maître de maison.

Il y avait des petites délinquantes, des fugueuses, des asociales, des mères célibataires, des enfants illégitimes, des mendiantes, toutes celles dont la société ne voulait pas, celles qui tâchaient, gâchaient le paysage, défiaient l’ordre moral établi. Ils avaient eu beau insister, elles ne rentraient dans aucune boîte. Alors on les avait parqués là, dans cet endroit plutôt agréable, une école avec salles de classe et cour centrale, dans une banlieue pauvre et inaccessible, derrière le grand souk des moutons.
Le genre de centre auquel les institutions officielles versent de temps à autre un peu d’argent déculpabilisant ainsi la conscience de l’humanité. Alors tous les dimanches, jour de repos, j’allais gaiement partager mon art avec ces jeunes filles sans attaches.

Une grande porte bleue. Des murs hauts, très hauts, trop hauts. C’était une prison. A peine avions-nous pénétré à l‘intérieur de l‘enceinte que leur attention était déjà sur nous. Tous ces regards. Je me sentais fusillée, déshabillée, mes jambes flanchèrent. Je n’arrivais ni à avancer, ni à affronter ces yeux, ni à parler, ni à sourire. Je venais de dehors. J’avais ce privilège de pouvoir sortir, d’avoir une famille, une vie à vivre, une chance à saisir. Je m’en sentais honteuse. J’avais envie de disparaître, partir en courant, m’évaporer. Mais rien ne se passait. Il fallait bien continuer.

Après avoir réglé les formalités administratives, on nous indique la salle attribuée aux cours de danse. J’avais mal au ventre. Envie de vomir. Une angoisse indéfinissable. Et puis le premier groupe entra. Des enfants de huit ans. On les fit asseoir pour faire les présentations et leur donner une petite description de l’atelier qui allait suivre. Pour la première fois, je les observai. Ce que je vis me donna envie m’écrouler, fondre en larmes. Elles étaient là ; elles me regardaient mais ce n’était déjà plus des enfants. Leurs regards…Transparents, vides, glacés. On aurait dit des victimes de guerre. Ces yeux avaient été éteints, brûlés, transpercés. Elles marchaient, parlaient, mangeaient mais aucune d’entres elles étaient vivantes. Des fantômes. Des fantômes de huit ans.

Quand ce fut le tour des plus grandes, nous nous retrouvâmes en face de rochers. Des jeunes filles en théorie ; de vrais mecs en réalité. Les traits de leur visage étaient carrés, durs, marqués. Des voix graves, agressives, bassins en avant, épaules rentrées, jambes écartées. Alors c’est comme ça que l’on devient lorsqu’on se retrouve nez à nez avec la vie. Fini les contes de fées, la réalité, c’est ça et si tu veux survivre, adaptes toi, adaptes ton corps, malléabilité. Transmutation pour survie en milieu hostile.

Évidemment, ça me changeait des corps de princesses sur lesquels j’avais l’habitude de travailler. Ceux-là me faisaient peur. Ils bouleversaient en moi tout un équilibre pré-établi sur lequel reposait l’essence même de mon existence. Ils me renvoyaient à ma superficialité, à mes mensonges, à ma lâcheté. J’étais une honte pour les femmes, avançais en sens contraire, participant à les cantonner à la place d’être faible, précieux, inutile, esclave. J’étais prisonnière de ma condition de femme, de l’image que j’avais d’elle, de la morale établie. Elles avaient dix ans de moins que moi et se battaient déjà pour leur droit à être des femmes différentes, leur droit à exister sans correspondre à l’idéal social. Elles ne luttaient pas seulement pour sortir de ce lieu maudit, il leur fallait apprendre à vivre autrement que cloîtrées, cachées aux regards des autres.

J’avais honte d’être ce que j’étais. Et chaque semaine, sans vraiment en saisir la raison, je rentrais m’effondrer chez moi, vidée. Leur parcours que je découvrais petit à petit me paraissait insupportable, trop éprouvant. Comment faisaient-elles…C’était trop injuste, elles étaient si jeunes et quelle cruauté d’avoir à partir en les laissant là-bas. Des adieux déchirants chaque fois. Elles s’accrochaient à moi, me touchaient, m’embrassaient, m’aimaient simplement pour avoir quelqu’un à aimer. J’essayais de leur apporter tout ce que je pouvais de tendresse sans me laisser avaler car elles m’auraient noyée sans s’en rendre compte.

