S’installer dans un pays étranger. Exil ; émigration. Termes lourds de sens et de portée.
À l’heure des low cost et de l’apogée technologique, passer d’une terre à l’autre n’est plus vraiment un évènement exceptionnel. Tout le monde voyage, par plaisir, pour affaires, pour des raisons familiales. Bouger est devenu aisé.
Nous constatons cependant que les voyageurs et encore plus ceux qui décident de s’installer quelques temps ou définitivement dans un pays qui n’est pas celui d’origine ont parfois un comportement déplacé envers le pays d’accueil et ses habitants. Et par là, nous nous adressons notamment aux personnes issues d’un pays occidental voyageant vers les autres pays.
Quand les anciennes générations d’immigrés se sont par exemple installées en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, elles sont arrivées lourdes de traditions ancestrales profondément ancrées. Cependant, la reconnaissance d’avoir été accueillie par un pays occidental dit « développé » et leur envie d’y demeurer sans problème a fait qu’ils ont appris à mettre de côté leur ego et à se fondre dans la masse. Les lois, les autochtones aussi étaient là pour le leur rappeler au cas où. Ici on ne fait pas ça, on se comporte comme ça, on ne se met pas là, on doit faire ça si on veut avoir ça, bref, ils ont clairement dû s’adapter au pays en toute discrétion pour pouvoir continuer à y séjourner. Ils ne sont pas chez eux, ils l’ont bien compris.
Alors pourquoi ces mêmes occidentaux, lorsqu’ils partent dans les pays dits « en voie de développement » n’observent-ils pas le même comportement ? Tout au contraire, ils se sentent naturellement chez eux. Parlent dans leur langue, imposent leur coutume en refusant de s’adapter aux mœurs locales ?
Plus concrètement : en France (et ce n’est pas le cas en Suède par exemple), on refuse les signes ostentatoires de religion à l’école et souvent aussi sur le lieu de travail ; interdiction donc d’exprimer son identité religieuse. Sociale oui, culturelle oui, religieuse non. Respect de la laïcité. Soit. Alors pourquoi lorsque les français viennent dans des pays non laïcs, ne respectent pas la loi religieuse ? On ne leur demande même pas de l’appliquer, juste de respecter les gens qui la pratiquent.
Combien de filles occidentales en minijupe dans les rues marocaines ?
Combien de touristes la bouche pleine dans la rue en période de ramadan ?
Combien de plaintes contre l’appel à la prière du matin ont abouti à l’annulation des haut-parleurs ?
Combien d’enfants insultés en médina pour avoir joué dehors et rit trop fort ?
Combien de marchands abusés pour avoir voulu trop négocier jusqu’à leur ôter les 50cts d’euros de bénéfices ?
Combien de familles vexées qu’on ait critiqué leur manière de manger, leur manière de vivre ?
Savez-vous qu’avoir un visa pour la France requiert la maitrise de la langue française ? Pourquoi pas aussi dans l’autre sens ?
Dans les rues du souk, avant-hier, trois femmes espagnoles. Un homme passe en mobylette et les prie poliment de se mettre sur le côté pour qu’il puisse passer. Situation exceptionnelle car les 2roues passent d’habitude à toute vitesse sans même se demander s’ils vous toucheront ou pas. Un coup de klaxon, une bousculade, un écrasement de pied et les voilà qui repartent. Non, là, par respect pour des étrangères peut-être pas bien au fait des coutumes locales, il s’arrête et leur parle. Eh bien, en guise de réponse, un refus. « Non nous restons là. Et si nous n’avons pas envie de nous pousser hein ? Alors quoi ? Non, on reste là, ce n’est pas notre problème, je ne vois pas pourquoi on te laisserait passer. » L’homme reste interloqué. Déjà, elle lui parle en espagnol donc il ne comprend pas tout. Mais le ton et les gestes suffisent dans ce genre de situation. Ensuite, elle le tutoie, comme c’est souvent le cas. Enfin, il commence à regretter de ne pas être passé comme il l’aurait fait normalement, sans avoir à prendre la peine de leur demander l’autorisation. Après tout, ici, c’est chez lui, c’est comme ça que ça fonctionne et il aurait bien envie de lui dire ce qu’il sait entendu dire à l’étranger : si t’es pas content, t’as qu’à rentrer chez toi, personne t’obliges à rester.
Ce genre d’incident arrive constamment. Les étrangers veulent adapter l’environnement à leurs habitudes et à leurs désirs au lieu de s’adapter à leur environnement. Nous déplorons cet état de fait qui ne fait qu’engendrer plus de racisme de chaque côté.
A l’heure de la question de l’identité nationale, si l’on désire qu’être français signifie autre chose qu’être radin et raciste, il faut peut-être commencer à se poser des questions.