
Nous cherchions un sujet pour notre prochain billet, désespéré depuis 5jours de n’avoir pas eu le temps de nous pencher sur la question. Et le voilà qui nous tombe directement du ciel. Nous montons dans l’appareil. Nous voyageons en low cost, évidemment, histoire de voyager souvent.
Beaucoup de monde sur ce vol. Trop de monde. Les gens s’entassent à l’avant de l’appareil et nous nous glissons avec un sentiment de supériorité vers l’arrière encore vide, nous installons près du hublot en priant que personne ne vienne se coller à nous. Le livre que nous avions entamé deux jours plus tôt s’offre à nos yeux pressés de décrocher avec la réalité. Nous plongeons dans l’histoire, occultons totalement ce qui se passe alentour.
Quand nous reprenons pied avec le monde réel, deux ados piaillent à nos côtés. Des filles, évidemment. L’une grande, bien apprêtée, les cheveux longs, détachés, raides, la frange en travers de son visage de poupée russe. Finalement pas très jolie mais l’assurance se sentir irrésistible la rend presque potable. Son balai dans le cul en moins. Elle est la voyageuse n°1. L’autre, la bonne copine qui sert de faire valoir, petite, rondelette, les cheveux ramassés en queue de cheval, vêtue d’une mini-jupe qui laisse apparaître deux gros jambonneaux. Soit. Elle est la voyageuse n°2.
A peine ont-elles jeté leur dévolu sur les deux places adjacentes à la mienne qu’elles entament un numéro de claquettes des plus pathétiques.
1 : « Oh non, c’est pas possible, regarde, j’ai les genoux qui touchent ! Ya pas de place, comment on va faire, j’commence à me snetir mal, on est trop serré…
2 : Dis toi que 3h de vol, c’est vite passé
1 : En plus, ya trop de monde, je sens que je vais étouffée si ça continue, allez asseyez-vous tous !
2 : C’est vrai qu’il y a du monde…
1 : Ne penses même pas mettre quelque chose dans le coffre là-haut, ya plus de place non plus, on va devoir garder nos manteaux sur nos genoux ! Mais qu’est-ce qu’il est petit cet avion ! Il a l’air en mauvais état, j’espère qu’il ne va pas y avoir de problème…
2 : Oui, ce serait dommage de mourir aujourd’hui !
1 : On n’a même pas pris de chewing-gum !
2 : On a des bonbons, c’est pareil…
1 : Franchement, j’ai jamais vu ça. En plus, si tu veux aller aux toilettes, tu dois passer devant tout le monde ! C’est un avion pour les pauvres en fait… Qu’est-ce que tu regardes ? Ah le magazine de l’avion…
2 : C’est un peu cher, quand même !
1 : 5euros la bière ! 2euros la bouteille d’eau ! Oh ben vaut mieux prendre une bière alors… C’est la première fois que je dois payer pour manger dans l’avion !
2 : Ya des trucs moins chers que d’autres quand même
1 : J’espère au moins que le vol va bien se passer. J’ai pas trop confiance.
2 : Moi, j’ai pas peur de l’avion. On n’est pas loin des issues de secours de toute manière.
1 : Ouais… »
Nous avons failli intervenir pour leur demander si elles comptaient déblatérer comme ça pendant 3heures parce que nous avions oublié notre lecteur mp3 et que nous étions déjà au niveau max de notre seuil de tolérance de conneries à la minute. Heureusement, l’hôtesse a fini par annoncer le décollage et la n°1 qui commençait a faire une crise d’angoisse s’est mis la tête entre les jambes alors que la n°2 s’empiffrait de bonbons et nous ne les avons plus entendues.
Quelques minutes après le décollage tout en secousse, une chose inattendue se produit. L’avion tombe. 5secondes qui nous parurent une éternité. Ce ne sont pas des perturbations comme il arrive parfois qu’elles surviennent. Non, l’avion a chuté, carrément, à la verticale. Et nous, nous nous sommes accrochés au hublot. C’est absurde parce qu’il tombait aussi mais nous n’avions aucune autre prise. La n°2 a planté ses griffes dans notre bras pendant que la n°1 criait. Nous avons juste eu le temps de faire une petite prière et l’avion s’est à nouveau stabilisé. Nous attendions que les masques à oxygène tombent mais rien. Les hôtesses encore assises nous ont demandé de rester attachés et nous n’avons eu droit à aucun commentaire d’aucune sorte de la part du pilote.
Pour notre part, nous étions persuadés que l’avion allait faire demi-tour, nous n’étions pas très de l’aéroport de départ et il paraissait clair que l’avion devait avoir un problème technique. Mais non, nous avons continué comme si de rien n’était le voyage, une tension permanente recouvrant chaque passager. Les deux connes d’à côté nous avait à l’évidence porté la poisse.
La seule chose qui nous ait traversé l’esprit alors que nous pensions mourir, c’est le regret de ne pas avoir accompli tous nos devoirs religieux. Car la mort en elle-même ne nous effraie pas. C’est plutôt tout ce qui nous attend après qui nous soulève le cœur. Et puis une pensée pour notre famille proche et la peine que l’annonce brutale de notre mort provoquerait. Le tout entre deux prières. Un sang froid à toute épreuve. Comme quoi, l’être humain peut avoir des réactions surprenantes quand la fin se fait sentir.