Je me suis longtemps laissée aller à penser à en ramener une avec moi, un jour. Qu’elle puisse enfin connaître ce que c’était que d’être aimée et soutenue par quelqu’un. Avoir une chance de faire ce que l’on désire de sa vie. Elles étaient toutes trop jeunes pour connaître la solitude, le désespoir, la douleur.

Un jour, l’une d’entres elles était arrivée avec un bébé. Un tout petit bébé. Je compris après plusieurs minutes que c’était le sien. Elle n’avait que treize ans. Il avait été malade, on venait de le lui ramener. Je m’attachais à elles. Je n’arrivais pas à garder mes distances avec leur situation ; j’étais trop investie émotionnellement et retournais chez moi totalement brisée. Il me fallait bien quelques jours pour m’en remettre et hop, c’était à nouveau dimanche.

Étant donné mon état dépressif, on me conseilla vivement d’arrêter quelques temps. Ce que je fis. De retour dans ma maison au bord de la mer. Tout le monde approuva « oui, oui, c’est sûr, c’est trop dur, pourquoi vas-tu te rendre malade avec ça, je t’assure, c’est mieux comme ça, fais ta vie tranquillement et arrête de te prendre la tête avec ça ». Malheureusement, les gens sont lâches et j’aurais aimé trouver la force, le courage de continuer. Au lieu de ça, je me rassurais en écoutant ces voix qui sonnaient faux. Pour me déculpabiliser de les avoir laissé tomber.

Ce qui ne fut pas si efficace que ça puisque leurs regards sont toujours avec moi. Ils m’observent, jour après jour. J’ai appris à vivre avec. On s’accommode de sa propre horreur. Plus tard, j’ai vu à la télé l’une des petites filles retrouver sa mère. J’ai pleuré à chaudes larmes. J’étais heureuse et soulagée pour elle. J’ai également croisé une des grandes dans la médina de Marrakech. Je n’ai pas osé poser de questions ; je pense qu’elle avait fini de purger sa peine.

23 septembre, 2009

Prenez le train! suite: la pétasse et le barbu

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 16:18

Cette fois, c’est un autre genre, on joue dans un autre registre.

Le train est presque vide. Je m’en aperçois trop tard, bien sûr, sinon j’aurais certainement pris un billet de deuxième classe. Je monte dans ma voiture, le couloir est encombré par une jeune fille bien dodue et sans gêne, debout dans l’allée qu’elle bloque avec sa valise et sa graisse. Je m’arrête près d’elle. Je dirais même juste sous son nez, envahissant de mon plein gré son espace vital. Elle doit bien me sentir puisqu’au bout d’un moment, sans me regarder, elle me lance d’attendre un peu, le temps de regarder sur son billet son numéro de place. Et vas-y que je cherche dans mon sac, ah non, il est pas là, peut-être dans cette poche, ah le voilà, alors, compartiment 2 (merde comme moi), je lui dis que c’est juste là derrière elle en espérant que ça nous évite de rester un quart d’heure de plus à poireauter.

Une autre dinde sort du compartiment 1, apparemment elles se connaissent, se sont trompées de place et faites virer par les occupants attitrés. L’une s’installe donc avec moi, l’autre passe dans le compartiment 3. Un homme est déjà là, près de la fenêtre. Je m’affale sur mon siège, même rangée, que je prends le soin de toujours réserver côté couloir. J’ai déjà fait l’expérience de me retrouver placée au milieu, un vrai calvaire, on ne peut pas dormir, nulle part où poser sa tête, pris en sandwich entre deux pachydermes, décemment insoutenable. Côté fenêtre, il y a la clim mal réglée qui vous congèle les boyaux, déjà qu’elle se faufile entre les sièges, souffle sous les pieds, si en plus on doit se la taper en pleine gueule c’est le coma ou l’hibernation ou les deux assurés.

Donc je me mets à l’aise sur mon fauteuil précautionneusement choisi et qui a en plus l’avantage de posséder côté porte un double accoudoir sur lequel je pose mon sac-oreiller. Nous sommes face à face. C’est dommage, c’est encore mieux lorsque la place en face de moi est vacante, ça me permet d’ôter mes chaussures et d’y étendre mes jambes. Faut pas trop en demander non plus. Je mange une de ces cochonneries au chocolat dont je raffole, bref, c’est quasi l’extase. Elle sort en face de moi un paquet de chips. Ah voilà, c’est ça que j’ai oublié d’acheter ! J’ai pensé à voix haute et elle me tend gentiment et généreusement deux chips. Merci. J’en achèterai au marchand ambulant. A mon tour et pour lui rendre sa politesse, je lui propose du chocolat. Histoire de contribuer à son obésité. Je me rends compte que la barre que je viens d’engloutir est presque terminée, je lui offre donc ma seconde barre. Elle me fait signe qu’elle préfère d’abord finir ses chips. Quelle idée saugrenue. Manger les aliments un par un. C’est pourtant exquis des chips au chocolat. Elle a bien tort parce que si elle s’imagine que je lui re-proposerai plus tard, elle se met le doigt dans l’œil.

C’est ce moment que choisi un homme d’un certain âge, avec une petite barbe grisonnante en prime pour se planter devant le compartiment avec sa femme (je suppose) et son gosse (oh non pitié). Réflexe apparemment universel, il regarde son billet. A mon avis, il l’avait déjà regardé quand le caissier le lui avait tendu puis lorsque le contrôleur d’accès aux voies le lui avait « composté » en lui indiquant le chemin et une dernière fois encore avant de monter dans le train. Mais bon, il fait son petit numéro devant nous, spectateurs absents, il énumère les numéros au cas où quelque intrus aurait convoité sa place et oh ! Grand malheur s’y serait assis. Reconnais-toi et lève-toi, tête basse, avant de t’éclipser devant la suprématie de mon aura.

Je lis mon magazine féminin avec en couverture une bombe en déshabillé couleur chair, je ne lève même pas les yeux. Tout juste si je décale mes jambes pour leur laisser la place de passer. Et le voilà qui me dit « excuse-moi ma fille, il faudrait que tu nous laisses la place ». Pardon ? Il veut que je lui mette un coup de boule devant sa grosse bonne femme, le père noël ? Chose dont j’aurais bien été incapable mais quand même, ça m’aurait fait plaisir. Non plus soft, j’aurais pu le déculotter, ça, ça aurait été hilarant pour le coup, de voir sa gueule et celle de sa femme devant une telle humiliation publique.
Au lieu de ça, j’ai répondu froidement sans même daigner les regarder en indiquant du doigt le numéro inscrit au-dessus de ma tête « j’ai le numéro 22, c’est ma place ». Et de se confondre en excuse. Et d’installer sa petite famille. Et de jouer aux chaises musicales. C’est toute une stratégie de répartir correctement les places sans commettre d’impairs irréparables. D’abord, sa femme. Elle ne doit jamais au grand jamais s’asseoir à côté d’un autre représentant de la gente masculine que lui-même, mari devant l’Eternel. Voire que son fils. Ou que son père. Allez d’accord pour son frère à elle mais c’est tout. Il lui dit donc de s’asseoir au centre, à côté de ma camarade de voyage. Puis il ordonne au fils (9ans ?) de prendre place près de sa mère, côté fenêtre, ainsi, ce n’est pas elle qui fera face à l’homme. Une rangée de tétris complétée. Aïe. Il ne reste que la place entre l’homme et moi. Je suis en débardeur en plus. Il est un peu mal à l’aise mais ce n’est pas le moment de flancher. Il faut agir vite, après ce sera trop tard et trop impoli de changer les places sans vexer quelqu’un et déclencher une émeute. On sent l’expérience du gars. En deux secondes il prend la place du fils qui se retrouve téléporté à mes côtés.

A ce stade, je suis capable le défenestrer. Non pas que je n’aime pas les gosses mais je préfère qu’ils soient maintenus à distance. Question de sécurité. La leur bien entendu. La fille en face me fait de ses lèvres rouges un sourire complice qui semble dire « n’importe quoi, ces barbus, toujours à faire leur cinéma. Il croit peut-être qu’on va craquer pour lui et se trémousser en maillot ! » Par politesse, encore une fois, je réponds discrètement d’un rictus avorté. Pendant cet instant d’hypocrisie courtoise, mon cerveau m’envoie des indications dangereuses du genre « eh le ballon de baudruche, tu me lâches, jsuis pas ta pote de galère, arrête ça tout de suite ou c’est toi que j’dégonfle ». Pourtant je me contrôle une fois de plus et me replonge dans la lecture passionnante des must have de l’été et des 10 femmes internationales les plus libérées.

Le gosse n’arrête pas de bouger. Il ne veut pas rester assis à sa place. Il passe, repasse, fait tomber un truc sous mon siège, s’allonge à plat ventre pour le récupérer, les pieds dans le couloir, gênant ainsi les derniers arrivants, me bouscule, chante, je suis au bord de l’épillepsie. La mère se rend bien compte qu’il y a comme un problème et tente vainement de lui donner quelques indications de bonne conduite. Un téléphone sonne. Le sien. Pas celui du môme bien sûr, celui du père. Et là, l’inexplicable, l’improbable, l’incompréhensible, l’incroyable se produit. Je ne sais pas à qui il parle, je m’en contrefous. Mais commence alors une récitation de versets entiers du Coran, une sorte de litanie quasi criée dans le compartiment, ajoutés à quelques recommandations de vie, l’adresse d’un site internet épelée en anglais et autres informations religieuses du genre. Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre puisque je ne maîtrise pas l’arabe classique dans lequel il s’exprime. Je n’en reviens pas. Le coup de fil semble interminable. Mes tympans sont en dépression. Ma vue se trouble. Je ne lis plus, je n’écoute pas, je ne réagis même plus aux coups du gosse, je cherche à m’isoler, créer un espace inviolable où tout ceci n’existe pas, cette mascarade doit s’évaporer, je peux le faire, je le sais mais je n’y arrive pas. J’ai envie de hurler, de faire tomber les grosses valises casées au-dessus directement sur leur nuque, qu’elle se brise et que cesse enfin ce vacarme scandaleux.

J’attends un miracle et rien ne se passe. Je dois être tétanisée sinon mes jambes m’auraient certainement conduite ailleurs, n’importe où ailleurs. Et puis plus rien. Quand je refais surface, le gosse s’est endormi, la mère aussi, la bouche ouverte d’ailleurs, le père travaille. La fille d’en face n’est plus là. Elle a du changer de compartiment et rejoindre sa copine. Quelle bonne idée. Mais je ne compte pas l’imiter. C’est vrai que certains compartiments sont vides ou presque mais s’ils se remplissent avant qu’on arrive à bon port, je vais devoir revenir à ma place et affronter…ça. Je préfère encore rester là. Je ne cède jamais ma place. Quel déshonneur. C’est un peu comme s’avouer vaincu. Je suis plus branchée lutte et revendication. Ca ne me pose aucun problème d’être à côté d’un barbu, de sa grosse et de leur mioche; ce qui me pose un problème, c’est le bruit. Mais si je pars, ils croiront que je l’ai fait parce que j’étais mal à l’aise, que j’ai honte, que je me cache. J’assume parfaitement ce que je suis et n’ai aucune envie de leur donner la satisfaction de se sentir supérieurs. Je reste. C’est ma façon de lutter à moi. À mon niveau. Au quotidien. Petite victoire ? Pas de défaite en tout cas. Pas aujourd’hui.

Et j’ai bien raison. Le reste du voyage se passe plutôt bien si on ne relève le gosse qui s’allonge à moitié sur moi, le père qui éteint la lumière pour dormir alors que je lis, les autres coups de fils plus courts mais tout aussi bruyants (j’en reçois également et agis de même) et le fait de devoir travailler dans le noir en surveillant leurs affaires sans oublier de les prévenir quand on s’approcherait de Casablanca. Qui parlait de victoire ? Peut-être mais à quel prix..

22 septembre, 2009

Prenez le train!

Classé dans : Chroniques du bled — cieamalhadrami @ 19:25

La 1ère année où je m’installe à Marrakech, ayant encore du travail à Casa, je dois prendre le train deux fois par semaine pour m’acquitter de mes engagements. Trois heures aller, trois heures retour, dans le meilleur des cas.
Comme on vit au Maroc – ça aurait pu être pire, on aurait pu être au Sénégal, c’est plutôt de l’ordre de sept heures aller-retour. Dans la même journée. Ouais je sais, il y en a qui savent plus quoi trouver pour s’occuper.

Je pars le matin avec le train de 9h, je rentre avec celui de 21h. Lundi, mercredi. Lundi, mercredi. Lundi, mercredi. Ça ne s’arrête jamais. Inlassablement, je me couche tard la veille du départ, le réveil sonne, agresse mes oreilles, je jette mon portable par terre, « ta gueule », grignotant quelques savoureuses minutes d’un temps que je voudrais suspendu; secondes que je passe enfouie dans la chair tendre de son cou, un creux fait pour moi duquel je m’arrache à contre cœur et c’est la course aux affaires.

Je me lave les dents, me débarbouille, pisse un coup, range ce à quoi je pense, c’est-à-dire pas grand chose puisque je ne suis même pas réveillée, m’habille tant bien que mal. Merde j’ai laissé mon portable dans la chambre là-haut, putain d’escaliers. Allez réfléchis, de quoi ai-je besoin: j’ai un livre, le pc, la musique, mon jogging, ma carte de réduction, ma carte d’identité, la psp, des tunes pour le taxi, pour le train, pour la bouffe, pour le téléphone, bon je crois que cette fois c’est bon, au revoir mon amour, je t’appelle quand j’arrive, j’achèterai à bouffer à la gare tant pis, je suis trop à labours.

Je sors les cheveux dans la gueule, je marche vite, allez plus vite la feignasse. Le soleil matinal m’éblouit, me dérange, j’ai envie de dormir, j’ai envie de vomir, j’ai faim. J’arrive sur la grande route, je hèle tous les taxis qui passent, tous occupés, aucun ne va dans ma direction, je commence à stresser, j’aurais du sortir plus tôt, me lever plus tôt, me coucher plus tôt, préparer mes affaires hier, enfin tout ce que je ne fais jamais.

Contre toute attente, un taxi accepte finalement de me prendre. Feux rouges interminables, trous dans la chaussée, attention à la mobylette, tiens un âne blanc posté au milieu de la route, le nouveau supermarché, voilà la gare. Dix minutes d’avance. Comme toujours. Finalement, ce n’est pas si loin.

Je retire de l’argent au guichet – heureusement qu’il fonctionne, je finirai bien par me faire avoir un jour mais d’ici là…, j’achète mon billet, Casa 1ère classe place couloir s’il y en a svp merci, juste l’aller bien sûr, sait-on jamais. J’achète aussi de quoi petit-déjeuner, une carte de recharge pour mon portable, je traverse la voie, monte dans la voiture, m’installe confortablement à ma place, tête contre la vitre, le sac comme oreiller, un pull contre la clim, écouteurs dans les oreilles. Je dors. Enfin.

Pas pour longtemps. Une vieille dame boiteuse entre dans mon compartiment soutenue par un homme un peu plus jeune. Elle s’assied tant bien que mal contre la fenêtre. Il se met en face d’elle. Ils se sont certainement trompés de voiture. Ils n’ont pas l’air d’avoir des billets de 1ère.
Oui, parce que ça se voit sur la gueule la richesse ou la pauvreté, ceux qui ont une voiture et ceux qui se déplacent à pied, ceux qui travaillent dans la pub et ceux qui travaillent dans l’eau de javel. Je ne sais pas pourquoi les gens se sentent obligés d’afficher ce qu’ils sont, quelle impudeur, tout parle d’eux, leur fringue, leur façon de se tenir, de s’exprimer, leur téléphone, leur sac, leur barbe, leur sourire. C’est écœurant toutes ces vies jetées en pleine face. Hostilité. Bien montrer à quelle classe on appartient pour être sûr d’être ranger dans une case, d’avoir une étiquette à son nom. Petit con qui pue. Ce n’est pas la meilleure mais c’est mieux que rien et ce n’est pas le seul. Ils doivent s’amuser dans ce tiroir. A mon avis, ils ne vont pas faire long feu ceux-là, l’asphyxie ne devrait pas tarder.

En attendant, ils se tiennent compagnie, ils font partie d’un groupe. L’individualité, c’est très surfait de nos jours. Ça n’existe plus. Il n’en reste que l’égoïsme. Le pouvoir en place a besoin de faire des gens une masse homogène plus facile à contrôler. Naïveté ou aveuglement volontaire ? Il leur vend un bonheur dont la condition est d’être unifié par le sceau de la consommation. Se fondre l’un dans l’autre ; se confondre. L’être humain a besoin de se sentir appartenir à une masse, à une communauté, à un groupe et de lui-même il se fond dans l’autre, tente par tous les moyens de lui ressembler. Ne pas être seul et différent. Je suis comme toi, tu es comme moi, nous sommes différents de la même façon, nous sommes solidaires, liés à jamais dans cette vie.
Ensemble. Les gens adorent ce mot. Seul. Tout de suite, ça sonne moins bien. Se rassurer, se dire que c’est normal de vivre ainsi, c’est-à-dire mal, échanger sur des problèmes communs, nous avons les mêmes buts, les mêmes valeurs donc on ne peut pas se tromper, nous sommes plusieurs donc nous avons raison, nous sommes sur la bonne voie, nous nous sentons forts, ne surtout pas se voir exclus, rejeté. Totale compatibilité. On se serre, on se rapproche dans le noir, on se colle les uns aux autres même si ça sent mauvais pour ne pas avoir à affronter seul la fin de notre existence prochaine. Une exécution inévitable.
La masse. Ca tient chaud. Mais ça ne nous empêchera pas de mourir. Un peu de courage. Noyade suicide collective. Autodestruction engendrée par la peur du non-être.

Naturellement, une famille arrive,  billets en main, preuve irréfutable de leur appartenance à la haute société. Le père. C’est à lui que revient le devoir de négocier, régler la situation avec diplomatie. Ce sont tout de même des gens bien élevés.
- « Excusez moi mais ce sont nos places.
- Ah. Mais en fait, c’est ma mère, elle est malade et fatiguée, on voudrait rester ici, si vous voulez bien nous laisser ces places, s’il vous plaît, ce serait gentil.
- Mais vous ne comprenez pas, nous avons réservé, nous avons payé le droit de nous asseoir ici, montrez-moi vos billets que je vous dise où vous pouvez aller.
- Oui je sais que vous voulez vous asseoir ici mais regardez-là elle est malade, quand même, je ne vais pas la faire lever, elle n’arrive pas à marcher. Tenez mon billet.
- Mais c’est un deuxième classe, vous devez aller en deuxième classe, c’est la voiture d’à côté. Ici c’est réservé par des gens, nous avons payé plus cher pour être ici, pas vous donc vos devez retourner en deuxième.
- Je comprends bien mais soyez gentils c’est difficile regardez, elle a des béquilles, faîtes un petit geste…

Ca aurait pu continuer comme ça pendant des heures mais saisissant le côté langage de sourds de la chose, en bon patriarche, il finit par héler le contrôleur. « s’il vous plaît, on a un petit problème ». En deux temps trois mouvements, ce dernier prend les billets des pauvres, et avec beaucoup moins de diplomatie :
- deuxième classe, allez debout, allez de l’autre côté tout de suite, tu prends ta mère, tes clics et tes claques et t’arrête tes embrouilles. C’est pas ta place, c’est pas ta place, c’est tout.
- Vous comprenez je suis désolé Monsieur mais j’ai ma famille à installer, j’aurais été tout seul, peut-être mais là, c’est pas possible.
- Oui oui, je comprends, excusez moi monsieur le contrôleur, on s’en va, allez maman debout, doucement voilà, prends tes béquilles, je prends les sacs, oui il faut changer de place. Je demandais juste au monsieur au cas où, il aurait pu être sympa et bien vouloir nous laisser la place c’est tout, ya pas de problème on s’excuse, on s’en va. »

Les deuxième classe sortent, les première classe entrent. La mère, la fille, la copine française de la fille, le petit frère de la copine française. Horreur, un enfant. Je me demande si je ne préférai pas finalement les deux autres. La perspective de passer plus de trois heures avec un môme de quoi, huit ans, dans la même pièce close, me donne presque l’envie de faire une syncope. Ca se voit en plus que c’est un sale gosse. Il va faire des caprices c’est sûr. Si ca arrive, est-ce que je pourrai lui en mettre une ? Voire deux ? Peut-être même le ranger dans leur grosse valise et le laisser dans l’espace bagage ? À suivre…

Mais de quoi ça s’agit?!

Classé dans : Non classé — cieamalhadrami @ 3:26

Eh bien, comment dirait l’autre, il s’agit tout simplement d’articles écrits, créés devrais-je dire, car ne suis-je pas un créateur? – à la suite d’un stimulus efficace: l’observation de l’espèce humaine.

Une observation, vous l’aurez compris, faite par moi, grand auteur devant l’Eternel.

Maroc, France, culture, identité, actualité, absurdité…

Pas très clair? Voyez plutôt…

STOP!

A’KKADA, c’est aussi une compagnie d’artistes d’ici et d’ailleurs, et surtout d’ailleurs, avec des têtes bizarres et tout ce qui va avec, et un travail qui se veut le défendeur de l’art « content pour quelque chose ».

Mélange des cultures, mélange des disciplines…

Nous vous laissons le soin de découvrir la Compagnie Amal Hadrami sur:

http://cieamalhadrami.unblog.fr/safar/

 

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